AVANT-PREMIERE

CRITIQUE - ONLY GOD FOGIVES

En sortie de salle, sonné, groggy et la tête lourde, le goût du sang dans la bouche, on ne peut se dire qu’une seule chose et ce, que l’on aime ou pas le réalisateur danois, Nicolas Winding Refn a une sacrée paire de couilles. On aurait pu le croire assagi après le succès cannois, critique et public de Drive mais il n’en est rien. Avec Only God Forgives, Refn livre son film le plus hermétique, le plus brutal, le plus noir, le plus violent. Une certaine vision de l’Enfer. Un film radical et misanthrope mais bourré d’images à la beauté plastique folle. Une puissance s’en dégage tout comme un sentiment de malaise ou de dépression accentuée par l’ataraxie des personnages. Only God Forgives est bel et bien une œuvre misanthrope comme si Refn avait voulu sciemment et consciemment secouer un public qui s’attendait peut-être à voir un Drive II. Il pousse le vice jusqu’à employer les même armes formelles que sur son précédent film : esthétisme poussé à l’extrême, ralentis, cadrages au millimètre, rythme indolent et personnages autres. Comme dans Drive, Gosling traverse l’écran et l’intrigue dans un mutisme presque total, yeux dans le vague, bajoues pendantes et mâchoires serrées, seulement perturbées par des éclats de voix ou de violence aussi brefs que sauvages. Sur certains aspects, son personnage ressemble aussi à celui joué par Mads Mikkelsen dans Valhalla Rising. Un personnage parfois christique, parfois perdu, donnant l’impression de ne pas être à sa place et qui traverse les événements sans vraiment les initier ni les dominer. Un personnage à la portée mythologique et mythique renforcée par l’étrange relation qui l’unit à sa mère.

Le film est d’une très grande maîtrise formelle, cadré au millimètre avec une mise en scène qui frise l’abstraction voire l’autisme par moments, tant le métrage semble renfermé sur lui-même, contre le public. D’autant que tout cela est mis en valeur par la photographie incroyable de Larry Smith qui crée véritablement une atmosphère infernale dans laquelle les personnages errent comme des âmes en peine en quête de rachat ou de vengeance car une fois de plus, la vengeance est au centre des débats. Comme dans tous les bons westerns ou chambaras, genres auxquels le film emprunte énormément. Mais contrairement à la vision de Tarantino, celle de Refn n’est ni fun ni cool ni glamour. La vengeance danoise est froide, implacable, aveugle et absurde. On ne se venge pas vraiment par envie mais par devoir. Mécaniquement, parce qu’il le faut bien. Et le sang est au rendez-vous. Chang, le « méchant » du film peut être vu comme un ange exterminateur sévissant à l’aide d’un sabre et autres armes blanches. La violence est omniprésente, sale et cruelle. Les corps sont transpercés, les artères tranchées et les membres coupés tout au long film. Ryan Gosling est l’antithèse de ce qu’il était dans le précédent film du réalisateur. Ici il se fait tabasser et rabaisser sans cesse, physiquement et psychologiquement. Refn entreprend une véritable entreprise de destruction de son icône qui manifestement n’en demandait pas tant.

Sur le fond, prosaïquement, le film ne raconte pas grand-chose, Refn se base sur quelques grandes lignes de force sur lesquelles les personnages se déplacent. Toutefois, Only God Forgives fait partie de ce genre de films qui disent plus qu’ils n’en montrent, il faut voir plus loin que les images pour comprendre les intentions du réalisateur danois. L’œuvre rappelle souvent la scène de la traversée du fleuve en bateau dans Valhalla Rising mais transposée en Thaïlande. Les sensations dégagées sont les mêmes, l’impression ne pas savoir où l’on se trouve ni où l’on va. Malgré ça, on reste fasciné par les images du réalisateur qui rappellent tout à tour Gaspar Noé, Stanley Kubrick, Johnnie To ou David Lynch (avant que celui-ci ne tombe dans l’auto-parodie) tout en restant fidèle à lui-même et à son cinéma sauf qu’ici il ne caresse pas le spectateur dans le sens du poil, il ne lui fait aucun cadeau, le bouscule, le violente même, comme pour le punir d’avoir autant adoré Drive.

Only God Forgives frise la perfection formelle mais souffre toutefois de quelques menus défauts. La prestation de certains comédiens thaïlandais n’est pas toujours à la hauteur, le personnage de Kristin Scott Thomas est lui aussi très agaçant voire carrément antipathique, ce qui correspond bien au caractère misanthropique du film. La grande scène de combat trop téléphonée, sonne faux. Les coups sont un peu faiblards, ce qui ôte une grande partie de l’impact de la scène. Certains regretteront le caractère trop radical et trop noir du film qui s’apparente à une petite boule de haine sourde et rentrée. Toutefois, dans les dernières séquences du film, on aperçoit la lumière, les ténèbres se dissipent et laissent filtrer une pointe d’humanité salvatrice qui sourde d’une très belle scène finale, décalée mais ô combien révélatrice de la véritable nature des personnages.

Le film de Nicolas Winding Refn est destiné à diviser, une bonne partie des spectateurs risque de rester sur le carreau, rebuté par l’hermétisme et la noirceur du film. Que l’on aime ou pas, qu’on l’accepte ou pas, ce film est une vraie et belle proposition de cinéma telle qu’on aimerait voir en plus souvent. Refn reste libre, indépendant et fidèle à son cinéma, à ses envies. Il n’impose rien au spectateur, ne lui fait pas de cadeau, il propose et le spectateur devant l’écran dispose. Refn a été sifflé et hué au festival de Cannes mais honnêtement que sont quelques sifflets face à l’intransigeance d’un grand metteur en scène ?

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