Critique de film

Halloween

"Halloween"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 2018
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h46
  • Musique : Cody Carpenter, John Carpenter, Daniel A. Davies
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40 ans plus tôt.

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Halloween - A fond la forme
Par : Seb Lecocq


Quarante ans plus tard, après les ersatz, les remakes, les vraies et fausses suites, David Gordon Green entend donner LA vraie séquelle au classique de John Carpenter. Pour ça, on fait table rase des huit films précédents, on rappelle Papa John et Jamie Lee Curtis afin qu’ils apposent leur sceau de crédibilité sur le projet : le premier en signant la bande originale, la seconde pour faire la guerre à Michael Myers. Une street cred au max, une équipe compétente aux manettes, l’implication des vieux briscards et un buzz qui monte doucement autour du projet, il n’en faut pas plus pour exciter un peu tout le monde. De belles intentions d’un retour aux sources attendu sur le papier mais à l’écran, comme toujours, les choses sont un peu plus compliquées que ça.

Revoir la silhouette de Michael Myers sur un grand écran de cinéma est toujours un vrai bonheur typiquement proustien pour les amateurs de cinéma horrifique surtout qu’il est ici plutôt à son avantage. Gordon Green l’iconise parfaitement, ce qui n’était pas le cas lors de ses précédentes résurrections. Il renoue avec son surnom légendaire : The Shape. Une fois de retour dans les rues d’Haddonfield, Myers semble flotter, présence immanente, il est de nouveau cette ombre qui représente le Mal Absolu accentué par la mise en scène. On le voit rôder dans les rues, se déplacer silencieusement de pièce en pièce, surgir sans un bruit pour tuer sans plaisir, mécaniquement parce qu’il le faut s’il veut poursuivre sa marche en avant. Sous la caméra de David Gordon Green, The Shape est redevenu The Shape.

Signé par Carpenter et son fils Cody, le thème musical mythique n’a jamais aussi bien sonné et nous replonge le temps d’une excellente séquence d’ouverture, quarante ans en arrière, à Haddonfield. Le reste de la bande originale est à l’avenant, Carpenter et fils conservent l’essence de la partition originale tout en lui donnant un joli coup de jeune et en y adjoignant des guitares électriques parfaitement intégrées qui rappellent les Lost Themes I et II de Big John. Toujours cette réconfortante odeur de la madeleine chère à Marcel que l’on imagine mise à refroidir sur la maison, enfin la forteresse, d’une Laurie Strode recluse, rongée par la vengeance depuis les événement de 1978. Laurie, incarnée par une très grande Jamie Lee Curtis est ici magnifique. Tout à la fois pathétique et obstinée, vengeresse et paranoïaque, protectrice et impatiente d’en découdre avec Myers. Il ne fallait personne d’autre que son interprète originelle pour donner de la prestance, de la grandeur et de la noblesse à un personnage aux limites de la folie qui expose des failles, des faiblesses, des blessures encore vives après sa rencontre initiale avec le mal incarné. Il y a quelque chose du Joe de Gordon Green dans ce personnage de Laurie. Dans le fait d’aller de l’avant malgré un passé trouble, d’enfouir ses peurs, de se montrer fort pour protéger un adolescent envers et contre tout. On voit clairement la touche du metteur en scène qui puise dans sa propre filmographie pour étoffer son (anti) héroïne. Devant la caméra de David Gordon Green, Laurie est vraiment devenue Laurie.

Cet Halloween 2018 est un film profondément féminin, plus encore si on considère l’absence de visage ou d’identité de Myers. Il est une ombre masquée, armée d’un couteau, il est un agresseur qui s’en prend originellement à des baby-sitters, une menace constante qui n’a qu’une idée idée en tête, retrouver celle qui lui a échappé quarante ans plus tôt. Et elle est prête, elle l’attend, l’espère même pour enfin pouvoir lui botter le cul proprement, à sa manière, sans pour autant devenir une supergirl badass, ultra-masculine et artificiellement cinématographique. Laurie s’est construite sur cette agression et entend bien tout faire pour que cela ne se reproduise plus. On ne va pas tomber dans la psychologie de comptoir mais on se situe clairement dans un slasher qui entend bien remettre les femmes au centre du débat comme le montre d’ailleurs l’affiche officielle. Féminin certes mais aussi, et c’est assez surprenant, fort influencé par la vision de Rob Zombie, spécialement dans sa première partie lorsque l’on découvre un Myers démasqué et attaché ou lors de la découverte de la forteresse de Laurie ou, par certains aspects, Laurie elle-même. Ce nouvel Halloween a constamment le cul entre plusieurs chaises : s’imposer comme la seule vraie suite au chef-d’œuvre de Carpenter, dealer avec l’héritage finalement assez prégnant bien que clivant des visions de Rob Zombie et réactualiser la franchise tout en respectant un cahier des charges bien précis. C’est là où le film avance en boitillant, ne sachant jamais vraiment où se situer par rapport au passé et à tout ce que charrie cette franchise et ses personnages.

La mise en scène et l’écriture illustrent ces constantes hésitations. Les hommages fourmillent, souvent appuyés par le score de Carpenter, le film puise dans plusieurs des épisodes passés, alors qu’il est censé les renier, pour construire ses nombreuses scènes de meurtres. Le film est violent mais loin de la sécheresse du dépouillement de l’original pour se rapprocher des éclats gore gratuits de Zombie. L’écriture manque de liant, le film semble comme parsemé de trous ou de facilités narratives, bancal. Il avance au gré de ses envies et conscient de ses forces, compte trop sur la musique et Myers pour rester sur les rails. Tout cela donne une œuvre inégale, faible dans l’écriture et maîtrisée visuellement mais qui manque clairement de la vision d’un auteur. Même si le métrage est globalement réussi, il traîne toujours cette impression que quelque chose n’est pas à sa place comme cette maison blindée de Laurie Strode en pleine banlieue de l’Illinois. C’est une bonne idée sur le papier mais, ça ne colle pas dans la réalité de l’écran.

Vraie suite, faux remake, hommage, tout cela se mélange pour donner un patchwork d’une quarantaine d’années de franchise Halloween. Le dernier acte offre plus de personnalité dans sa relecture du premier film. Green ajoute le thème de la filiation comme s’il se servait de ses personnages pour affirmer ses propres liens avec le film original en zappant volontairement tout ce qu’il y a eu entre la Laurie de 78 et la Alyson d’aujourd’hui. Un discours presque involontairement méta, conditionné par les connaissances du spectateur qui, lui n’a rien occulté des huit films qui séparent ces deux versions de la nuit des masques. Un film imparfait certes mais le mal rôde toujours dans les rues d’Haddonfield.

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