Critique de film

pub

A minuit j'emporterai ton âme

"À Meia-Noite Levarei Sua Alma"
affiche du film

Horreur et gore garantis pour ce film dans une ambiance entre Belphégor et Edgar Poe.

pub


Trailer - A minuit, j’emporterai ton âme (1964)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de A minuit j’emporterai ton âme - Curiosité macabre en provenance du Brésil
Par : Fred Pizzoferrato

José Mojica Marins est considéré comme le créateur du cinéma horrifique brésilien et A minuit j’emporterai ton âme reste le premier long-métrage de ce genre sorti au Brésil. A la suite d’un cauchemar, Marins développe son alter-égo, le maléfique Zé du Cercueil, un fossoyer barbu, tout de noir vêtu, aux ongles excessivement longs, qui se déplace de manière pesante en déclamant des pensées pseudo philosophiques et blasphématrices. Drapé dans sa cape et son chapeau haut de forme, Zé constitue un personnage profondément original qui célèbre la vie et refuse les idoles, symboles et autres « dieux inexistants créés par des ignorants ». La réussite commerciale de ce premier volet (d’abord bloqué par la censure !) sera suivie de plusieurs séquelles : Tonight I will possess your corpse, Awakening of the beast et Le monde étrange de Zé du Cercueil se succédèrent ainsi en une demi-douzaine d’années, ce dernier titre étant d’ailleurs composé à partir d’épisodes d’une série télévisée homonyme dans laquelle Zé joue le rôle de présentateur d’intrigues macabres. Avec cette création, Marins gagna ses galons de star de l’horreur sud-américaine mais par la suite, il eut bien du mal à rassembler les fonds nécessaires à ses longs métrages. Quoiqu’il soit revenu à plusieurs reprises à ce personnage de Zé (entre autre dans O exorcismo negro ou le prometteur Strange hostel of naked pleasures), Marins dut, comme beaucoup, se reconvertir dans le porno au milieu des années 80. Marins innova encore en brisant certains tabous (comme la zoophilie avec 24 hours of explicit sex) avant de prendre sa retraite de metteur en scène en 1987, tout en continuant à apparaître dans moult productions diverses. A plus de 70 ans, Marins s’offrit pourtant une belle sortie de scène en reprenant le rôle de Zé dans le très gore et zarbi Embodiment of evil qu’il réalisa lui-même.

Mais, en 1964, nous étions seulement aux débuts de la carrière de Zé, lequel cherchait (déjà !) une mère pour son futur fils, son obsession étant de perpétuer sa lignée afin de s’assurer une sorte d’immortalité par ses oeuvres. Zé travaille donc comme fossoyeur dans un petit village de campagne et vit avec son épouse Lénita, laquelle semble aimer sincèrement ce malade mental rejeté par tous. En effet, Zé ne fait nul mystère de ses positions de libre penseur athée refusant les « symboles de l’ignorance » que sont les mythes chrétiens. Aimant blasphémer et choquer ses concitoyens, Zé mange par exemple de la viande le Vendredi Saint et se dresse en hurlant « je refuse l’existence de Dieu, qu’il se manifeste s’il existe ». Pas vraiment la meilleur façon d’être accepté par les villageois mais Zé refuse les compromis. Le seul ami du fossoyeur est Antonio, lequel est fiancé avec la jolie Terezinha. Or Zé tombe amoureux de la belle et souhaite en faire la mère de son enfant, d’autant que Lénita, stérile, lui est devenue complètement inutile. Zé n’hésite d’ailleurs pas longtemps à se débarrasser de son épouse qu’il drogue avant de la faire mordre par une tarentule rampant sur son corps. Evidemment, le médecin légiste conclut à une mort accidentelle, ce qui sera encore le cas lorsque Zé tuera son ami Antonio. Machiavélique, Zé fracasse le crane de son soi-disant ami avec un tisonnier puis plonge le corps dans une baignoire afin de suggérer une glissade mortelle. Le chemin vers Terezinha semble dégagé et le maléfique Zé n’hésite d’ailleurs pas à violer la jeune femme dans l’espoir d’obtenir enfin son enfant tant désiré. Mais la situation échappe à son contrôle : Terezinha se suicide et jure de revenir se venger, promettant à Zé qu’à minuit elle emportera son âme jusqu’en enfer ! Déjà en quête d’une nouvelle future mère pour son rejeton, Zé jette son dévolu sur une demoiselle qu’il raccompagne chez elle le Jour des Morts, alors que les superstitieux villageois se terrent dans leur chaumière. Malheureusement pour lui, en cette occasion particulière, les défunts peuvent quitter leur tombeau pour prendre leur revanche sur les vivants…

