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14 décembre 2010 | Par : Fred Pizzoferrato

Les week-ends maléfiques du comte Zaroff

Michel Lemoine, né en Seine Saint Denis en 1922, débuta sa carrière comme acteur dans divers productions populaires (comme Hercule contre Moloch) avant de passer à la mise en scène au début des années ’70. Après quelques tentatives soft (comme le relativement réputé Les confidences érotiques d’un lit trop accueillant), Michel Lemoine se lança dans le porno, comme nombre d’artisans du cinéma français de cette époque, proposant environ 25 titres dont aucun (excepté, peut-être, Le retour de Marylin) n’a vraiment retenu l’attention des spécialistes. Son projet le plus intéressant reste ce très curieux Les week-ends maléfiques du comte Zaroff dans lequel il incarne Boris Zaroff, fils du fameux « héros » du classique Les chasses du comte Zaroff datant quand même de 1933.

Dès le début de cette « suite » officieuse, nous sommes en terrain connu puisqu’un riche aristocrate chasse une demoiselle dévêtue tentant vainement de lui échapper. En réalité, il s’agit d’un fantasme imaginé par le compte comte Boris Zaroff, descendant du fameux Zaroff ayant jadis pratiqué la chasse à l’homme sur une île tropicale. Son fidèle serviteur, Karl, a promis à son propre père, pour des raisons assez fumeuses, d’exacerber les instincts sadiques de cette « famille maudite », encourageant Boris à assassiner les jeunes demoiselles croisant sa route…

Jadis interdit en France, Les week-ends maléfiques du comte Zaroff constitue une curiosité morbide appréciable proche des oeuvres proposées par Jean Rollin et Jesus Franco à la même époque. Le mélange d’horreur et d’érotisme, associé à une intrigue très décousue (plusieurs scènes ne semblent guère cohérentes ni même vraisemblables), aboutit toutefois à un film relativement agréable, du moins dans sa première partie. Le métrage peut en effet compter sur l’interprétation d’Howard Vernon et de Michel Lemoine lui-même, tous deux plutôt concernés par leur rôle, ce qui n’est malheureusement pas le cas des starlettes dénudées effectuant une petite danse lascive avant de périr sous les coups de Zaroff. Le physique avantageux des nymphettes ne peut compenser leur manque de conviction mais la dose élevée de nudité saura contenter les érotomanes peu exigeant.
La musique parfois envoutante (quoiqu’un peu épuisante sur la longueur) et une très belle photographie, justement primée au Festival du Film Fantastique de Sitges, contribuent cependant au plaisir du spectateur, d’autant que certains passages, imprégnés d’un onirisme bienvenu frôlant la poésie macabre, fonctionnent avec bonheur pour les plus réceptifs. Hélas, si Les week-ends maléfiques du comte Zaroff se suit avec intérêt durant environ trois quarts d’heure, la suite se révèle nettement moins passionnante.

En effet, si cette première partie fait illusion par son traitement fantasmatique efficace, la seconde moitié du film fatigue à force de redondances et de clichés. L’arrivée d’un couple égaré (le poncif éculé de la panne de voiture !) transforme même le métrage en un peu convaincant Vaudeville horrifique, la jeune femme voyant sans cesse un cadavre ayant la mauvaise idée de disparaître dès l’arrivée de son époux, un imbécile moustachu tout bonnement insupportable. L’interprétation calamiteuse des deux acteurs n’arrange pas la situation et Les week-ends maléfiques du comte Zaroff s’enlise dans un profond ennui. Heureusement, cet interminable intermède se conclut par une scène de torture gentiment gore (les amants sont écrasés par un instrument médiéval proche d’une Vierge de Fer) directement héritée des excès du Grand Guignol et des premières réalisations d’Hershell Gordon Lewis. Le reste du film s’enfonce, hélas, encore davantage dans le grotesque, le cinéaste privilégiant la belle image au détriment d’une intrigue de plus en plus lâche saupoudrée de considérations pseudo philosophiques prétentieuses et imbuvables. Quelques passages surnagent toutefois, comme ce flash back où, au cours d’une valse, Zaroff poignarde sa partenaire dont le vêtement se teinte peu à peu de sang. D’autres séquences fonctionnent aussi, du moins partiellement, comme la poursuite d’une victime par le molosse dressé pour tuer de l’aristocrate décadent ou une scène de plaisir solitaire (très suggérée mais suggestive) voyant une demoiselle se rouler langoureusement sur un lit, entièrement nue à l’exception d’un très caressant boa en plumes bleues. Hélas, le manque de caractérisation des protagonistes s’avère particulièrement problématique tant Michel Lemoine s’attache à peine aux victimes, lesquelles ne sont guère plus que des « poupées » à sacrifier, et se préoccupe très peu de rendre crédible la relation malsaine entre Karl et Zaroff. Ce-dernier, d’ailleurs, parait plus fou que sadique, accomplissant ses forfaits dans des accès de démence fort éloignés de la cruauté sophistiquée de son défunt père. L’érotisme teinté de sadisme, finalement assez timide comparé aux titres similaires signés Jesus Franco, ne relève guère le niveau et l’interdiction du métrage parait aujourd’hui bien excessive. De plus, Michel Lemoine hésite beaucoup trop sur le traitement à donner à ce sujet casse-gueule, passant d’un certain sérieux (éminemment nanar au second degré) à un ton plus décomplexé alternant épouvante et érotisme, agrémenté d’une touche de gore rétro. Le final complètement raté achève en outre l’entreprise sur une mauvaise impression, tempérée par quelques rares instants véritablement prenants et réussis.

Globalement, Les week-ends maléfiques du comte Zaroff reste une curiosité divertissante pour les fanatiques du cinéma populaire des seventies mais on peut regretter le manque d’ambition du métrage tant ce scénario pervers semblait, au départ, prometteur. L’ensemble apparaît donc raté et languissant mais les quelques qualités dont fait preuve Michel Lemoine hissent cependant le résultat au-dessus du tout venant et des nombreux sous-produits érotico-horrifiques du même genre, justifiant une vision pour les plus aventureux ou les plus courageux. Les autres s’abstiendront, sans doute avec raison.

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