Back to the feature

BACK TO THE FEATURE - Gore save the scream

8 mars 2011 | Par : Damien Taymans

Face à la mort

L’œuvre

Refilée honteusement sous le manteau dans les cours de récré, Face à la mort constitue encore aujourd’hui l’une des créations les plus choquantes qui soient. Le procédé est d’une simplicité étonnante : montrer à tout prix et sans la moindre censure des morts véritables, si possible filmées en direct au moment où la Camarde entre en action.

Pitch à gore

Peut-on raisonnablement parler de pitch ? Pas l’once d’un synopsis dans cette étude de la mort menée par le docteur Francis B. Gross qui étale sans vergogne une multitude de cadavres en charpie dans le but d’illustrer toutes les facettes de la Mort...

Gore à gore

Dans cet océan carnassier, difficile d’extraire deux séquences plus gore que les autres. D’autant qu’un tel choix fluctuera forcément en fonction de la sensibilité de chaque spectateur. Pour ma part, je mets en exergue les exécutions inhumaines des abattoirs qui mettent en lumière sous tous ses aspects la cruauté et l’inhumanité des sévices infligés aux morceaux de viande en devenir.

Style assez proche, le festin de singe. Dans un restaurant, quatre convives se paient un superbe gueuleton à base de cervelle de singe, suivant un rituel censé les conduire à un niveau de sagesse supérieur. Armés de petites mailloches, les commensaux assomment un singe placé au centre de la table avant que le serveur ne découpe sa boîte crânienne. La cervelle encore tiède est ensuite dégustée par les riches consommateurs.

Sang pour sang ?

Né déjà sous l’impulsion d’Edison à l’aube du 20ème siècle ("Electrocuting an elephant", destiné à montrer les cruautés faites à l’encontre des bestiaux) , le shockumentaire prend un nouvel essor dans les années 60 avec Mondo Cane des transalpins Gualtieri Jacopetti, Paolo Cavara et Franco Prosperi. Mêlant commentaire socio-anthropologique et voyeurisme sensationnel, l’oeuvre trouve son public, en quête de sensations fortes. La grenade est dégoupillée et le débat entériné. Quelle légitimité possèdent ces vitrines morbides et quelles sont les limites à la dépravation filmique ? Sur qui doit reposer la culpabilité : sur les producteurs qui exploitent le filon ou les adorateurs de la chair qui font circuler la bande de manière clandestine et honteuse ? Débat infécond en réalité.

Le monde de l’exploitation aura tôt fait de s’emparer du phénomène et de livrer à la pelle des créations plus dérangeantes et choquantes les unes que les autres. Nommé au festival de Cannes de 1962, le film enfante à sa suite une fournée de "mondo" : Mondo bizarro, Mondo sexo, Jabberwalk, The late great planet earth ou encore Mondo Hollywood. En 1977, un distributeur nippon contracte avec une production américaine afin que soit mis sur pied un documentaire centré sur la mort. En 1980, le film détrône au box-office japonais L’empire contre-attaque avant de faire des vagues sur le continent américain où il gagnera ses galons sur sa seule exploitation en VHS.

Face à la mort suscite évidemment la controverse, à plusieurs égards. Quelle part de fiction dans cette bande amateure dans tous les sens du terme ? De nombreuses enquêtes ont été menées à ce sujet. Certaines affirment que la totalité tiendrait du "fake". Les distributeurs de la galette remettent les pendules à l’heure et attestent que certaines séquences ne sont que des reconstitutions, notamment celles du singe dévoré et de l’orgie cannibale. En revanche, certains passages véridiques, pris sur le vif sont réhabilités comme l’intervention policière, l’attaque de l’ours, la cascade automobile ratée, la décapitation ou encore l’électrocution de Larry DaSilva. Quelle répercussion sur les spectateurs non-avertis ? Aux States, un enseignant est suspendu pour avoir montré la cassette à ses élèves tandis qu’un adolescent étrangle une camarade dans un cimetière après avoir vu le film dans une réunion secrète. L’ultra-violence semble engendrer la violence, Face à la mort pourrait conduire à créer des générations de monstres. D’où son bannissement dans une quarantaine de pays et son éviction des rayons "horreur" des vidéothèques au profit des pièces dérobées aux côtés des plus hardeux des pornos pour vicelards aguerris.

Bordélique, le film de John Alan Schwartz fout la gerbe rien que par sa succession d’images supposément sensationnalistes et par son montage foireux. Putassier jusqu’au bout, Face à la mort tente de justifier ce fatras pervers par l’entremise d’une voix-off ronflante qui assène au spectateur, sur un ton monocorde et sentencieux, à chaque nouvelle scène une interrogation à portée ontologique. "Quand les piétons cesseront-ils d’être la proie de la technologie humaine ?", "Les sévices subis par ce meurtrier sont-ils moins immoraux que les crimes qu’il a commis ?", autant de questions destinées à parer cet ensemble vomitif d’un sous-texte prétendument profond. Les scoptophiles dérangés qui se masturbent devant Rotten et ont élu La décapitation de Nick Berg "Vidéo Youtube de l’année" se satisferont, si possible en solitaire, devant cet étron maladroit. Quant aux autres...

Trashothèque

Rogue pictures prépare actuellement un remake de Face à la mort. L’original est disponible en Zone 1 et se trouve même dans un joli coffret accompagné de ses petits frères.

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