Critique de film

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Black Swan

"Black Swan"
affiche du film

Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...

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Trailer - Black Swan (2011)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Black Swan - Mélodrame en noir et blanc
Par : Samuel Tubez
Tags : Psychologique

Après l’excellent The Wrestler qui rendait grâce à l’impressionnant Mickey Rourke, Darren Aronfsky quitte le milieu du catch pour celui de la danse et nous livre un nouveau coup de maître. Cette fois, c’est Natalie Portman qui est mise sur le devant de la scène dans ce thriller psychologique qui nous plonge dans les arcanes d’une troupe de ballet à New York, où rivalités et troubles de l’identité gangrènent une nouvelle adaptation du Lac des cygnes.

Tout comme dans le précédent film du réalisateur, la caméra colle de près au personnage principal qui est ici Nina Sayers, une jeune danseuse à la recherche de la perfection et qui va littéralement fusionner avec le rôle qu’elle convoite, au point d’en perdre tous ses repères. Un directeur de troupe exigeant (Vincent Cassel, vénéneux), une double maléfique (Mila Kunis, sexy et troublante), une étoile déchue (Winona Ryder, parfaite), une mère ultra possessive (Barbara Hersheylâche toute son emprise) et une héroïne schizophrène font ainsi partie intégrante de cette grande descente aux Enfers sur fond de Tchaïkovski. A la vision de Black Swan, on ne peut s’empêcher de penser à une autre grande œuvre paranoïaque et schizo : Le locataire, l’un des chefs d’œuvre de Roman Polanski. Plus consensuel au niveau du scénario et symboliquement très appuyé (le noir/le blanc, la fille pure et coincée/la femme libérée,…), le film d’Aronofsky s’avère au premier abord assez basique. Mais cela ne l’empêche pas de briller de mille feux. Tout d’abord grâce à la renversante Natalie Portman, entièrement dévouée à son rôle, tour à tour magnifique, fragile, sensuelle et…ténébreuse. Elle y trouve le meilleur rôle de sa carrière. La très prisée statuette en or reçue pour sa prestation n’est que justice. Tout comme The Wrestler, le film repose en grande partie sur une direction d’acteurs irréprochable, créant ainsi deux fois de suite un écho parfaitement troublant entre les acteurs et ce que vivent les personnages qu’ils endossent (Mickey Rourke, star déchue qui revient sur le devant de la scène de manière fracassante et Natalie Portman, dont tout le talent éclate enfin littéralement jusqu’à la judicieuse obtention d’un Oscar). Avec Black Swan, Darren Aronofsky achève un diptyque on ne peut plus juste et cohérent sur la starification et le don de soi. Mais son dernier film est plus qu’un film d’acteur (ou d’actrice, en l’occurrence). Il y a aussi cette caméra virtuose, qui, tout en nous livrant des scènes aussi cauchemardesques que resplendissantes (l’intro, la transformation finale) nous emporte dans un tourbillon de ressentiments vécus par l’héroïne. Régulièrement, la gorge du spectateur se serre, les mains deviennent moites et les larmes montent aux yeux. Autant dire que le mélodrame fonctionne à merveille, d’autant qu’il est servi par une merveilleuse composition de Clint Mansell, utilisant et revisitant Tchaïkovski avec maestria. De plus, le film livre quelques effets visuels surprenant, évoquant aussi bien la transformation de Seth Brundle en mouche dans le film de Cronenberg que les étirements de prothèses du loup-garou de Londres, le tout sans tomber une seule seconde dans l’absurde ! Un juste équilibre où tous les éléments sont utilisés parcimonieusement pour atteindre une quasi-perfection, voilà de quoi est fait Black Swan, premier véritable électrochoc de l’année.

Grande œuvre schyzo et parano sur la recherche absolue de la perfection, Black Swan dégage une atmosphère sombre et inquiétante, sensuelle et captivante. Véritable perle noire, le film d’Aronofsky est une ode à son interprète principale, la fabuleuse Natalie Portman, tout comme The Wrestler (re)mettait en lumière Mickey Rourke. Une cohérence de tous les instants qui traverse deux œuvres connectées mais pourtant différentes, deux films aussi jouissifs que troublants. Deux grands chefs d’œuvre.


Critique de Black Swan - Je danse donc je suis
Par : Maureen Lepers

Brutal et intransigeant, le cinéma de Darren Aronofsky se plait à massacrer la matière sur laquelle il se fonde. Au-delà du sujet, il s’agit toujours pour le réalisateur de creuser la chair de l’image, du récit ou des personnages à la recherche d’un absolu, d’un idéal terrible et magnifique dont la puissance évocatrice n’a d’égale que la pulsion de mort qui l’accompagne. Sous couvert de revisiter ici, à travers l’histoire d’une jeune danseuse, Le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, le cinéaste livre avec Black Swan un film coup de poing qui substitue à la danse le ballet du septième art.

