Critique de film

Amer

"Amer"
affiche du film
  • Genre : Giallo
  • Année de production : 2009
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Hélène Cattet, Bruno Forzani
  • Pays d'origine : France, Belgique
  • Durée : 1h30
  • Scénariste : Hélène Cattet, Bruno Forzani
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  • Bande annonce
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  • Casting : Marie Bos, Delphine Brual, Harry Cleven, Bianca Maria D'Amato, Cassandra Forêt, Charlotte Eugène Guibeaud, Bernard Marbaix, Jean-Michel Vovk,...
  • Récompenses : Prix du Public au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal 2009
    Meilleurs Réalisateurs à la Semaine du fantastique de Malaga 2009
    New Visions Award au Festival de Sitges 2009
    Meilleur Film au Sweden Fantastic Film Festival 2009

Une petite fille effrayée par une villa trop silencieuse; Une adolescente attirée par de mystérieuses présences rôdant dans son village; Une femme qui revient défier ses fantômes sur les lieux de son enfance… Les trois âges clés de la vie tourmentée d’Ana. Entre désirs, réalité et fantasmes

Les critiques à propos de ce film

Critique de Amer - Le corps et le rasoir
Par : Samuel Tubez

Après une longue et glorieuse tournée dans les festivals du monde entier (Gérardmer, Sitges, Montréal,…), le premier long métrage d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (déjà auteurs de quelques courts métrages rendant un vibrant hommage au giallo) n’a pas été favorisé lors de sa sortie en salle à cause d’une distribution timide (pour ne pas dire injuste) et ce, en France comme en Belgique. Pourtant, s’il y a bien une expérience cinématographique que tous les amoureux du genre et les curieux se doivent de vivre dans une salle obscure, c’est celle-là !

Amer nous montre trois moments clefs de la vie d’Anna, qui est en proie à la peur et au désir. Il n’y a pas réellement d’histoire pour lier les trois segments du film, « seulement » des images et des sons illustrant les troubles liés au personnage. Les plans forts et les bruitages excessifs s’enchaînent pour tout d’abord nous évoquer un épisode de l’enfance d’Anna où, déjà, le sexe et la mort se côtoient, le tout baigné de sorcellerie et dans une ambiance rendant hommage au formidable dernier segment des Trois visage de la peur, La goutte d’eau et son fameux climat sonore envahissant. Ensuite, l’atmosphère est plus enjouée avec une Anna adolescente qui fait vibrer les hommes par son déhanché et son irrésistible candeur, mèche de cheveux au bord des lèvres. L’exagération est de mise, les hommes roulent des mécaniques, Anna découvre toute l’étendue de son pouvoir de séduction mais la figure maternelle est là pour la ramener à l’ordre. Enfin, le final dévoile une Anna devenue femme qui revient dans la maison de son enfance pour y affronter ses démons, ainsi qu’une ombre mystérieuse à la main gantée qui la poursuit inlassablement, jusqu’à l’inévitable affrontement au rasoir...

Plus qu’un giallo, Amer est une œuvre arty expérimentale qui déroute, inexorablement. Sans se soucier de quelconques considérations scénaristiques (le film, presque dépourvu de dialogues, est pour ainsi dire dépourvu d’une véritable narration), l’œuvre laisse de côté toute intrigue et construction propre au whodunit pour mettre en exergue les pulsions de vie et de mort cohabitant au sein même de son personnage principal, que l’on ne quitte pas d’une semelle. Pour ce faire, le duo derrière la caméra accumule toute une panoplie d’effets et de plans hérités des gialli mais aussi d’œuvres expérimentales comme Eraserhead, le cinéma underground ou encore Un chien andalou de Buñuel : extrêmes gros plans, split screen, filtres colorés, musiques angoissantes, sons saturés, montage syncopé, etc. etc. Il est indéniable que certains resteront de marbre face à un tel parti pris (quelle audace tout de même pour un premier long !) mais pourtant, force est de constater qu’il en échappe quelque chose d’incroyablement sensoriel dont on ne peut échapper. Alors certes, si on n’y adhère pas, il est tout à fait compréhensible de s’ennuyer face à Amer. Par contre, si on y plonge, on sera surpris de vibrer de tout son corps face aux images déployées par Hélène Cattet et Bruno Forzani. Au-delà de l’exercice de style, Amer s’impose donc comme un pur moment de cinéma à vivre en salle, n’en déplaise aux distributeurs bornés.

Au risque de décevoir les amateurs purs et durs, Amer est davantage une œuvre expérimentale audacieuse de laquelle émane une sensualité troublante qu’un giallo au sens strict du terme. Certes, les références feront de l’œil aux connaisseurs mais ce sont les plus curieux et les plus ouverts qui vibreront le plus face aux images saisissantes qu’Hélène Cattet et Bruno Forzani nous livrent dans leur bel écrin orné de cuir. Une expérience, une vraie, une de plus (avec Valhalla rising et Enter the void on a déjà été bien gâtés cette année ), qui mérite qu’on s’y jette corps (nu) et âme (ouverte).


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