AVANT-PREMIERE

AVANT-PREMIERE - Universal soldier : Day of Reckoning

Universal soldier reloaded

Par Nicolas Mouchel

Très fréquemment (pour ne pas dire continuellement), l’attente d’un film conditionne l’appréciation qui en découle. C’est comme ça. Agréables surprises et fortes déceptions participent de l’impatience ou de la totale découverte d’une oeuvre. Enterrer un film avant de l’avoir vu sur l’autel d’un jugement hâtif sous prétexte qu’il trimballe une ribambelle de casseroles au derrière ou, plus prosaïquement, qu’il n’a pas été réalisé avec les personnes adéquates, est monnaie courante.

C’est le sort que le plus grand nombre de spectateurs (et moi en premier) peut facilement attribuer, avant même de l’avoir vu, à un film comme Universal Soldier 4 : Day of Reckoning. Un titre qui, déjà, propose sa part de rêve... Car ce quatrième volet de la saga initiée par Roland Emmerich en 1992, bien que projeté hors-compétition au dernier PIFFF, apparaissait clairement comme l’un des films les moins attendus de la manifestation parisienne. Sauf que... Une vision sur l’écran du Gaumont Opéra Capucines plus tard, force est de constater que nous, fossoyeurs de péloches radioactives, nous sommes magistralement plantés dans les grandes largeurs.

Chair à canon et matière grise

Réalisé par John Hyams, fils de Peter (Outland, Capricorn One, 2010), déjà aux manettes du troisième épisode, ce Day of Reckoning n’a pas grand chose à voir avec le sous-produit “Direct-to-DVD” auquel on s’attendait. Après, film réussi ou pas, c’est une autre histoire, mais force est de reconnaître que ce quatrième opus prend une direction inattendue pour un objet filmique résolument... autre.

Dès l’entame, la première scène interpelle par son audace, sa réalisation, sa violence. Filmée entièrement en caméra subjective, elle place le spectateur dans la peau de John, père de famille, qui va voir femme et enfants se faire abattre sous ses yeux. Une entrée en matière qui n’est pas sans rappeler le travail effectué par Gaspar Noé sur la représentation à la première personne de son Enter the Void. La suite ne contredira pas cette mise en bouche pour le moins expérimentale. John Hyams a clairement décidé de s’approprier la franchise Universal Soldier, et d’en faire quelque chose de foncièrement autre. Il ajoute aux scènes de combats attendues des moments d’introspection, légitimés par un scénario qui tente d’explorer la question de l’identité et de l’endoctrinement. Pour cela, il prend le temps de filmer Scott Adkins dans de longs plans aux cadres travaillés. Hyams ne fait pas un film, il donne à voir du cinéma. Nuance. Son ambition est réelle et grande au sein de ce “vulgaire” épisode d’une saga molle du bulbe. Et pour arriver à ses fins, le cinéaste n’a pas peur de convoquer de grands noms, empruntant pêle-mêle à Coppola (Apocalypse Now), Cronenberg (Existenz), Noé, mais également, pour la forme, certaines séquences tout droit sorties d’un jeu vidéo.

JCVD Kurtz !

Car dans son entreprise de méta-film, Hyams n’oublie pas non plus le cahier des charges de la franchise ni le public venu voir de la tatane dans la gueule, du Van Damme ankylosé, et des empoignades homériques. Et là encore, le réalisateur bluffe son monde avec des scènes d’action lisibles et claires comme de l’eau de roche, au sein desquelles, jamais le spectateur n’est perdu. A ce titre, la scène du massacre dans le bordel et l’assaut final et sa succession de combats violents en faux plan-séquence, sont des modèles du genre. Le tout est évidemment porté par des brutes sans noms, un cast dominé par un Scott Adkins surprenant et charismatique, un Andrei Arlovski massif, un Dolph Lundgren qui joue les utilités mais qui le fait bien. Reste le cas Van Damme, sur lequel le film repose fort logiquement. Ses apparitions sont sporadiques, tout en crane rasé, mâchoires serrées et regard... bovin. Quant à l’affrontement final qui l’oppose à Adkins, il y arbore une magnifique tronche peinturlurée (le Colonel Kurtz d’Apocalypse Now est tout prêt), sans que cela soit justifié dans le scénario. Mince... Bah non, une astuce pour mieux camoufler la doublure qui effectue les scène de castagne à sa place... Triste... Une petite déception qui ne vient pourtant pas remettre en cause tout ce qui a précédé, au même titre qu’un scénario au final trop ambitieux et pas loin d’être incompréhensible, et qu’une durée un peu excessive de deux heures.

Car au final, Universal Soldier : Day of Reckoning balaye ses faiblesses génétiques d’un coup de pied retourné du plus bel effet, en offrant aux amateurs de film de castagne un peu ambitieux, un bien beau produit absolument jouissif. Et ça, pour une surprise...

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