CHRONIQUE DVD

CHRONIQUE DVD - Le Territoire des Ombres

De nos jours, suite à la disparition suspecte d’un premier expert, Luisa Llorente est chargée d’estimer le manoir de Valdemar. Mais elle disparaît à son
tour. La fondation qui chapeaute cette vente exceptionnelle engage un détective privé, et le charge de mener une enquête en toute discrétion. Lors du
voyage en train qui le conduit sur place, la présidente de cette fondation lui narre une bien étrange histoire à propos d’une malédiction qui aurait frappé,
au XIXème siècle, la famille Valdemar.

L’indulgence ou la sévérité critiques vis-à-vis d’une production cinématographique ne dépendent pas seulement de la qualité de cette dernière. Elles
dépendent aussi de ce dont elle se réclame. Lovecraft, ainsi que les récentes pépites du cinéma fantastique ibérique sont tout sauf un doux patronage
à l’ombre duquel il est aisé de briller. Sans ce double patronage, on vous dirait que Le Territoire des Ombres : le secret des Valdemar (premier volet
d’un dyptique) souffre de longueurs. Que le mélange des effets spéciaux "traditionnels" et numériques n’est pas toujours heureux. Mais que la restitution
visuelle de l’époque victorienne, ainsi que l’étude des caractères y sont assez bien fouillées (si l’on met de côté le personnage d’Aleister Crowley, bien
trop poussif décidément, pour être inquiétant). Que le métrage, enfin, avec son ambiance gothique d’une facture classique directement inspirée de la Hammer,
offre quelques bonnes séquences et plans horrifiques, même si tout ça a un air de déjà-vu. Le spectre de la tentative d’adaptation de l’univers lovecraftien
change considérablement la donne. Il ne suffit pas en effet de prononcer son nom, et de mettre en scène quelques-uns de ses artifices (maison délabrée,
rats, atmosphère macabre, odeur pestilentielle, culte occulte, goules) pour que s’ouvrent les portes de ses démons et merveilles.

En deçà des thèmes qu’il explore, et des mythes qu’il élabore, le dispositif littéraire mis en place par Lovecraft expose avant tout son lecteur à deux sensations
primordiales : l’angoisse et le malaise. Quels que puissent être les partis pris d’une adaptation cinématographique, ce sont ces sensations que ce lecteur est
en droit d’attendre. En choisissant de déployer son histoire sur deux époques à la fois, José Luis Aleman n’a pas opté pour la plus simple des structures narratives.
Le problème, c’est que le résultat est aux antipodes de cette attente élémentaire : éprouver de l’angoisse, ainsi qu’un malaise indéfinissable allant croissant, à
mesure que l’épouvante prend forme, et que la curiosité pressent l’omniprésence de l’inconnu, sans que l’inconnu n’apparaisse jamais en tant que tel. Prétendre
adapter Lovecraft sans restituer cet axiome inhérent à son récit horrifique, c’est se planter dans le décor. Et c’est hélas ce que fait Aleman, qui en guise de mise
en bouche, nous sert bien trop rapidement divers clichés de maison hantée et de film de monstres, avant de nous propulser dans l’ère victorienne pendant près
de 40 minutes, afin de nous infliger un drame épique dont les longueurs s’avèrent interminables. Dès lors séparées de leur substance essentielle, toutes les qualités
formelles éventuelles de ce premier volet semblent vaines, puisque hors sujet. Les dernières scènes, proprement horrifiques, ne suffiront pas à redresser cette
impression de maladresse globale. Reste à voir si le second volet, dont la sortie est prévue pour septembre 2013, relèvera un peu le niveau de l’ensemble.

Côté Bonus, le Making of nous offre quelques commentaires explicatifs noyés sous un flot de bavardages promotionnels. Le décryptage du spécialiste français de
Lovecraft, David Camus, quant à lui, n’est rien de plus qu’une succincte introduction à l’œuvre. De quoi frustrer tous les lecteurs qui auront osé espérer entendre un
spécialiste analyser les mécanismes essentiels de ses récits horrifiques. Bref, vous l’aurez compris, si vous êtes un lecteur averti de Lovecraft, et un fantasticophile
confirmé, ce DTV ne s’adresse pas à vous. Si vous ne connaissez pas encore Lovecraft, c’est que vous êtes en train de découvrir le genre. Dans ce cas, ouvrez plutôt
ses livres.

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