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24 mai 2010 | Par : Damien Taymans

Le Voyage dans la Lune (1902)

Six années après la première projection cinématographique des frères Lumière au Salon indien du Grand Café, le septième art prend une nouvelle tournure sous l’égide de l’illusionniste Georges Méliès, propriétaire du célèbre théâtre Robert Houdin. Le Voyage dans la
Lune
, libre adaptation des deux romans lunaires de Jules Verne (De la Terre à la Lune et Autour de la Lune) et des Premiers hommes dans la Lune de H. G. Wells, constitue une étape importante dans l’histoire du cinéma, essentiellement en matière de thématique et de trucages.

En soi, Le Voyage dans la Lune n’est pas la première oeuvre de fiction. Avant Méliès, les Lumière ou même Thomas Edison ont mis en scène des reproductions tronquées, méticuleusement préparées de la réalité. Il en est ainsi de la saynète humoristique intitulée L’arroseur arrosé des Lumière qui voit un jeune garçon faire une farce à un jardinier en écrasant son tuyau d’arrosage. Direction d’acteurs, rôles attribués, faits et gestes préalablement décrits : la démarche n’appartient pas au hasard, elle est préméditée, ce qui amènera certains critiques à remettre en cause l’impression de réalisme de cette nouvelle machine appelée Cinématographe. Comme le signalait Jules Claretie, directeur du Théâtre français, au lendemain de la projection du salon indien, "lorsque la scène est composée, la sensation de vérité absolue, de réalité stricte disparaît." Le ballet à l’orchestration méthodiquement ordonnée que représente la valse des scientifiques ne saurait donc être considérée comme révolutionnaire. Même constat en ce qui concerne la narration d’une affligeante linéarité, simple succession de tableaux héritiers du théâtre dont il conserve le fixisme de la mise en scène. Primitif formellement, Le Voyage dans la Lune conserve de bout en bout des plans fixes, sans la moindre variation des angles de vue. En ce sens, le film de Méliès témoigne de l’état de balbutiement du médium cinématographique, alors considéré comme une attraction foraine et que seul le visionnaire Ferri considérait déjà comme un art en devenir.

Jusqu’alors, Méliès avait réalisé de nombreux films représentant les actualités reconstituées, relatant des faits divers ou des affaires judiciaires célèbres, comme ce fut le cas pour L’affaire Dreyfus. Avec Le voyage dans la Lune, il inaugure un nouveau genre baptisée féérie, précurseur des genres fantastique et science-fictionnel. Se détachant de la scrupuleuse reproduction ou imitation de la réalité, le magicien français élabore un tableau onirique et baroque qui s’illustre dans le registre comique. Les scientifiques arborent un déguisement propre à l’image médiévale de leur condition, à base de chapeaux pointus et de robes bouffantes ornées d’étoiles et élaborent des théories farfelues à l’instar de celles de Jules Verne qui imaginait quelques années auparavant que les humains puissent atteindre le satellite naturel de la Terre par le biais d’un canon gigantesque, à la manière des hommes-torpilles des cirques et foires. Méliès persévère dans sa description peu flatteuse de la gent scientifique, mettant en scène l’opposition des barbus aux Sélénites, habitants de la Lune à l’aide de parapluie et en inaugurant dans un faste démesuré une statue commémorative à la fin du film, symbolisant de manière grossière la conquête de l’Homme sur l’Espace.

Terminé en juillet 1902, ce film aujourd’hui le plus célèbre de la filmographie de Méliès, notamment grâce à l’image mythique de l’arrivée de l’obus dans l’oeil de la Lune, ne connaît pourtant pas un succès immédiat, loin s’en faut. Pharaonique dans sa conception (3 mois de tournage, 260 mètres de pellicule pour un total de 10 000 francs or), la bande l’est tout autant en ce qui concerne son prix de vente. Les forains, habituels acheteurs, reculent devant le prix élevé de la copie, essentiellement dû à sa longueur et à la nouveauté du sujet traité. Son film sous le bras, Méliès démarche en vain dans les foires de la capitale et de la province avant de se rendre à la Foire du Trône et d’y organiser une projection gratuite devant quelques personnes. Le bouche à oreille fera le reste. Plus d’un siècle plus tard, Le Voyage dans la Lune continue de faire rêver et d’amuser et a, depuis 2002, connu les grâces de l’Unesco qui le range au patrimoine cinématographique mondial.

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