30 ANS DU BIFFF

30 ANS DU BIFFF - Bowling killers

Comme un Français dans un jeu de quilles...

Par Katia Olivier

C’est frigorifiés et les pieds dans la boue, que nous assistons au tournage du court-métrage Bowling Killers de Sébastien Petit (Le Petit Chaperon Rouge, Chaos, Luneville). Lorsque les deux acteurs Gérald Wauthia (Le Petit Chaperon Rouge) et Steve Driesen (Chaos), deux habitués des planches de théâtre, apparaissent en chapeaux de cow-boy, chemises de bowling violettes, et flingue à la main, tels Bud Spencer et Terrence Hill, version Big Lebowski, le ton est donné : ce sera kitch et violent. En effet, les deux héros, joueurs de bowling par passion, mais tueurs à gage par nécessité, doivent ce soir exécuter un homme, sans arriver en retard à leur tournoi de bowling. Mais ça ne sera pas sans difficulté…

Interrogé sur l’origine de cette idée, Sébastien Petit nous confie y avoir pensé depuis longtemps. Mais, à la recherche d’un décalage tarantinesque entre dialogues, personnages et action, il reçoit l’aide inattendue de notre légendaire Youssef « BIFFF » Seniora, qui un soir d’inhalation de vapeurs éthyliques, lui lance sous forme de blague, ce qui sera la petite touche finale, l’idée des joueurs de bowling. Si l’allusion aux frères Cohen est donc totalement non préméditée, celle à Tarantino est bien revendiquée. Pourtant, d’un point de vue plus général, c’est plutôt Spielberg qui fait rêver le réalisateur, mais aussi Georges Méliès. D’ailleurs, son projet idéal : « Ca serait un long-métrage de science-fiction, mais avec un petit côté social. Avec moi, Rosetta, on la fout sur la lune ! ».

Ce n’est donc pas par hasard que Bowling Killers est aussi émaillé d’analyse socio-culturelle. L’aspect ringard, voire « redneck » des deux anti-héros, se conjugue avec leurs dialogues belliqueux nationalistes, l’un étant flamand, l’autre wallon. Et c’est avec une grosse dose d’humour que Sébastien illustre notre « gueguerre » nationale, par des dialogues croustillants et cocasses. « C’est ce qui m’horripile le plus, c’est-à-dire qu’on est capable de bloquer un pays pendant un an et demi juste pour une histoire de nationalisme, donc les dialogues c’est sorti tout seul  ». Mais, cerise sur le gâteau, ce n’est pas n’importe quelle victime qui se cache dans le coffre de la voiture, c’est un Français qu’ils ont l’ordre d’exécuter. « Non, pas un Français ! », me corrige instantanément Sébastien, « un Parisien ! ». Et voilà que nos différences culturelles s’effacent pour laisser la place à une autre incompréhension culturelle pourtant fédératrice, et pas uniquement belge celle-ci, l’aversion pour le Parisien, celui qui ne sait même pas ce qu’est un chicon, et qui prétend avoir inventé la frite !

D’un point de vue purement technique, ce film est réalisé en seulement 9 plans, des plans séquences imposés par le concept de caméra subjective, qui nous met dans la peau de la victime. Le tournage a lieu en une nuit et en extérieur, devant les hangars de Tour et Taxis, illuminés pour l’occasion par un chef opérateur qui en fait rêver plus d’une, Monsieur Philippe Thérasse en personne, accompagné de sa caméra Epic, et d’une équipe de choc. Sébastien confirme : « J’ai vraiment eu une dream team, on a eu tout ce qu’on voulait, on aurait eu un million d’euro, ça aurait été la même chose ». Il est vrai que le film devait être à la base de moindre envergure « On prend une cam, on prend des chopes et on tourne avec des potes, et puis par la suite ça a pris beaucoup d’ampleur. Le collectif a pris de l’ampleur, une projection au BIFFF, et puis Philippe Therasse qui débarque avec une super cam, du coup on a une chance de faire un truc beaucoup plus conséquent. Donc maintenant c’est un truc de potes mais pro. C’est parfait ! ».

Pour Sébastien, le collectif du BIFFF porte bien son nom. Tout d’abord pour l’énergie qu’il a apporté au milieu du cinéma fantastique belge, l’émulation artistique et professionnelle qu’il a généré, et la solidarité entre ses membres, mais pas seulement, cette solidarité a su gagné une grosse partie des professionnels belges qui se sont impliqués avec passion. « Du coup ça m’a donné un élan, je me donne un mois pour essayer d’écrire une version longue. Ca ma refoutu la pêche ». Mais dans l’expression « collectif du BIFFF », il y a « BIFFF », et Sébastien, dont le genre de prédilection est le fantastique, en est fan depuis longtemps ; pour l’ambiance, la découverte de nouveaux films, mais aussi pour les rencontres professionnels, car le BIFFF rassemble et fédère, ce qui pour Sébastien sont des concepts primordiaux. Gageons en tout cas, qu’au BIFFF son film fera l’unanimité entre flamands et wallons, réunis pour l’occasion par l’humour et le fantastique… Quant aux français, gare au mordant des Bowling Killers !

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