Critique de film

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Ça: Chapitre 2

"It Chapter Two"
affiche du film

27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu'on signale de nouvelles disparitions d'enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d'abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

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Les critiques à propos de ce film

Ça : Chapitre II - Enfoncer le clown
Par : Seb Lecocq

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit conseil critique : toujours se méfier de ce qu’on appelle « un film phénomène ». Cette appellation cache souvent quelque chose de louche, de trompeur ou de bassement marketing. La vieille technique du bateleur pour nous rappeler que le cinéma est, aux origines, un art forain. Ceci étant dit, il est évident que la suite de ce qui est, à l’heure où ces lignes sont écrites, le plus gros succès d’exploitation commerciale pour un film d’horreur avec plus de 700 millions de dollars de recettes engrangées, était plus qu’attendue. Surtout en cette période de revival kingien où les écrits du Maitre du Maine sont (ré)adaptés tous azimuts.

En bonne suite forte d’un énorme succès, Ça Chapitre 2 peut se reposer sur un budget confortable, un casting hyper solide et une plus grande marge de manœuvre pour l’équipe aux commandes d’un film de près de trois heures, soit la durée totale du téléfilm de Tommy Lee Wallace, ce qui, au vu des standards actuels, n’est plus si exceptionnel. On était curieux de savoir comment Ça allait se terminer et après deux heures cinquante de projection, il se termine de la même manière que le premier épisode, rendu d’ailleurs pratiquement obsolète par cette suite qui le vampirise, avec la sensation d’avoir vu un chouette film troublé par la frustration d’être passé à côté de quelque chose de bien plus grand. C’est sans doute cela la rançon de la gloire.

Tout comme son méchant clown, le film appâte par une scène introductive fracassante, probablement la meilleure du film. Dure, méchante, sèche, on se prend à rêver d’un vrai film d’horreur ambitieux, humain et brutal. La scène prend aux tripes et surprend par sa violence tant graphique que psychologique. Il y a dans cette ouverture tout ce qu’était le livre de King et que ne sera qu’à moitié son adaptation moderne. L’horreur de King né très souvent du réel, c’est une horreur domestique, une composante en partie éludée par ce second volet qui semble hors du temps contrairement au premier hyper référencé et indéniablement trop marqué par une fascination factice pour les années 80. Un film bancal qui tente de rattraper l’erreur fondamentale du film initial qui en ne se concentrant que sur l’enfance des losers passait à côté du cœur du récit. Cette fois, durée conséquente oblige, la structure narrative du livre est respectée mais semble artificielle et donne aux séquences adolescentes une saveur amère de redite, de déjà-vu. Pire cette suite rend la première partie caduque et fait que chaque chapitre peut être abordé individuellement et non comme une partie d’un grand ensemble. Les fans adoreront retrouver les adolescents dans ce second film lors de scènes qui, malheureusement, n’apportent pas grand chose au film si ce n’est une nostalgie qui englobe tout le projet. Et si c’était ça, finalement, le maître mot de cette double adaptation ?

Passée cette scène d’introduction rentre dans le lard, Muschietti assume pleinement son ambition de livrer une horreur grand public, polie et propre sur elle zébrée toutefois de quelques éclairs de malaise ou de débordements sanglants qui tentent d’exister entre deux saillies humoristique d’un Bill Hader qui tire la couverture à lui. Plus que la singularité de son personnage, c’est la tiédeur des autres qui le met en exergue. Le triangle amoureux aperçu dans le premier film se casse la figure faute d’intensité des émotions. Leur jeu n’est pas à mettre en cause, la plupart du casting assure très proprement, Jessica Chastain et James MacAvoy en tête, mais pâti d’un scénario qui ne pousse pas sur les bons leviers. Les séquences les plus réussies sont indiscutablement celles où tout le club est réuni comme c’est le cas lors de la très belle scène des retrouvailles au restaurant asiatique que des effets spéciaux numériques tendancieux ne parviennent heureusement pas à gâcher. Cet étrange trio ne parvient jamais à répondre aux attentes et se fait damer le pion par l’improbable couple de cinéma que forme Richie et Eddie. Leur relation s’avère étonnamment émouvante et bien plus intense que le triste triangle amoureux de Bev, Bill et Ben. Mike lui, est toujours relégué au second plan sans qu’on ne sache trop pourquoi et joue le rôle de faux narrateur en distribuant les indices et indiquant la marche à suivre.

La dynamique du groupe est au centre du récit, de l’histoire mais Muschietti les abandonne pour offrir à chacun une longue quête solitaire redondante qui occupe près d’un bon tiers du film. Ces longues séquences centrales de la chasse à l’artefact ne sont pas mauvaises, au contraire, certaines sont très réussies en tant que séquence indépendante mais s’insèrent mal dans la dynamique d’un long métrage, fut-ce-t-il d’une durée de près de trois heures. Elles symbolisent un des maux du cinéma contemporain : le renoncement à l’ellipse qui est pourtant une des armes narratives et scénographique les plus fortes de l’arsenal du metteur en scène. Ça II est frustrant en son sein même de par la nature, l’essence de son adaptation entre fidélité dévouée et envie de liberté restreinte. La qualité globale de l’ensemble, Ça II reste un film très correct il faut le souligner, ne fait que grossir les défauts inhérents au projet. De bonne intentions souvent gâchées par une tendance à toujours tomber quelques millimètres à côté.

Pennywise rassemble toutes les contradictions du film. Beaucoup plus convaincant et effrayant lorsqu’il apparaît sous l’apparence d’un clown maquillé qui fait ressortir le côté humain du personnage que lorsqu’il est déformé par des effets numériques à qualité variable et à l’esthétique parfois douteuse. Dans l’une de ses apparitions les plus terrifiantes il apparaît sous la forme d’un Joker façon Dark Knight avec un visage humain déformé par des cicatrices de sang pour tout maquillage ou lors d’une scène où, tapi dans l’ombre, il attire une fillette. Le monstre le plus effrayant sera toujours le plus humain, Pennywise confire l’adage.

Si les défauts sont ici mis en exergue, il ne faut pas nier les qualités d’un film excellemment interprété, mis en scène avec beaucoup de classe, sans en faire trop ni trop peu, avec des placements de camera et des cadres justes. Techniquement, mis à part quelques effets numériques hasardeux, spécialement lors de la scène illustrant le rituel du Chüd par les indiens, Ça II est irréprochable. L’histoire originelle est suffisamment forte que pour permettre au film de tenir la route et de se suivre avec plaisir mais on regrettera toujours l’absence de vraie terreur ou de mise en danger du projet. Comme pour le premier volet, Muschietti ne quitte pas son fauteuil de bon élève studieux, excellent illustrateur mais peinant à imprimé sa patte sur une histoire trop écrasante. On aurait aimé voir ce que quelqu’un comme Jeff Nichols aurait pu tirer de ce récit qui reste le parangon de la terreur adolescente doublé d’une étude de caractère et d’un roman d’apprentissage ultime.

Muschietti livre une histoire horrifique très correcte, divertissante et qui ne manque pas d’ampleur mais qui reste frustrante. Quoi qu’il en soit en tant que film d’horreur, Ça Chapitre II est une réussite mais se contente simplement d’être un film d’horreur là où il aurait pu être beaucoup plus. Finalement, la plus grande réussite de ce diptyque n’est elle pas de démontrer que Ça, de par sa densité, la richesse de ses thématiques, ses divers niveaux de lectures et sa manière frontale d’aborder tous les tabous de l’adolescence, est en l’état, inadaptable ?


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