A minuit j’emporterai ton âme fut particulièrement choquant pour les spectateurs sud-américains car, outre quelques scènes sanglantes (un doigt sectionné, des yeux arrachés,…) et un léger érotisme trouble (la demoiselle en nuisette sur laquelle se déplace une tarentule, le viol suggéré), les considérations anticléricales de Marins scandalisèrent le public. En effet, dans la société brésilienne puritaine de cette époque, le cinéaste propose un personnage refusant l’existence de Dieu et poussant le bouchon jusqu’à manger de la viande un jour saint avant de défier le Très Haut de venir le punir pour ses crimes ! Aujourd’hui, les spectateurs seront probablement beaucoup moins concernés par les sacrilèges commis par l’Homme en Noir mais, remis dans le contexte temporel et géographique, le métrage constituait un véritable choc. Marins, en outre, se soucie peu de la vraisemblance et de la cohérence de son œuvre. A une intrigue rigoureuse, il préfère une atmosphère de cauchemar dans laquelle Zé incarne une sorte de diabolique maître de cérémonie. Notons ainsi qu’il n’hésite pas à commettre tortures et exactions devant les villageois sans que ceux-ci, paralysés de terreur, ne songent à intervenir.

Considéré comme un classique culte du cinéma horrifique, A minuit j’emporterai ton âme risque malheureusement de souffrir de cette flatteuse réputation. La simplicité d’un scénario des plus prévisible devrait rebuter le public, de même que le rythme fort lent et souvent ennuyeux. Le jeu très approximatif des acteurs, pour la plupart inexpressifs à l’exception d’un Marins cabotin à souhait, n’aide pas non plus à digérer la pilule. Le métrage, bien que filmé au début des sixties, apparaît d’ailleurs profondément daté et assez proche des séries B des années 30 marchant sur les traces des productions plus fortunées de la Universal. Difficile donc de vraiment s’enthousiasmer devant ce petit film assez décevant à l’amateurisme parfois épuisant. Sans lui nier certaines qualités (en particulier la performance hallucinée de Marins lui-même) et quelques passages sympathiques, A minuit j’emporterai ton âme provoquera surement davantage de bâillements que de frissons d’horreur. Toutefois, certaines idées fortes et une imagerie horrifique originale rendent le métrage, aussi inégal soit-il, plutôt intéressant d’un point de vue historique. Si l’ensemble a pris un sacré coup de vieux, certaines séquences témoignent d’une belle inventivité macabre (celle de la tarentule reste angoissante et le final, doté d’une belle poésie macabre, garde une vraie puissance horrifique et rappelle l’univers d’Edgar Allan Poe).

A minuit j’emporterai ton âme est donc un métrage inégal et daté mais sa vision se justifie pleinement pour les archéologues du fantastique, les assoiffés de curiosités bizarroïdes et les amateurs de raretés plus intéressantes que véritablement passionnantes. On peut donc se laisser tenter à condition de savoir à quoi s’attendre.

Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Galerie photos

photo 13172 photo 13173 photo 13174 photo 13175 photo 13176 photo 13177 photo 13178 photo 13179 photo 13180
Voir la galerie complète

Récentes critiques

affiche du film
Ça: Chapitre 2
2019
affiche du film
Cities of Last Things
2018
affiche du film
Impossible Crimes
2019
affiche du film
The Soul Conductor
2018
affiche du film
Stray
2019
affiche du film
Dark, Almost Night
2019
affiche du film
The Dead Center
2018
affiche du film
Ride
2018
affiche du film
Kasane – Beauty and Fate
2018
affiche du film
Superlópez
2018

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage