AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Catacombes

Interview de Ben Feldman

On rencontre du beau monde au Mandarin Oriental - sis dans les quartiers huppés de Paris -, dont l’acteur américain Ben Feldman. Tombé amoureux de la Ville Lumière, le Michael Ginsberg de la série Mad Men y prenait à nouveau ses quartiers pour présenter Catacombes (As Above, So Below), l’excellent found footage des frères Dowdle. On en a profité pour le titiller sur son aversion à l’encontre des films d’horreur, tandis qu’il nous tuyautait sur ses bonnes adresses parisiennes.

Alan Deprez : Ben, avant de vous engager sur Catacombes, étiez-vous familier de l’archéologie et de l’étude des textes anciens ? Cela semble évident que vous avez dû pas mal vous documenter.

Ben Feldman : Pas vraiment. Enfin, je m’y intéressais. C’est ce qui me passionne dans le métier d’acteur : être propulsé dans un univers. Dans ce cas, si vous voulez bosser dur et effectuer des tas de recherches, libre à vous de le faire. C’est ce qui m’amusait dans ce projet. A la base, je ne connaissais presque rien à l’archéologie, à l’histoire de Nicolas Flamel et sa quête de la pierre philosophale ou aux catacombes (qui au départ, étaient d’anciennes carrières). Mais j’ai beaucoup appris. Je voulais comprendre chaque référence injectée dans les répliques de mon personnage, afin d’avoir le niveau pour tenir une vraie conversation sur le sujet. Bien que je ne prétende pas pouvoir rivaliser avec un archéologue ou un spécialiste en alchimie !

En tant que spectateur, appréciez-vous les found footage ? Un genre auquel vous avez déjà contribué via votre rôle dans Cloverfield (2008).

Le found footage est souvent une subdivision du genre horrifique et je ne suis pas du tout un fan de films d’horreur. Je les déteste…

Je l’avais bien compris ! (rires)

Par contre, ce n’est pas pour autant que je place le found footage dans le même panier. Je trouve le genre très intéressant et d’ailleurs, ça me plaît que vous utilisiez ce mot : « genre ». A l’époque, quand ces films ont commencé à émerger dans le sillage de Blair Witch (The Blair Witch Project, 1999), c’était facile de les dénigrer. Mais j’aime à penser que c’est juste un moyen de raconter des histoires et qu’il est bien parti pour perdurer. Cela dit, je n’aime toujours pas les films d’horreur ! (rires)

Pour quelles raisons ?

Parce qu’il me semble que le genre se contrefout des personnages. A mon sens, leur construction est ce qui devrait primer sur le reste. Je préfère largement regarder un film chiant, long et bavard, mais qui présente de solides rôles, qu’un film d’action décomplexé avec des personnages de merde. C’est pourquoi j’admire les œuvres de Paul Thomas Anderson : ce sont des films d’acteurs, très dialogués et bâtis autour d’eux. D’ordinaire, c’est un aspect qui manque atrocement aux films d’horreur, sauf quand il s’agit d’œuvres du calibre du Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1991). Ils mettent souvent en scène une bombasse, un beau gosse, plus leurs amis un peu gros et moches. Bla bla bla… Ce ne sont pas des personnages crédibles. Alors que dans Catacombes, plus que des personnages, vous avez l’impression de regarder de vrais êtres humains. Et donc, vous vous en faites pour eux quand il leur arrive quelque chose.

Alors, pourquoi avoir tourné dans le remake de Vendredi 13 (Friday the 13th, 2009) ?

Bien vu ! Restons dans le sujet ! (rires) C’était différent : le tournage était incroyable et on a tous passé de fabuleux moments. Nous tournions au Texas - à Austin - et à l’heure d’aujourd’hui, de nombreux acteurs de Vendredi 13 sont restés mes meilleurs amis. L’année dernière, une bonne partie de la distribution du film s’était réunie pour un repas et je me souviens avoir pensé que quiconque ayant découvert Vendredi 13 en 2009 et qui serait tombé sur nous se serait demandé ce que nous foutions encore ensemble. « Tournent-ils une séquelle ? » Eh bien, non, nous sommes juste des amis ! Ce n’est certes pas le genre de films que je regarde, mais je me suis bien éclaté sur le tournage.