Depuis son premier film en 1998, il y a chez Darren Aronofsky, une volonté farouche de cristalliser par l’image ce qu’il considère comme étant l’essence même de la perfection : le vampirisme. L’absolu, inlassablement, doit se nourrir d’âme et de sang. Amorcée par le final de Pi (le professeur, rongé par son obsession, s’ouvre la tête avec une perceuse), la théorie continue de s’étayer dans Requiem For A Dream (annihiler, par la détérioration du corps, l’idéal que pouvaient représenter la beauté et l’amour fou du couple Jared Leto // Jennifer Connelly, et l’American Dream aseptisé de la mère et sa télé), et par l’inversion du processus, introduit une nouvelle idée : plus que la quête de perfection, c’est la perfection elle-même en tant que principe et concept, qui entraine la chute, inexorable, vertigineuse. En réalisant The Wrestler, et maintenant Black Swan, Darren Aronofsky se fend de l’audace d’appliquer son postulat au monde du spectacle, et par extension, à celui du cinéma. Dans les deux films, ses personnages sont des performers, mais, si le catcheur de The Wrestler cherche effectivement à retrouver un idéal passé dont le corps porte encore les stigmates, et qui finira par le tuer, l’étoile de Black Swan, Nina, parfaite perfectionniste, se doit d’aller plus loin. En acceptant de danser le Cygne Noir, en s’obligeant à se confronter à son propre corps et à sa propre sensualité, en affrontant son double - la troublante Lily - la jeune fille cherche l’extase. Elle doit, pour gagner, atteindre le ravissement biblique des martyrs sacrifiés.

C’est, entre autre, cette appréhension très de palmienne du spectacle en tant que puissance de mort qui donne au film sa force inouïe. Comme lui dans Phantom Of The Paradise, moins intéressé par la musique que par ce qu’il peut lui faire dire cinématographiquement parlant, ce n‘est pas tant la danse qui intéresse ici Darren Aronofsky. Ce sont plutôt, de fait, les prétextes qu’elle offre de pousser à son paroxysme la fascination pour la dégénérescence de l’être et du corps. Il y a d’abord le portrait, rare et saisissant de justesse, d’une perfectionniste. Moins occupée à filmer le ballet ou l’exécution des mouvements, la caméra ne garde de Nina que le visage, et le corps morcelé, rarement pris dans son ensemble, ou uniquement à travers les yeux d‘autres personnages. Si il s’appuie sur des motifs archi-classiques - le miroir, la perte de contrôle, la dualité noir et blanc, le machiavélisme du séducteur et la sournoiserie de la principale rivale - le réalisateur parvient cependant à les transcender. Ensemble, ces motifs rendent tangible le fondement, essentiel et obscène, du perfectionnisme. Intimement, cruellement, le film fait sentir au spectateur que ni l’échec, ni la réussite ne peuvent s’envisager comme une porte de sortie. Ce principe, pour beaucoup inconcevable, Darren Aronofsky en fait une ligne directrice, un nœud dramatique d’une limpide évidence, au sein duquel gronde la puissance évocatrice du film. Echouer, c’est s’écrouler - et d’ailleurs Nina chute pendant le ballet, alors qu’elle n’a pas achevé sa transformation - échouer, c’est mourir ; mais réussir, c’est se perdre dans la jouissance, c’est se brûler les ailes, au même titre qu’Icare.

