AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Oldboy

Les entendez-vous gronder ? La mine renfrognée, la bave aux lèvres, les fans de l’Oldboy de Park Chan-Wook sont plus que jamais décidés à démonter tout ce qui a trait au remake américain entrepris par Spike Lee, bien égratigné par la critique locale et des chiffres très décevants au box-office. Cette haine farouche et cet échec sont-ils pour autant entièrement justifiés ?

Suivant globalement le même cheminement que celui du film coréen sorti en 2003, le métrage nous présente Joe Doucett (Josh Brolin), séquestré durant vingt ans dans un appartement sans aucune explication. Pour ne rien arranger, il apprend que sa femme a été assassinée et qu’il est l’unique suspect. Une fois libéré de son calvaire, il va tenter de comprendre les raisons de son enfermement. Il devra faire vite : la vie de sa fille unique est menacée par son ravisseur, qui lui impose un temps limité pour faire la lumière sur toute la vérité…

S’il n’est pas question ici d’un remake scène par scène de l’opus coréen, le script de Mark Protosevich en garde tout de même la plupart des grandes étapes, tout en reléguant certaines scènes à de simples clins d’œil, comme lorsque Doucett observe une pieuvre dans l’aquarium d’un restaurant (et non, pas de dégustation au programme). Et le problème, c’est qu’à force d’enquiller les passages obligés bien ancrés dans la mémoire des cinéphiles, le film souffre de la comparaison en permanence, peu flatteuse s’il en est.

Du coup, pour se différencier du modèle, Oldboy nouveau cru opte pour la formule de la surenchère, jusqu’à l’écœurement. Le héros était enfermé quinze ans dans l’original ? Bien, rajoutons-en cinq, histoire que ça ait plus d’impact. Dans le même ordre d’idée, la fameuse scène du combat dans le couloir, d’une maîtrise incontestable dans l’original, tente de faire encore plus fort en étalant la castagne sur plusieurs étages, sans grande réussite. Et la conclusion, déjà bien tordue à la base, de s’engouffrer encore plus dans le glauque et la surenchère, quitte à en devenir absolument risible. C’est bien simple : à force de vouloir rendre son film encore plus malsain que l’original, Spike Lee lui fait perdre toute âme.

Ce défaut est mis encore plus en évidence par le personnage incarné par Josh Brolin, par ailleurs très à l’aise dans son rôle. Doucett nous est présenté dès le départ comme une ordure de premier ordre, insultant son ex-femme au téléphone avant de faire des avances sans aucune classe à la fiancée de son client, avec qui il était sur le point de signer un contrat juteux. Allez avoir de l’empathie pour ce type, après une introduction de ce tonneau… De même, on évitera poliment de s’étendre sur le cas du méchant campé par Sharlto Copley, à l’accent ridicule et au comportement digne d’un personnage de cartoon, à mille lieues de l’aura que devrait dégager un tel personnage.

Pour les non-initiés qui ne se prendront pas au jeu de la comparaison perdue d’avance, il restera un thriller d’une grande banalité, lourdingue à force de se la jouer cradingue, seulement sauvé par les scènes d’enfermement en début de métrage, qui osent diverger du modèle coréen pour proposer quelques vraies bonnes idées (Joe, rendu fou par la solitude, se prend d’affection pour une famille de souriceaux). On en viendrait presque à souhaiter qu’il ne sorte jamais de son trou.

Remake inutile (faut-il encore le préciser ?), cet Oldboy version Spike Lee se vautre à force de vouloir prouver qu’il a la plus grande. On n’est pas face à un des pires films de l’année, l’ensemble se laissant tout de même suivre sans passion, mais sans doute à un des plus détestés. À raison ?

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