Quel est votre souvenir le plus mémorable du tournage de Catacombes ?
[
J’en garde des millions. Je dirais que l’été dernier, ce que j’ai le plus adoré était de découvrir Paris. Me rendre dans des restaurants géniaux ; des endroits où j’ai mes habitudes et où les serveurs me connaissent.

Vous avez des adresses à nous conseiller ?

Vous connaissez Frenchie ? C’est dans la zone au nord des Halles (Frenchie est un bar-restaurant situé au 5-6 Rue du Nil 75002 Paris, non loin de la station du métro 3 Sentier - y a pas de quoi ! -ndr). J’en étais tellement devenu un habitué que j’étais arrivé au point où je parlais français avec une des serveuses, que l’on a sympathisé et qu’elle m’envoyait un texto pour me prévenir si une table se libérait ! Le pied ! J’aimais aussi beaucoup le Marché des Enfants-Rouges dans le Marais, qui est devenu mon marché préféré. J’avais mes endroits fétiches. C’était un sentiment grisant de se sentir à la maison pendant deux mois et pas dans une grande ville effrayante que l’on visite pour la première fois.

Franchement, après cela, vous devez être converti à l’exploration urbaine, non ?

Oui, j’ai toujours apprécié partir à l’aventure et me confronter à de nouveaux lieux. C’était même étonnant que je ne me sois jamais rendu dans les catacombes avant le tournage d’As Above, So Below. C’est tout à fait le genre d’endroit qu’il aurait fallu que je visite si je m’étais rendu à Paris. Mais maintenant, j’en ai vu assez. Je ne suis pas prêt d’y retourner avant longtemps ! (rires) Même si c’était très excitant. C’est ce qui m’intéressait concernant mon personnage : toute cette facette d’exploration urbaine un peu sauvage. Vous vous souvenez du début du film, quand mon personnage s’est faufilé dans la tour de l’église (il s’agit de l’Église Saint-Vincent-de-Paul-ndr) pour y réparer l’horloge ? Eh bien, j’avais lu un article sur des explorateurs urbains dans le magazine GQ et c’est exactement ce genre de choses qu’ils faisaient. C’est tellement cool et fascinant. Pour moi, ils sont comme des rock stars !

Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous avez mis les pieds dans les catacombes ?

Tout d’abord, j’ai pensé : «  les toilettes et la salle de bain sont si loin, ça va me prendre énormément de temps si je dois y passer !  » (rires) Le premier jour, je trouvais que c’était l’endroit le plus cool au monde. Je me souviens qu’il faisait très froid et que c’était comme si je pénétrais un tout autre univers. Ensuite, je dois avouer que c’était comme bosser dans une grotte, jour après jour…

Durant le tournage, comment était-ce de s’adresser directement à la caméra et de composer avec les différentes astuces techniques liées au found footage ?

Je n’ai pas beaucoup parlé à la caméra, vu que le concept du film est un documentaire dédié au personnage de Perdita (Weeks-ndr - découvrez son interview ici). Mais en même temps, nous savions constamment où était la caméra et surtout, au lieu de complètement l’ignorer (ce qu’un acteur se doit de faire, car les regards caméra sont très embarrassants…), nous prenions en compte sa présence, puisqu’elle était un personnage à part entière (Benji - Edwin Hodge - est l’homme derrière la caméra et le « film dans le film »-ndr). C’était une réelle expérience de laisser la caméra exister, de lui aménager une présence tangible à l’écran. En pratique, je parlais plutôt au caméraman, Benji.

Était-ce particulier de s’adapter à la durée anormalement longue des prises et de ne pas spécialement savoir quand la caméra continuait à tourner ?

Il est évident que nous avons enchaîné les très longues prises et que nous improvisions beaucoup. Parfois, nous ne savions plus par où regarder. En général, sur une série ou un film « classique », la 1ère caméra prend beaucoup de place et couvre un axe principal. C’est clairement défini. Ici, à chaque instant, la caméra pouvait spontanément choisir de s’approcher de moi ou d’un autre personnage. Ce qui implique qu’on ne peut pas faire semblant et que l’on doit tout le temps être dans la vérité du jeu. On ne peut pas tricher !

