L’IMAGE DU JOUR

32 DECEMBRE d’Enki Bilal

14 novembre 2010 | Par : Damien Taymans

Série La tétralogie du monstre

Titre 32 décembre

Scénario Enki Bilal

Dessin Enki Bilal

Année 2003

Editeur Casterman

Année d’édition 2006

Note 7/10

Résumé

Nike : " Qu’une mini-bombe atomique explose alors à mes pieds, qu’un éclat de terrasse pulvérise mon nez (troisième fois en un an), tout, en ce fragment de temps à la violence extrême, aurait dû me mettre la puce à l’oreille (elle-même soufflée par la déflagration). Tout aurait mieux valu que l’invitation. Car c’est ici que tout recommence. "

Amir : " Je serrai très fort son corps et cette nouvelle peau anthracite tout droit sortie de mes cauchemars. Très fort et très longtemps. "

Leyla : " Nike resta autant de temps que les neuf autres dans la grotte. Comme les neuf autres, dès son retour, il demanda à l’huissier une feuille de papier et un crayon, et comme les neuf autres il se tut pendant de longues heures. Enfin, comme pour les neuf autres, sa première phrase fut une triple question, identique au mot près : " Le carbone 14 bis dit quoi sur les os et l’obus ? Les recoupements avec les éléments de l’inventeur disent quoi sur la grotte ensevelie ? Le 32 décembre c’est quand ? ".

Perfectionniste jusqu’au bout de la mine, Enki Bilal met cinq ans avant d’accoucher d’une suite au Sommeil du monstre, premier volet de sa tétralogie monstrueuse. Comportant une densité narrative proche de celle de l’opus précédent, 32 décembre opte cependant pour une certaine clarté, optant pour un fil rouge arbitraire : les trois héros qui avaient partagé la même couche lors de leurs premiers jours de vie sous les bombes de Sarajevo. Les noms de Leyla, Amir et Nike garantissent une certaine lisibilité tandis que l’histoire s’épaissit au fil des pages.

Décloisonnée selon le point de vue, la narration l’est tout autant au niveau de la forme : Bilal, bédéssinateur avant-gardiste et postmoderne, agrémente les traditionnels phylactères de passages plus romanesques qui relaient bien souvent les pensées des personnages ou fonctionnent sous forme de didascalies, ainsi que de coupures de journaux qui complètent l’histoire tout en la gardant parcellaire (le recours au "développement en pages codées" permet à Bilal de conserver une grande partie de mystère, déjà entretenue par l’embrouillamini que continue de constituer l’ensemble). Au niveau graphique, l’auteur persévère dans ses peintures flottantes dans le style de Bacon ou d’Auerbach qui donnent une illusion de mouvement perpétuel en dépit de l’inertie de ce deuxième album.

C’est que, abandonnant la thèse religieuse, Bilal s’intéresse cette fois à une thématique éminemment plus universelle, celle de l’identité déjà effleurée lors du Sommeil du monstre. La multiplicité des clones offre une alternative existentialiste proprement intrigante : deux avatars de Nike parcourent le monde, persuadés d’être les vrais Nike, tandis que de son côté, le véritable héros doute d’être l’original. Cette réflexion mène à une autre sur le statut de créateur et d’artiste, le vilain Optus Warhole (patronyme s’assimilant de manière à peine déguisée au Pop-artiste Andy Warhol) jouant, sous les traits de l’excentrique Holeraw, à destructurer la matière pour la mettre au service de la création.

Plus dense et inerte que le premier volume, 32 décembre n’en reste pas moins une expérience bédéphilique intéressante et déroutante, à l’instar du Sommeil du monstre.

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