De cette impasse, Darren Aronofsky tire la violence et le brio de son discours sur le corps. Si gagner, c’est se sacrifier, alors il faut passer outre la chair et les muscles ; il faut s’abandonner, faire à la danse - et au film - le don absolu de soi. Dans cette perspective, le corps est l’unique barrière dressée entre l’intelligible (le contrôle, la technique dans lesquels Nina, parfait cygne blanc, excelle) et le sensible (le cygne noir, lascif et sensuel). Réduit à sa simple fonction mécanique, instrument de travail privilégié de la danseuse, le corps est le lieu de la répulsion, et donc de la mutation : indubitablement, c’est par sa détérioration que passe l’exaltation. Aussi le réalisateur s’attache-t-il à le débarrasser de toute dimension esthétique. Plus que tout, c’est l’organicité et la pérennité de la chair que le spectateur doit percevoir et sentir. Rongé par l’absolu, les corps de Nina et de l’immense Natalie Portman ne sont plus que des objets au service de l’art qu’elles incarnent, objets qu‘elles abîment et torturent, qu‘elles éprouvent physiquement pour mieux s‘en débarrasser. De la même façon, jusqu’à la mutilation finale, ce n’est pas la légendaire grâce du cygne qui fascine le cinéaste, mais la matière dont il est constitué : plumes sous la peau, pieds palmés et chair de poule. C’est le retour du parallèle carnassier établi dans The Wrestler lorsque l’on découvrait l’ancienne star du catch reléguée au rayon boucherie du supermarché. En transformant sa danseuse en cygne, Darren Aronofsky n’en fait pas un oiseau ; il en fait une volaille et se donne de fait l’autorisation d’envoyer son personnage à l’abattoir. A ce stade, il élève son film à un autre niveau : le mélodrame révèle un film de monstre. On convoque ici David Cronenberg et Lon Chaney, mais aussi les distorsions du squelette du loup garou, expérimentées visuellement dans le récent Wolfman de Joe Johnston. Plus largement encore, c’est au diable qu’en appellent les désarticulations successives de Nina. Les deux scènes clefs (les jambes qui s’arquent et le cou qui s’agrandit) mais aussi le travail sonore sur la respiration et les scarifications - Nina se gratte jusqu’au sang et se coupe, comme pour faire apparaitre quelque chose d’autre sous la surface - se conjuguent pour suggérer la possession. A ce sujet, la cruauté de l’image de la danseuse transformée, exaltée, les yeux rougis par le plaisir et la luxure, est sans appel.

Visuellement, le film tient dans ce paradoxe. Le corps, torturé et asséché, mais transcendé et mystifié cristallise en creux le carrefour de contraires qu’est Black Swan : entre fascination et répulsion, entre mélodrame et film d’horreur, entre film de genre et film d’auteur, c’est finalement tout le cinéma qui nous est ici offert et à qui, corps et âme, le personnage, l‘actrice et le spectateur se sacrifient.


Commentaires sur le film

Chef-d’œuvre fulgurant

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

L’aboutissement de l’Art d’Aronofsky, arrivé à pleine maturité, qui nous livre un spectacle total, d’une densité sidérante, entremêlant dans un même mouvement le drame aux résonances antiques, l’horreur intime & organique, l’étude du microcosme d’une compagnie de ballet, une forme de paranoïa latente presque "De Palmienne", ainsi que le fantastique et l’esthétique du giallo. Soulignons aussi le génie confondant de la direction photo de l’excellent Matthew Libatique ("Pi", "Requiem For a Dream", "The Fountain"), entre élans néo-classiques (relayés par la BO de Clint Mansell) et modernisme revendiqué. Pour ne rien gâcher, tous ces acteurs sont en état de grâce, Natalie Portman la première (le rôle d’une vie), aux côtés de la sublime Mila Kunis (incendiaire) et d’un Vincent Cassel tout en suavité retorse.

17 septembre 2011 à 01:09 | Par Vivadavidlynch
On aime ....ou pas.

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

J’ai apprécié mais j’attendais plus de ce cinéaste. Les acteurs sont eux excellents ce qui donne au film l’aspect d’un chef-d’œuvre.

24 septembre 2011 à 18:09 | Par ArwenGernak
Trop Apollinien pour relever du chef d’oeuvre.

4 etoiles

La ligne de confusion entre la vie et de l’art : le double et son écho. Du spleen, de l’idéal, de la schizophrénie, un climat anxiogène. Un art de haute volée souffrant quelques lourdeurs. Mais hélas, une esthétique qui ne franchit jamais les limites formelles d’un art apollinien, alors que le contenu réclame pourtant du dionysiaque. On prétend nous faire jaillir la nuit, et tout ce qu’on voit n’est que du jour. Résultat : un cygne blanc réussi, et un cygne noir poussif, confus, réduit aux failles du profil psychologique du personnage central et qui peine à contaminer toute l’oeuvre. Ce n’est pas les quelques "syncopes" du montage qui permettent à ce film de transcender un sujet qui se devait de l’être. C’est beau, ambitieux, dramatique, mais jamais sublime ou tragique. On songe alors à Lynch..

5 novembre 2011 à 18:11 | Par Fred Bau
Un cygne frustré

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Un drame psychologique assez éprouvant, la mise en scène est une véritable descente dans la folie. Natalie Portman est bouleversante de fragilité, pression de l’entourage, crise identitaire et maladie mentale sont vraiment très bien transposé au travers de la réalisation. Certaines scènes sont flippantes et on ressent le malaise durant tout la longueur de l’oeuvre. Encore un grand film de la part de Aronofsky.

2 janvier 2013 à 13:01 | Par AnarchYgor

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