CYCLES

CYCLE KAIJUS - Godzilla (1954)

9 juillet 2013 | Par : Gilles Penso

La sortie ce mois de Pacific Rim nous contraint à exhumer certains des canons du genre kaiju, ces films mettant en scène des monstres colossaux délestant leur violence en plein centre-ville...

Ami de longue date d’Akira Kurosawa, Inoshiro Honda réalisa son premier film en 1951, mais ce n’est qu’en 1954 qu’il entra dans la légende en imaginant Godzilla, métaphore rugissante des horreurs d’Hiroshima qui traumatisèrent le jeune cinéaste alors qu’il était mobilisé sur le front. Mine de rien, peu de réalisateurs peuvent se vanter d’avoir créé un mythe ayant perduré à travers les décennies, ainsi qu’un genre cinématographique à part entière, le « kaiju eiga », autrement dit le film de monstres japonais.

Inspiré par le succès de King Kong et par le scénario du Monstre des Temps Perdus, Godzilla raconte les méfaits d’un reptile préhistorique qui dormait depuis un million d’années au fond des mers avant d’être réveillé par des expériences atomiques. Le monstre gagne le Japon à la nage et sème la mort et la désolation dans Tokyo, écrasant les habitations et broyant les trains. L’armée est impuissante contre lui, car son corps semble être chargé d’électricité. Tanks, camions, bateaux, pièces d’artillerie, rien ne résiste aux assauts répétés du monstre antédiluvien. Les scientifiques perplexes se réunissent, mais la population s’affole. Au dernier moment, le docteur Serizawa trouve le moyen d’éliminer le dinosaure en détruisant l’oxygène autour de lui. Il donnera sa vie pour tuer le monstre en provoquant une explosion sous-marine.

Très sombre, parfois carrément mélodramatique, le film se sert du monstre comme élément déterminant d’une tragédie classique où se nouent des liens sentimentaux entre les jeunes protagonistes, où l’on se sacrifie, où l’on tire des morales sentencieuses de la situation (« A trop vous moquer des légendes, vous allez finir en pâture » déclame un vieillard qui sent poindre à l’avance la colossale menace). Tout ceci peut sembler à présent désuet, mais l’impact de Godzilla au milieu des années 50 fut impressionnant. Symbole des phobies nippones de l’époque (le péril nucléaire mais aussi les catastrophes naturelles et une certaine idée du fléau planétaire venu de l’irresponsabilité de l’Occident), le monstre possède la tête d’un tyrannosaure, le corps d’un allosaure et les plaques dorsales d’un stégosaure, même si son aspect général évoque surtout le dragon traditionnel asiatique.

La présence de l’acteur dans le costume en caoutchouc reste évidente, malgré l’utilisation du ralenti destiné à lui donner un pas lourd, et malgré les magnifiques maquettes de la ville de Tokyo vouées à la destruction. Artisan de ces mémorables effets spéciaux, Eiji Tsuburaya porte une grande partie du succès du film sur ses épaules. Dans la version américaine de Godzilla, Raymond Burr fait de la présence passive, afin que les spectateurs occidentaux puissent voir un visage familier au milieu de tous ces acteurs japonais inconnus. Le procédé, douteux, sera très souvent employé par les distributeurs américains pour d’autres films fantastiques nippons. Depuis, Godzilla est devenu un véritable héros national au Japon. Sa cote de popularité ne cessant de croître, il s’est peu à peu mué en monstre gentil, luttant contre des créatures diverses aux morphologies aberrantes qui auraient rendu jaloux Dali et Picasso.

Pour découvrir les critiques de Gilles Penso, cliquez ici

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