AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - The Man with the Iron Fists

Les poings sur les "i"

Par Dan Sinclair

C’est quasiment le paradis sur Terre, Jungle Village ! Ou du moins, ce qui y ressemble, dans cette Chine du 19e siècle. Jungle Village, donc, avec son Auberge du Dragon, son Bordel du Bourgeon Rosé, ses vendeurs d’œufs pourris, ses orphelins joyeux, ses chapeaux pointus et ses chefs de clans fomentant 1.001 complots pour détrousser l’Empereur comme le premier manant venu. En résumé : nous sommes dans un bled paumé où un transport d’or suscite les convoitises, et seule l’action conjointe de quelques héros pourra préserver la quiétude locale.

Les héros en question sont Zen Yi (Rick Yune, belle gueule, tresse propre, armure qui lance des poignards), Jack Knife (Russell Crowe, Anglais rigolard, qui tire aussi bien du six coups qu’un seul) et puis le Forgeron (RZA, esclave affranchi, ancêtre méconnu de Bruce Lee et… forgeron). Les méchants font notamment partie des Lions, une bande dont le coiffeur officiel savait déjà tout du hair metal. La maison des plaisirs susmentionnée est dirigée par une Lucy Liu à qui on filerait bien ses étrennes, son treizième mois et son saut d’index.

Et tout ce petit monde court sur les murs et dans les arbres, fait joujou avec des armes plus rigolotes les unes que les autres, éventre, énuclée, décapite et ampute à tours de bras entre deux bouchées de canard laqué et une hernie consécutive à une brouette mal exécutée. Notez au passage que les chorégraphies sont de Corey Yuen. Le forgeron, lui, perd ses avant-bras dans l’affaire mais y gagne deux prothèses… en fer, donnant par la même occasion son titre à ce film hommage réalisé par RZA, l’un des membres du Wu-Tang, poids lourds du rap américain.

D’un côté, on capte bien son hommage, à RZA. On sent là un garçon qui a grandi avec des références, des films hong-kongais type Shaw Brothers aux westerns de Sergio Leone en passant par la blaxploitation (y’a même Pam Grier), la bande dessinée et les œuvres complètes sur pellicule véritable de Quentin Tarantino. C’est souvent bien mis en images, parfois même stylisé avec savoir-faire. Et en plus, RZA compte Tarantino parmi ses amis, à un tel point que ce dernier « presents The Man With The Iron Fists », dixit l’affiche officielle.

L’envers du décor est juste un peu moins pétaradant. Il s’agit ici clairement d’un film de fan, mais pas d’un film de réalisateur chevronné. Acteurs qui jouent parfois en roue libre, manque de liant entre certaines séquences, abus de multifenêtrage qui handicape la lisibilité des scènes de combat et dialogues autrement moins savoureux que chez un QT, justement : voilà l’essentiel de ce qui contribue au sentiment de déception, laquelle saisira certains spectateurs pourtant alléchés par l’affiche, le synopsis et la bande-son (Wu-Tang, John Frusciante, The Black Keys, …).

Le film de fan a de bons et de mauvais côtés… Les clins d’œil savoureux sont bel et bien là, les « règles du genre » respectées, et un effort manifeste a été fait pour que l’hommage se ressente aussi dans la musique comme dans le visuel. Cela dit, RZA n’est pas (encore) un réalisateur et cela se sent également. Peu audacieux (contrairement à The Cabin In The Woods, à propos d’hommage), The Man With The Iron Fists fait parfois plus penser à un assemblage de séquences « à la manière de » qu’à une œuvre réellement personnelle. A cela, on ajoutera que le même RZA manque singulièrement de présence à l’écran…

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