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Black Mirror - Top 5

10 juin 2019 | Par : Seb Brunclair

Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir ?

De ses débuts modestes sur la chaîne britannique Channel 4 à véritable phénomène fièrement affiché par Netflix, qui lui a offert une sacrée visibilité et un budget nettement plus conséquent, Black Mirror a su, en quatre saisons, imposer sa vision souvent très noire des dérives de la technologie et de l’hyperconnectivité.

Et tout ça, nous le devons à Charlie Brooker, auparavant déjà connu pour ses critiques acerbes du mondes de la télévision et qui avait déjà su frapper fort avec sa mini-série Dead Set, qui voyait des zombies envahir le plateau de Big Brother (pas encore vu ? Allez rattraper ça immédiatement !).

Bien sûr, anthologie oblige, la qualité et l’impact sur le spectateur peut varier grandement d’un épisode à l’autre. Alors que la cinquième saison, qui revient aux sources en n’affichant que 3 épisodes au total, vient de débarquer, voici un top 5 entièrement subjectif et bien évidemment ouvert au débat de ce qui représente, à mes yeux, ce que Black Mirror nous a offert de plus percutant.

5. Nosedive/Chute Libre (Saison 3, épisode 1)

Synopsis : Pour une femme obsédée par sa notoriété sur les médias sociaux, se faire inviter à un mariage huppé représente une aubaine inespérée. Mais c’était compter sans le voyage.

Premier épisode de l’ère Netflix, Nosedive pouvait faire craindre la perte d’âme du show : plus coloré, plus friqué, et passant à la trappe son identité britannique, le premier épisode de la saison 3 avait tout pour faire passer Charlie Brooker pour un vendu. Et pourtant...

S’il amorce effectivement un tournant pour la série en se montrant moins défaitiste et sombre que ses aînés, Nosedive s’en sort avec les honneurs en torpillant brillamment la quête des "likes" et de la popularité à tout prix. Son héroïne, obsédée par son score sur un réseau social inspiré d’Instagram, qui détermine ses droits et privilèges, entame malgré elle un voyage, au premier comme au second degré, qui la changera à jamais.

Bryce Dallas Howard excelle dans ce rôle de nunuche dont le monde s’effondre peu à peu et confère une énergie à l’ensemble, qui ne souffre que d’un léger ventre mou, largement compensé par un final explosif. C’était alors clair : Black Mirror est revenu métamorphosé, certes, mais quel pied !

4. San Junipero (Saison 3, épisode 4)

Synopsis : En 1987, dans une ville de bord de mer, une jeune femme timide et une fêtarde extravertie nouent un lien puissant qui semble défier les lois de l’espace et du temps.

Confirmant d’autant plus les changements amorcés par cette saison 3 et affichés dans Nosedive, San Junipero est l’un des épisodes les moins ouvertement noirs (certains diront déprimants) de la série. Si la marque de fabrique de Black Mirror, à savoir l’exploration des nouvelles (ou futures) technologies, est bien présente, elle s’avère ici nettement moins dénonciatrice, et par certains aspects plutôt positive.

En ce sens, cette histoire d’amour impossible entre deux femmes (qui est délicate à décrire sans trop en dévoiler) fait office de pari risqué pour le show de Charlie Brooker... et, heureusement, l’audace a payé. D’une beauté renversante à tous niveaux, San Junipero rassure sur la capacité de la série à se renouveler et à surprendre son public qui pensait la connaître par cœur.

3. The Entire History of You/Retour sur Image (Saison 1, épisode 3)

Synopsis : Dans un futur proche, tout le monde pourra être équipé d’un implant enregistrant tout ce qui sera fait, vu ou entendu...

Les deux épisodes pré-cités nous feraient presque oublier les origines : non, la saison 1 de Black Mirror n’est pas là pour vous faire marrer ou rêver. Preuve en est, The Entire History of you. Imaginez : tout le monde (ou presque, rien n’y oblige) est équipé d’un implant enregistrant l’entièreté de votre vécu. Ensuite, libre à vous de rejouer en boucle telle ou telle séquence, ou de la projeter à vos proches pour qu’ils puissent l’apprécier. Bonne idée ? Comment dire...

D’une noirceur glaçante, l’épisode voit le monde de son protagoniste se briser au fil des minutes. Mais contrairement à l’héroïne de Nosedive, cette expérience n’aura rien de positif : sans trop en dire, les derniers plans auront de quoi marquer les esprits sur le long terme. Comme la première saison dans son entièreté, d’ailleurs.

2. White Christmas / Blanc comme neige (Episode spécial de Noël, diffusé entre la saison 2 et la saison 3)

Synopsis : Deux hommes isolés dans un désert glacé à Noël se racontent des histoires où la technologie part en vrille et joue un rôle calamiteux.

Avant l’acquisition de son show par Netflix, Channel 4 tire une dernière cartouche, et non des moindres, à l’occasion de Noël 2014 : White Christmas. Faisant presque figure de saison à lui tout seul, cet épisode "à sketches" nous offre trois histoires, reliées par un fil rouge et par un personnage incarné par l’excellent Jon Hamm (le Don Draper de Mad Men). Et si le risque était grand de faire passer ce fil rouge en second plan, comme c’est trop souvent le cas dans les films à sketches, il n’en est rien.

Bouclant la boucle de manière magistrale dans sa dernière partie, après avoir offert trois segments très solides, White Christmas est un condensé de ce que Charlie Brooker a pu nous offrir de meilleur en matière de réflexion pessimiste, mordante et riche de sens.

1. Fifteen Million Merits / 15 millions de mérites (saison 1, épisode 2)

Synopsis : Rejetée par le jury lors d’une émission de chant, une femme doit réaliser des tâches dégradantes ou retourner à sa condition d’esclave.

La voilà, la raison pour laquelle j’ai précisé, même si cela pouvait semblait inutile, que ce top était 100% subjectif. A en croire les avis lus/entendus ici et là, Fifteen Million Merits est un épisode solide, mais maladroit et daté, la faute notamment à sa vision du télécrochet X Factor, nettement moins populaire maintenant qu’à sa sortie.

Pour moi, c’est un chef-d’œuvre. Un vrai.

Difficile d’expliquer pourquoi en quelques lignes seulement, mais essayons. Dans le futur, on suit le quotidien de Bing (Daniel Kaluyaa, le héros de Get Out), réglé comme du papier à musique : le réveil dans sa chambre high-tech, le travail (pédaler sans fin, motivé par une espèce de jeu vidéo crétin), la pause bouffe, un peu de détente (et de pubs, sauf s’il a les fonds suffisants pour les bloquer) avant de s’endormir à l’heure prévue par son employeur.

Cette morne routine va changer lorsqu’il va croiser le chemin d’Abi (Jessica Brown Findlay, vue notamment dans Downton Abbey), qu’il encourage à participer à un prestigieux concours de chant, qui va bouleverser sa vie, et pas forcément de la manière que l’on pourrait imaginer. En dire plus sur le scénario serait un crime.

Cet épisode jouit d’une qualité d’écriture exceptionnelle et prend un malin plaisir à jouer de manière sadique avec les sentiments du spectateur et lui donner de l’espoir pour soudainement le faire tomber de plus haut encore. Des années après sa découverte, cet épisode (et surtout son final, sous forme d’auto-critique pour Charlie Brooker) n’a cessé de revenir régulièrement dans mon esprit, et je n’ai pas l’intention de l’en déloger.

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