AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Modus Anomali

Promenons-nous dans les bois...

Par Nicolas Mouchel

Parti passer un week-end en forêt avec femme et enfants, un homme va devoir subir une série d’épreuves avant de pouvoir retrouver sa famille, enlevée et dissimulée…

Projeté en fin de festival lors du dernier PIFFF dans le cadre de la compétition, Modus Anomali de Joko Anwar fait largement partie du haut du panier de la sélection. Tourné en huit jours dans une forêt indonésienne avec une équipe réduite et quelques acteurs, ce film bourré d’énergie démontre la vitalité actuelle du cinéma indonésien. Après les précédents thrillers horrifiques du cinéaste que sont Kala et The Forbidden Door, mais également le nouveau mètre étalon du film d’action The Raid (certes réalisé par un Gallois, mais tourné en Indonésie), il est indéniable qu’il se passe quelque chose de très intéressant de ce côté de l’Asie. Ce frémissement indonésien aurait pour principale qualité de proposer un cinéma brut de décoffrage, très premier degré, qui table avant tout sur une efficacité première, comme on le voit clairement avec ce Modus Anomali.

Evil Dead of Indonésia

L’intrigue et l’approche du réalisateur, toutes en restriction budgétaire, en énergie et en générosité, bref en efficacité, ne sont pas sans rappeler les premiers pas d’un certain Sam Raimi sur Evil Dead. C’est principalement le cas dans toute la première partie de ce Modus Anomali, qui voit un quidam se réveiller dans une forêt, sans savoir qui il est, ni ce qu’il y fait, et va bientôt découvrir qu’un étrange personnage le traque… Sans scène d’exposition ni de mise en place, Joko Anwar place le spectateur au même niveau que le personnage principal, le suivant à la semelle à l’aide d’une caméra portée, au cours d’une nuit cauchemardesque. D’apparitions traumatisantes en découvertes horrifico-gore : une maison abandonnée, une vidéo donnant à voir le meurtre craspec d’une femme enceinte, et une traque haletante. C’est primaire, ça ne remportera pas l’oscar du meilleur scénario, mais c’est diablement efficace. Si on peut regretter l’usage un peu trop intensif de la Shaky-cam, que les limites budgétaires et la conception d’un cinéma « sur le terrain » ne peuvent toujours justifier, force est de constater qu’une énergie bouillonnante et une tension palpable se dégagent tout au long de cette première partie cauchemardesque.

Hargneux et roublard

Un cauchemar qui prend fin assez brutalement au petit matin pour laisser la place à une seconde partie pour le moins… étonnante. Joko Anwar proposait jusqu’alors assez brillamment une plongée anxiogène et suffocante dans la psyché de son personnage principal, et aurait pu en rester là, sans donner d’explications. Mais non, le cinéaste indonésien prend le parti de justifier toute sa première partie. Dès lors, le film apparaît sous un jour différent, à l’aide d’une astuce scénaristique très gonflée, qui aura du mal à passer pour certains spectateurs. Cette justification, cette rationalisation même, de ce qui faisait tout le sel mystérieux de Modus Anomali jusqu’alors, démonte ses fondements un à un pour donner à voir une œuvre très différente. La roublardise avec laquelle Anwar joue avec le spectateur n’est pas ce qu’on a vu de plus honnête à l’écran, mais le concept même du twist appelle à une certaine forme de surprise et de déception. Et c’est vraiment sur une note d’amertume que s’achève ce drôle de film indonésien, dont l’insolente et hargneuse énergie créatrice du début laisse la place à une pompeuse mise en perspective, à la limite de la prétention… Dommage...

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