Critique de film

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Chair pour Frankenstein

"Flesh for Frankenstein"
affiche du film

Le baron Frankenstein cherche à créer une nouvelle race d'être humain à partir de différents morceaux du corps.

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Trailer - Chair pour Frankenstein (1973)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Chair pour Frankenstein - De la chair, du sang, du sexe
Par : Fred Pizzoferrato

Dans la première moitié des années 70, l’artiste polyvalent Andy Warhol et sa clique se prirent d’affection pour les grands mythes du fantastique (qui ne leur avaient pourtant rien fait, les pauvres) et livrèrent leur propre version de Frankenstein. Difficile d’ailleurs de savoir à qui doivent vraiment être attribués ces deux métrages, dont la paternité semble se partager entre Paul Morrissey (qui poursuivit sur sa lancée avec Le Chien de Baskerville avant de revenir à un cinéma plus grand public, notamment avec Le neveu de Beethoven) et Anthony Dawson, alias Anthonio Margheriti, grand pourvoyeur de la série B horrifique italienne. Au-dessus des deux cinéastes plane encore l’ombre envahissante d’Andy Warhol, largement mis en avant pour des raisons sans doute bassement commerciales. En résumé, le nom de Andy Warhol fut souvent mis en exergue mais la réalisation du film est généralement créditée à Paul Morrissey, excepté en Italie où Antonio Margheriti est mentionné au générique. Il est à présent globalement admis que le cinéaste italien a réalisé les deux films, Morrissey ayant un rôle assez flou de superviseur de la mise en scène et Warhol apportant sa caution artistique. Notons que la production est assurée par un autre trublion, à savoir Jean Yanne.

A sa sortie, ce film, présenté dans un somptueux relief, fit forte impression auprès des amateurs du genre, à la fois ravis et offusqués de telles audaces mais la critique « sérieuse » l’éreinta. La bande à Andy Warhol y allait fort, il est vrai, et se permettait des réjouissances jusque là inédites et provocatrices. Le mythe de Frankenstein, revisité par le gore et le sexe, pimenté d’un mauvais goût outrancier, marqua les consciences au point de gagner ses galons de cult-movie.

Le Baron Frankenstein (joué par l’excellent Udo Kier) est marié à sa sœur avec laquelle il a eu deux enfants. Mais aujourd’hui il passe tout son temps dans son laboratoire : après avoir créé une belle créature à partir de cadavres, il envisage de lui donner un compagnon afin de voir naitre une nouvelle race dont il serait le maître. Pendant ce temps, son épouse Katherine satisfait ses importants appétits sexuels auprès d’un ouvrier, Nicholas, aux aptitudes physiques impressionnantes. Désireux d’offrir à sa créature femelle un étalon de choix le Baron désire tuer Nicholas et faire de lui sa « chose ». Mais il tue par erreur Sasha, l’ami puceau et probablement gay de Nicholas…

Mélange assez bizarre de scénario gothique, de porno soft et d’horreur gore, Chair pour Frankenstein est surtout une comédie macabre pleine de bonne volonté dont le but avoué était de choquer le spectateur. Pour un film de 1974, l’équipe d’Andy Warhol ne reculait en effet devant aucun excès. On note ainsi de nombreuses séquences de nudité, voire aux limites du porno, avec cette châtelaine frustrée qui s’enfile le valet de chambre pendant que son mari viole le cadavre de sa créature. Ce qui permet d’entendre la réplique culte, prononcée par le Baron en plein coït dans les viscères : « on ne peut comprendre la vie que si on a baisé la mort par la vésicule biliaire ». Bref, niveau sexe, le spectateur n’est pas volé.

Au point de vue du gore, le métrage se révèle également gratiné et nul doute que les spectateurs de l’époque devaient pousser des exclamations devant un tel catalogue d’atrocités. Excepté Gore gore girls, peu de films des seventies avaient été aussi loin dans le carnage : décapitation à la cisaille, main arrachée par une grille, corps transpercé par une lance, éventrations, tripailles balancées au public (tous ces effets étant renforcés par l’usage de la 3-D). N’oublions pas la scène choc d’une servante éviscérée dont les intestins tombent lentement vers la caméra par l’utilisation d’une contre-plongée efficace. La scène finale verse complètement dans l’excès et offre un festival de meurtres et de mutilations. Bien sûr aujourd’hui on a vu bien pire et les effets spéciaux ne sont pas toujours pleinement convaincant, n’empêche que Chair pour Frankenstein tient encore bien la route. Dommage pourtant que pour les visions à domicile l’absence de la troisième dimension se fasse cruellement sentir car de nombreuses scènes ont été spécifiquement conçues dans cette optique et fonctionnent assez mal "à plat".

Chair pour Frankenstein garde également un certain intérêt par le jeu halluciné des participants, dont les tirades philosophiques (et abracadabrantes) restent amusantes. Ces lignes de dialogues délirantes et obscènes constituent un bel exemple de mauvais goût assumé. Dommage néanmoins que le scénario peine à maintenir l’intérêt lorsqu’il s’éloigne de son optique rentre-dedans et nihiliste. La réalisation n’est hélas pas toujours à la hauteur des intentions et si les scènes d’horreur sont filmées avec une certaine énergie les passages dialogués sentent un peu trop l’académisme, voire l’amateurisme ou le théâtre filmé.

En dépit d’un rythme plutôt défaillant, Chair pour Frankenstein reste divertissant. Les répliques impayables proférées avec beaucoup de sérieux par des acteurs qui surjouent de manière très théâtrales dans des décors dignes de l’âge d’or du cinéma d’épouvante provoquent immanquablement le sourire, si ce n’est le rire. Même si tout cela a beaucoup vieilli et que les outrances paraîtront aujourd’hui bien timide, la vision de ce film, à présent considéré comme un classique underground, reste conseillée pour les amateurs d’horreur et de cinéma décalé.

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