AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Her

Malgré sa magnifique moustache, Theodore Twombly n’a rien d’un homme heureux. Supportant mal son divorce, pour lequel il refuse désespérément de signer les papiers, il met sa sensibilité au service du site BeautifulHandwrittenletters.com, pour laquelle il écrit des lettres commandées par des parents, des amis ou des conjoints peu inspirés au moment de souhaiter un anniversaire ou de déclarer sa flamme. Son existence morne va prendre un tournant lorsqu’il fera l’acquisition de Samantha, un système d’exploitation doté d’une conscience et d’une attitude féminine qui ne laisseront pas Théodore indifférent.

Exit le monde de l’enfance pour Spike Jonze : quatre ans après Max et les Maximonstres, le réalisateur de Dans la peau de John Malkovitch et d’Adaptation retourne de plein pied dans les tourments de l’âge adulte en nous offrant une jolie histoire d’amour (le terme « comédie romantique » serait bien trop réducteur) sur fond de technologie. La société dépeinte dans Her s’avère effroyablement proche de la nôtre : dans ce futur, les citoyens accrochés à leur oreillette déambulent en communiquant à haute voix avec leur assistant virtuel sans se soucier du monde qui les entoure. Difficile de ne pas songer aux fameuses Google Glass, promettant toujours plus d’enfermement sur soi-même au détriment du contact social.

Her n’est donc pas un film de science-fiction à proprement parler, l’aspect futuriste se manifestant principalement lors d’amusantes séquences nous présentant les jeux vidéo de demain, à base de petit alien insultant en réalité virtuelle et de simulation de mère parfaite. Le film s’appuie sur le rapport à la technologie pour nous plonger dans le quotidien d’un homme écrasé par la solitude et le deuil d’un amour qu’il n’a pas su préserver. Joaquin Phoenix interprète de manière magistrale (faut-il encore le préciser ?) ce personnage profondément humain, attendrissant tout en étant bourré de défauts joliment illustrés de manière à ne pas idéaliser un homme qui n’a au final rien d’un vrai héros de cinéma.

Face à lui, Scarlett Johansson donne de la voix dans la « peau » virtuelle de Samantha. Jamais présente à l’écran, l’actrice ne cesse pourtant de le crever, se montrant tout à tour drôle, touchante et vulnérable. Son duo avec Joaquin Phoenix est le vrai moteur du film et il est aberrant qu’aucun des deux n’ait eu droit à sa nomination aux Oscars (dont le comité refuse toujours d’attribuer de statuette à des acteurs de doublage) alors que le film concourt dans cinq autres catégories, dont celle de meilleur film pour laquelle la performance exemplaire de Phoenix a sans aucun doute contribué. Le reste du casting est au diapason, en particulier Amy Adams quelque peu enlaidie pour l’occasion mais néanmoins charmante et attachante dans le rôle de l’amie fidèle de Theodore.

Mis en image de façon magnifique mais jamais étouffante, les effets spéciaux étant dosés intelligemment, le film n’a contre lui que quelques longueurs immédiatement pardonnables étant donné la qualité et l’intelligence de l’ensemble, qui a le bon goût d’éviter de sombrer dans le mélo larmoyant alors que la tentation était grande. Spike Jonze nous livre donc une vraie belle histoire d’amour sensible et un rien angoissante, tant elle nous renvoie l’image de notre société, à la fois hyperconnectée et déconnectée, en pleine face.

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