CYCLES

CYCLE LARRY COHEN - Le Monstre est vivant (1974)

8 juin 2013 | Par : Gilles Penso

A l’occasion de la rétrospective que lui offre le festival de Neuchâtel, Cinemafantastique se replonge avec délectation dans la carrière de Larry Cohen...

« Il est né il y a trois jours. Il a tué sept personnes. Ses parents sont des êtres humains. Quoique ce soit, c’est vivant ! » C’est accompagné de ce slogan intrigant que sortit Le Monstre est Vivant en 1974. Après trois longs-métrages d’exploitation (Bone, Black Caesar et Hell-Up in Harlem), l’auteur/réalisateur/producteur Larry Cohen attaquait ainsi pour la première fois son genre de prédilection, l’épouvante, à travers un concept pour le moins audacieux. A Los Angeles, Lenore Davis met au monde un bébé monstre qui, dès sa naissance, sectionne avec ses dents acérées son cordon ombilical, tue médecins et infirmières de la clinique d’accouchement, puis s’échappe aussitôt, épargnant sa mère. Fruit de mutations liées à des produits commercialisés pour le grand public, le monstre tue plusieurs fois sur son passage, traqué par la police. Puis il est instinctivement guidé vers une maison… Celle de ses parents. Frank, le père de ce bébé mutant, se joint aux policiers pour retrouver sa trace et l’empêcher définitivement de nuire. Mais bientôt, des sentiments contraires animent l’infortuné géniteur…

Assez proche des angoisses chirurgicales et organiques de David Cronenberg, ce film phare de Larry Cohen distille une angoisse très efficace, via une juxtaposition thématique aux frontières du tabou : le nouveau-né et la monstruosité. Le traitement est novateur, dans la mesure où le bébé monstre, né dans une scène d’accouchement assez éprouvante, est un tueur mutant avide de chair et de sang, dont les relations avec sa famille (le père, la mère, le frère) sont très ambiguës, partagées entre l’amour et la haine, la peur et la compassion. Le jeu très intériorisé de John P. Ryan participe à cette ambiguïté. Conçue par Rick Baker, la créature s’avère très efficace, même si elle manque de finitions (en particulier au niveau des mains), probablement à cause d’un budget anémique. Avec intelligence, Larry Cohen, homme à tout faire sur le film, comme souvent, filme son bébé monstre avec parcimonie, jouant sur l’ombre, les avant-plans et le montage nerveux.

Le final, au cours duquel la police traque le mutant dans les égouts de la ville, évoque celui de Des Monstres attaquent la Ville réalisé vingt ans plus tôt par Gordon Douglas. Les cadrages approximatifs à l’épaule, la lumière peu travaillée et le montage parfois maladroit trahissent les faibles moyens du film, mais n’atténuent aucunement son impact. Cet impact est d’ailleurs amplifié par la partition du grand Bernard Herrmann qui, après ses collaborations avec Orson Welles, Alfred Hitchcock et Ray Harryhausen, signait ici l’un de ses derniers joyaux. Le titre original, It’s Alive !, se réfère à la célèbre réplique de Colin Clive lorsqu’il voit sa créature s’animer dans le légendaire Frankenstein de James Whale (Cohen y fait d’ailleurs allusion, à travers le dialogue de deux personnages dissertant sur la célèbre confusion que le public entretient entre le nom du docteur et celui de son monstre). La dernière réplique de Le Monstre est Vivant laisse bien comprendre que la menace reste en suspens, et annonce déjà la possibilité d’une séquelle, ce que les confortables recettes du film au box-office permirent de concrétiser aussitôt avec la bénédiction de la Warner.

Pour découvrir les critiques de Gilles Penso, cliquez ici

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