Critique de film

Chasseuse de géants

"I Kill Giants"
affiche du film
  • Genre : Aventure, Fantastique
  • Année de production : 2017
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h44
  • Musique : Laurent Perez Del Mar
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Barbara est une adolescente solitaire différente des autres, et en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par les allers-retours entre le bureau du proviseur et la psychologue. Aux sources de l’inquiétude des adultes qui veillent sur elle, il y a son obsession pour les Géants, des créatures fantastiques venues d’un autre monde pour semer le chaos. Armée de son marteau légendaire, Barbara s’embarque dans un combat épique pour les empêcher d’envahir le monde…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Chasseuse de Géants - They’re coming to get you Barbara
Par : Seb Lecocq




L’imaginaire enfantin a la vent en poupe dans le petit monde du cinéma fantastique. Depuis quelques années, victime d’un effet Netflix axé sur la nostalgie des premières années de vie, les enfants et jeunes adolescents occupent le devant de la scène de nombreuses productions fantastiques. Chasseuse de Géants (I Kill Giants en vo), adapté du comic book de Joe Kelly et J.M. Ken Nimura, ne déroge pas à la règle et nous emmène dans le sillage de Barbara, une jeune adolescente qui, en plus de survivre difficilement à la vie quotidienne du collège, doit sauver son village de l’attaque de terribles géants. Une autre affaire que de passer un test de mathématiques.

Barbara est plus à l’aise dans les forêts et sur les rivages gris de son village que sur les bancs en bois de son bahut. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est traquer le géant, l’étudier, l’observer et préparer ses armes, ses pièges afin, en toute discrétion, de protéger ce petit village d’ingrats qui plutôt que de la remercier ne fait que la railler et la traîner dans la boue. En bonne super-héroïne, Barbara n’en n’a cure, elle sait que son devoir importe plus que la gratitude de ses pairs. Son devoir et son style car le costume est important quand il vous échoit de sauver le monde. Si cette introduction serine constamment le prénom de l’héroïne, c’est qu’elle est de tous les plans, de toutes les intrigues, elle est notre guide dans ce petit village côtier triste et gris. Paria dans cette communauté, la suivre nous permet bien vite de cerner chaque personnage. Archétypaux mais fort bien caractérisés (la petite peste, la petite nouvelle sympa, la psychologue scolaire attentive, les profs absents, la fratrie turbulente...), ils tissent un background humain très intéressant qui fait qu’on prend du plaisir à suivre la vie de cette communauté isolée. Et ses géants bien évidemment.

I Kill Giants est tout autant une étude de l’adolescence et de la difficulté de grandir en étant « différent » qu’un film sur le pouvoir de l’imaginaire comme élément moteur de la construction de soi ou qu’un vrai film de monstres. Ces trois composantes s’entremêlent parfaitement pour donner un résultat homogène et très agréable. L’univers du métrage est d’un étrange réalisme car sur des lieux du quotidien vient se plaquer une atmosphère fantastique et merveilleuse. Païenne même par moment afin de coller à la mythologie des géants. Les très beaux décors finissent de placer cette histoire dans une bulle réaliste hors du temps et de l’espace. Le terreau parfait pour faire naître l’imaginaire et faire exister le monde de Barbara. C’est par ses yeux à elle, son regard, sa vision du monde qu’est contée l’histoire. C’est elle et elle seule qui de son regard d’enfant observe les géants. Ses armes sont elles aussi enfantines, bricolées, magiques. Décidément, Amblin n’est jamais bien loin et il y a du Goonies dans ce bord de mer gris et mystérieux.

Les géants sont constamment évoqués sans pour autant vampiriser l’écran, ils constituent une menace invisible, effrayante, terrible mais absente. On en parle mais on ne les voit guère avant un dernier acte puissant et terrassant. Les colosses apparaissent enfin et se révèlent dans toute leur grandeur, leur puissance mythologique. Plus grands que toutes les menaces, ceux-ci font figure d’ennemis ultimes pour la jeune fille. Les vaincre revient pour l’enfant à accéder à l’âge adulte ; ils sont ainsi tout autant menace qu’un rite de passage. Les combats sont proprement mis en scène avec toujours à l’esprit cette double idée de fantaisie et de réalisme qui rythme la traque et l’affrontement. Ce dernier est riche en émotions et ne déçoit pas, les géants sont à la hauteur de leur légende et cette jeune fille, dans son courage, son abnégation, se hisse à leur niveau. Malgré la différence de taille, c’est bel et bien à un duel de géants que l’on assiste, ce que soutient la mise en scène traitant d’égal à égal ces individus disproportionnés.

Il y a tout pour faire de I Kill Giants une bête de festival et un hit de vidéo club tant il est actuel sans jamais paraître céder à l’opportunisme de surfer sur la vague actuelle du revival années quatre-vingts qui bât son plein. La sincérité qui s’en dégage ne peut être feinte et, à l’image de son héroïne, elle rejaillit sir le public tout entier. Cette chasseuse de géants brille d’une humanité qui redonne espoir dans le pouvoir de l’imaginaire comme vecteur essentiel de la sauvegarde de notre monde. Le rêve permet de sauver le monde mais aussi de se sauver et de se trouver soi-même. Aucun géant ne sera assez grand pour détruire un enfant qui rêve. Barbara never say die !

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