BIFFF 2018

BIFFF 2018 - Cold Skin

Une île déserte. Un poste de gardien de phare, tout seul, tranquille, peinard. Vue sur la mer, des livres à foison et une tâche de maintenance, ma foi, assez peu contraignante. Ce n’est pas une petite annonce pour le job le plus parfait au monde, même si ça y ressemble, mais le décor du dernier film en date de Xavier Gens dont la filmographie est pour le moment inversement proportionnelle à la gentillesse et à la passion pour le cinéma du bonhomme et c’est bien dommage. Cold Skin va peut-être changer la donne tant il s’impose aisément comme l’œuvre la plus aboutie de son metteur en scène.

La mer, la brume, la plage, la grisaille, les éléments, plus qu’un film on est avant tout face à une atmosphère. Un peu passée, surannée, le début du siècle, terreau de mysticisme et d’occultisme, en trois plans, on sait que quelque chose de pas très catholique se trame sur ce petit îlot. Ce sont aussi des décors marins, majestueux, magnifiques, baignés d’une puissance tellurique ancestrale, presque païenne qui apportent une vraie plus-value à une histoire très carpenterienne, dans son premier acte du moins. Une entrée en matière énigmatique qui pose les bases d’un film lovecraftien, aux confins de Fog de Big John et du Dagon de Stuart Gordon. L’atmosphère est prégnant et hante chaque séquence, chaque scène, chaque plan, chaque image. Xavier Gens prend le temps, pose sa caméra, peaufine ses éclairages dont une bonne partie sont naturels pour laisser le charme agir. La fin de la Grande Guerre, une poignée de personnages, un gardien de phare fou et une aura de mystère qui plane au-dessus de tout ça. Gens connaît les points forts de son œuvre et les exploite à fond pour plonger la tête du spectateur sous l’eau d’entrée de jeu.

Avant de s’attaquer aux créatures, le réalisateur de Frontières s’attarde sur les hommes et la nature pendant une bonne demi-heure qui s’avère être la meilleure du film. Une entrée en matière très "fantastique espagnol" qui prend bien soin de son contexte et de ses personnages. Toue est bien posé, carré, propre. L’évolution de la mise en scène du Français est claire, fini les plans approximatifs et le montage haché, il semble avoir compris que bien souvent, un beau cadre, suffit largement. Ce beau et étrange panorama s’étiole un peu lors de la découverte des créatures qui arrivent un peu trop tôt et trop clairement dans l’intrigue. Le suspense en prend un coup, le mystère se trouve éventé, en fin de premier acte alors qu’il y avait matière à amener ces êtres plus progressivement, faire monter doucement la tension à la manière des grands ancêtres que sont Alien ou Les Dents de la Mer avec son Bruce pratiquement invisible.

Des hommes, des créatures, la survie et... c’est à peu près tout pour la deuxième moitié de métrage qui, dès lors, souffre de longueurs et de redites qui étaient absentes du premier acte. Le design des créatures, sans être révolutionnaire, est intéressant, logique et cohérent avec leur essence et la nature des lieux dans lesquels ils évoluent. Certains sont sommairement mais joliment caractérisés, humanisés même. On sent un amour des monstres inédit dans le cinéma de l’auteur qui jusqu’ici n’avait jamais abordé le surnaturel ou le fantastique pur et dur. Ce projet franco-espagnol lui offre un écrin dont il se sert pour s’émanciper et affiner son style de mise en scène.

Cold Skin n’est pas un chef-d’œuvre ni même un must du fantastique mais il est le meilleur film de son auteur, le plus maîtrisé. Une bonne série B bien tenue, sans surprises certes mais qui permet de faire passer un bon moment de fantastique lorsqu’on est seul, un soir dans un phare abandonné au milieu d’un étrange îlot par exemple. Seul, vraiment ?

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