CHRONIQUE DVD

CHRONIQUE DVD - L’orgie des vampires

Au théâtre ce soir

L’orgie des vampires (Il mostro dell’opera, 1964) est une nouvelle rareté exhumée par Artus Films dans le cadre de leur « Collection Gothique », rejoignant les sorties récentes de L’effroyable secret du Docteur Hichcock (Riccardo Freda, 1962, avec l’icône Barbara Steele) et de Vierges pour le bourreau (Massimo Pupillo, 1965).

Neuvième réalisation de Renato Polselli, solide artisan du Bis italien (La verità secondo Satana, Delirio caldo), qui s’adonna au hard l’espace du « mondo film » Revelations of a Psychiatrist on the World of Sexual Perversion (1973), L’orgie des vampires est la deuxième incursion dans le genre vampirique de son auteur, succédant à L’amante del vampiro (1960). Pour l’occasion, Polselli s’entoure d’acteurs routiniers du Bis, bien que méconnus du grand public, tels Marco Mariani (le western spagh’ Sept winchester pour un massacre, les gialli Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? & Death Smiled at Murder), Giuseppe Addobbati (Opération peur de Mario Bava, Le temps du massacre & Perversion Story de Lucio Fulci) et Alberto Archetti (Le Moulin des supplices, Le cheik rouge).

Ces derniers sont accompagnés de deux beautés qui n’auront que subrepticement effleuré le grand écran : la danseuse Barbara Howard (dont c’est la seule apparition officielle) et Carla Cavalli (uniquement présente dans les tréfonds du casting de Aux mains des SS du même Polselli). On y dénombre aussi - dans un rôle important - l’espiègle Milena Vukotic, à la carrière pléthorique (Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel, Du sang pour Dracula, La lune dans le caniveau de Beineix, …).

Démarrant par l’attaque (rêvée) d’une jouvencelle en robe de chambre vaporeuse par un saigneur de la nuit, la belle alanguie offrant sa jugulaire sur les rives d’un cours d’eau, L’orgie des vampires prend place dans une compagnie de danse, qui décide de s’installer pour leurs répétitions dans un endroit supposé maudit. En effet, l’histoire du lieu regorge de disparitions mystérieuses, soit autant de vedettes féminines qui se sont volatilisées… Faisant fi des mises en garde de l’inquiétant gardien du théâtre, la troupe y installe ses quartiers, mais ne tarde pas à faire face à des événements étranges, provoquant la panique parmi les danseurs. Sans compter que Giulia (Barbara Howard), star du spectacle, a la désagréable impression de connaître les lieux et le visage du gardien hanté par de lourds secrets…

D’un noir et blanc charbonneux, le film se base sur des dispositifs somme toute très classiques pour faire naître l’effroi, s’apparentant donc à de vieilles recettes éprouvées : brusques extinctions de la lumière, grincements de portes, craquements et autres apparitions inopinées au gré d’un imposant décor tortueux, le tout relevé d’une BO gothico-horrifique de bon aloi (des œuvres d’Aldo Piga, spécialiste des films de vampires transalpins : L’amante del vampiro, Des filles pour un vampire, Curse of the Blood Ghouls, …). Extrêmement verbeuse, l’œuvre de Polselli s’attarde particulièrement sur son microcosme théâtral, développant une mécanique presque « vaudevillesque », entre marivaudages amoureux, jalousies et petites mesquineries de rigueur. Par contraste, l’expression d’un saphisme larvé imprègne la pellicule et n’est pas pour déplaire.

Se partageant entre séquences de comédie musicale et longs tunnels dialogués, L’orgie des vampires peine à convaincre et l’argument fantastique (un vampire hante un théâtre délabré) paraît si ténu… Jusqu’à ce que le saigneur intervienne timidement en fin de dernière bobine et que le spectateur sorte de sa torpeur à la vision de la sublime Barbara Howard en nuisette, menacée d’une fourche par le vampire grimaçant.

Peu palpitant et plutôt convenu, L’orgie des vampires - encore un titre français mensonger ! - vaut néanmoins le coup d’œil, si on l’envisage comme le digne reflet d’une époque révolue (le début des 60’s), avec tout ce que cela implique de conformisme et de naïveté. Très sage dans son traitement du fantastique et peu rythmé, le film contentera de fait les puristes et complétistes, qui se laisseront embarquer par son charme désuet. Quoi qu’il en soit, le travail éditorial effectué par Artus Films est admirable et expose un devoir de mémoire bienvenu.

PS : En bonus de cette édition, le cinéphile Alain Petit revient sur la carrière de Renato Polselli et des différents intervenants gravitant autour de L’orgie des vampires . On y retrouve aussi un diaporama des visuels et photos promo du film, ainsi que les bandes-annonces de la « Collection Gothique ».

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