CHRONIQUE DVD

CHRONIQUE DVD - Insensibles

A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants, insensibles à la douleur physique, est interné dans un sanatorium.
Séquestrés, incompris et maltraités, un seul d’entre eux, Benigno, atteindra l’âge adulte. De nos jours, le chirurgien David Martel
part à la recherche de ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Il découvrira que ses propres
origines sont étroitement liées au destin tragique de ces enfants, et d’un mystérieux et monstrueux tortionnaire du nom de Berkano.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur franco-espagnol Juan Carlos Medina nous propose une ambitieuse parabole, à la
fois poignante et terrifiante, sur les années les plus sombres de l’Espagne du XXème siècle (guerre civile, seconde guerre mondiale,
franquisme). Préférant la relecture poétique à la reconstitution historique, Medina se distingue de ses prédécesseurs ibériques
(L’Echine du Diable, Le Labyrinthe de Pan, Balada Triste, L’Orphelinat) en adoptant un double angle d’attaque pour le moins original :
celui du syndrome de l’insensibilité congénitale de ces enfants internés, isolés sensoriellement du monde extérieur, et en souffrance
psychologique ; et celui du détachement émotif de David, souffrant quant à lui d’une maladie physique létale.

Le film, qui tient autant du thriller fantastique, que du film d’auteur engagé, s’articule donc autour de deux récits qui fonctionnent à
rebours l’un de l’autre. Très vite, le montage alternatif, brillamment agencé, ne laisse place à aucun doute quant au fait qu’ils sont voués
à se recouper, et qu’ils constituent une seule et même histoire, dont le sanatorium est le lieu hyperbolique.Tant et si bien que le bâtiment,
et le monstre qui le hante, acquièrent un statut de lieu maudit quasi lovecraftien, au sens où il est à la fois un point culminant qui écrase
tout horizon, et la porte des abîmes sans fond qui contaminent tout le récit, et aimantent la quête identitaire de David.

Foncièrement symbolique, le film s’interroge avant tout sur la torture intérieure de l’histoire de tout un pays. Medina, conscient de la force
d’un sujet tel que le traumatisme historique, ne perd jamais de vue son propos, et a l’élégance d’éviter de verser dans le discours moralisateur,
auquel il préfère la rigueur formelle. Le tissu narratif et visuel du métrage est beaucoup plus organique et métaphorique que discursif et réaliste.
Ce qui importe, c’est la force émotionnelle transmise par le jeu des acteurs (que celle-ci traduise l’empathie, l’indifférence, ou la cruauté), et la
puissance évocatrice des images. Le casting est béton. Le traitement de l’espace et des lieux, ainsi que des ombres et des lumières,
remarquablement lié à l’évolution psychologique des personnages. Le tout servi par la photographie d’Alejandro Martinez, tout bonnement
éblouissante, jusqu’aux ténèbres.

La réalisateur s’autorise certes quelques digressions dont l’intérêt et le sens demeurent discutables (comme la scène de l’opération du chiot par
exemple). Il n’est pas à exclure non plus, qu’à trop vouloir bien faire, Medina en a un peu trop fait. Mais ce petit brulôt ibérique n’en demeure pas
moins viscéral et émérite. Ce qui prime, en définitive, dans Insensibles, c’est un regard lucide qui commence par dévisager le mal à travers
l’innocence des enfants. Puis qui singulièrement, s’élève, à travers une horreur résolument humaine, au vertigineux promontoire à partir duquel
une nation peut être observée à échelle historique, dans son ensemble, et être capturée dans l’isolement d’une ambiguïté monstrueuse : celle où
elle apparaît comme sa propre victime, et son propre bourreau. C’est de ce point de vue que s’éclaire le final incendiaire (on songe à l’esthétique
de Clive Barker) de la rencontre des deux récits, où le réal prend clairement position. Insensibles refuse les poisons de la culpabilité et du tabou,
ainsi que les facilités de l’oubli, et exhorte au devoir de mémoire responsable. On ira pas jusqu’à vous dire que Medina transcende son sujet. Mais
il a au moins su le sublimer. Et pour un premier film, c’est énorme.

Côté bonus, le DVD et le Blu-ray proposent quasiment le même contenu. Un making of assez complet de 24 minutes, une galerie de photos, et
la bande annonce du film. La bonne surprise vient d’un entretien de 25 minutes, où Medina s’exprime avec sobriété et pertinence sur les tenants
et les aboutissants de son bébé. La partie DVD-Rom (DVD uniquement) propose en outre un storyboard intégral.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Suspiria
2018
affiche du film
Cam
2018
affiche du film
Halloween
2018
affiche du film
The Night Comes for Us
2018
affiche du film
The Predator
2018
affiche du film
La Nonne
2018

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage