Critique de film

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Aniara

"Aniara"
affiche du film

Après avoir fini d'exploiter la Terre, ce qui reste de la population humaine lance plusieurs vaisseaux dans l'espace pour transporter des colons vers leur nouvelle maison : Mars. Un de ces vaisseaux s'appelle Aniara. L'engin, qui ressemble à un immense centre commercial, offre tous les services nécessaires à satisfaire une société profondément consumériste et destructrice. Tout semble bien se passer jusqu'à ce qu'un accident le fasse dévier de sa trajectoire.

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Trailer - Aniara (2018)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Aniara - 2019, odyssée de l’espèce
Par : Damien Taymans
Tags : BIFFF 2019, Offscreen 2019

Depuis dix ans, les Suédois Pella Kagerman et Hugo Lilja collaborent sur des projets de courts qui rencontrent des succès divers et variés en festivals. Avec Anaria, ils s’essaient au format long en embrassant le genre casse-gueule par excellence, à savoir la science-fiction, s’appuyant sur un poème jamais adapté au cinéma rédigé par le Prix Nobel Harry Martinson, rien que ça !

Cet ambitieux récit convoque des Terriens fuyant une planète désolée pour rejoindre Mars à bord d’un immense vaisseau baptisé Aniara. Une gigantesque embarcation qui comprend des dizaines de restaurants, des pistes de bowling, des piscines, des centres commerciaux, un attirail qui permet aux passagers de convoler durant les trois semaines qui les séparent de la planète rouge sans s’emmerder une seule seconde. Jusqu’à ce qu’un astéroïde ne rencontre la trajectoire de l’engin et n’endommage une partie de l’appareil, contraint à planer dans le vide intersidéral pour de nombreuses années, sans espoir de rejoindre Mars et ses colonies.

Le prodige de cette bande suédoise tient dans la maîtrise quasi totale de ses ambitions. D’abord par l’entremise d’une astuce en termes de production design qui permet aux cinéastes de situer la quasi intégralité de leur histoire dans des lieux communs (restaurants, chambres, centres commerciaux) et de capitaliser essentiellement sur ces vues réelles sans s’encombrer d’une foultitude de plans interstellaires plus onéreux. Ensuite, le brio s’exerce au niveau du scénario, découpé en chapitres qui permettent autant de donner une respiration au récit par le truchement d’ellipses totalement maîtrisées que de créer les conditions pour ce qui est donné à voir à l’écran. Au fil des années, le microcosme coincé dans le vaisseau développe des lubies, refoule ses sentiments et son angoisse en se baignant dans le consumérisme ou en vénérant une divinité bricolée allant jusqu’à apprécier le « substitut du substitut ».

Enfin, il faut accorder un satisfecit supplémentaire à l’œuvre pour le message qu’elle parvient à véhiculer sans jamais céder aux sirènes de la moralisation. Tout se déroule à l’écran et repose sur les actions entreprises par tel ou tel personnage, chacun devenu une brique d’une société où les jobs deviendront interchangeables à mesure que l’existentialisme s’écorne. Si ce dernier est en effet un humanisme comme l’assénait Sartre, il mène dans le métrage à l’anéantissement et à l’auto-destruction. Une conclusion nihiliste qui ponctue cette création, primée du Grand prix au dernier festival de Gérardmer, à bord de laquelle il est recommandé d’embarquer.


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