Est-ce plus éprouvant que d’habitude ?

Oui, c’est plus fatigant parce que vous devez constamment être en alerte. A chaque seconde et jusqu’au moment où vous entendez « cut ». John (John Erick Dowdle, le réalisateur de Catacombes-ndr) mettait beaucoup de temps avant de le crier.

Pour revenir au sujet qui fâche : à l’avenir, sera-t-il possible de vous revoir dans un film d’horreur ?

Je ne sais pas. Si c’est le cas, ce sera vraiment parce que j’aurai eu un gros coup de cœur pour le projet. Je persiste et signe : vous ne me verrez pas dans un film d’horreur bidon, comme on en voit tant.

Et comment pourrais-je vous faire changer d’avis sur le genre ?

C’est impossible. C’est aux producteurs et aux réalisateurs de films d’horreur de changer leur approche. Si l’histoire tient la route, je suis heureux. J’ai besoin d’un scénario en béton, pas seulement de personnages qui courent et hurlent ! De vrais personnages et pas des pantins… A mons sens, le film d’horreur parfait est Le Silence des agneaux. Il s’appuie sur d’incroyables personnages et ce n’est pas seulement : « bouh, bouh, bouh ! ». Ce film anticipe les passages de frayeur et de tension. Catacombes partage cette même dynamique. Les moments de peur ne sont pas téléphonés et surfaits. L’essentiel se passe dans l’esprit du spectateur, qui se demande ce qu’il va se passer ensuite. C’est ce qui me plaît. Personnellement, je privilégie l’état de tension au sursaut d’effroi.

N’aimez-vous pas des films d’horreur considérés comme tels, à l’image de Shining (The Shining, Stanley Kubrick, 1980) ou Ne vous retournez pas (Don’t Look Now, Nicolas Roeg, 1973) ?

J’adore The Shining, mais je ne suis pas certain d’avoir vu Don’t Look Now. J’aime tout simplement les bons films. Quand j’étais gosse, The Shining était mon film préféré.

Ah, on y arrive !

Oui, mais il faut dire que The Shining pouvait compter sur l’interprétation du grand Jack Nicholson et d’autres prestations d’acteurs au diapason. Le film est sur la corde raide et joue tout le temps sur la tension. C’est un cauchemar pour les nerfs des spectateurs. Dans les films d’horreur modernes, c’est beaucoup plus grossier, avec ces soudaines montées du niveau sonore (jump scares-ndr) et des effets chocs comme des têtes découpées…

Je déteste aussi les jump scares.

Oui, c’est comme se tenir caché dans le noir et crier « bouh » à une autre personne pour lui faire peur. Je peux le faire à la maison. N’importe qui peut le faire. Tout le monde peut me faire sursauter, mais peu arrivent à instaurer chez moi un sentiment de malaise et d’inconfort. C’est ce que les bons films d’horreur parviennent à réaliser.

Pouvez-vous nous confier deux-trois petites choses à propos de votre participation au sci-fi flick 400 Days (dont la sortie aux USA est prévue pour le 15 avril 2015) ?

C’était l’éclate ! La distribution du film est incroyable (Brandon Routh, Caity Lotz, Sally Pressman ou encore Dane Cook-ndr) et on s’est tous bien entendus. Je ne sais pas à quel point j’ai le droit d’en parler, mais vous verrez que c’est un film très intriguant. J’ai adoré travailler avec le réalisateur (Matt Osterman-ndr) et le tournage s’est merveilleusement déroulé. Je suis très curieux d’en voir le résultat, car 400 Days a le potentiel pour sortir du lot et se démarquer des autres œuvres science-fictionnelles récentes. Pour l’instant, je n’en sais pas beaucoup plus.

Merci à Ariane Vandenbosch, à Banita Ramchurun, ainsi qu’aux équipes de Sony Pictures Releasing Belgium et NBC Universal (Universal Pictures International).

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