Critique de film

Ghostland

"Ghostland"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 2017
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : France, Canada
  • Durée : 1h31
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Ghostland - La vallée des poupées
Par : Seb Lecocq


Il est l’un des rares metteurs en scène français de la nouvelle génération à ne pas s’être totalement noyé en traversant l’Atlantique. L’un des rares à être parvenu à préserver son goût pour l’ambiguïté narrative et visuelle. L’un des rares garants du savoir-faire français en la matière et qui, bon gré mal gré, reste plus ou moins maître de ses films et parvient à conserver ses thématiques et ses obsessions de métrage en métrage, de quoi construire ce qu’on appelle « une œuvre ». Lui, c’est Pascal Laugier qui revient en forme avec Ghostland, véritable film d’épouvante à l’ancienne. Si le terme est quelque peu galvaudé, il retrouve ici tout son sens.

Pascal Laugier n’invente rien de bien neuf, il préfère jouer la sécurité d’entrée de jeu en fixant des balises connues et évidentes dans le monde de l’horreur. Une vieille maison qui craque et bruisse, une famille féminine sans père comme souvent, les premières souffrances de l’adolescence et au milieu de tout ça, une sorcière et un ogre, des personnages de contes pour effrayer les enfants. Enfin ce qui se dit, la vérité est peut-être plus perverse et retorse que ça. Le conte - le film en est résolument un - se sert de la fantaisie pour raconter l’humanité. Cette leçon, Laugier l’a bien apprise et n’y déroge pas. La matérialité de l’histoire plonge tout entière dans la cruauté des contes où les filles sont transformées en poupées, où les monstres apparaissent difformes et la nuit symbole de cauchemars et non de rêve. Dans les contes, on s’échappe oo on meurt, dans la vraie vie, c’est plus compliqué que ça. Parfois, on en réchappe mais on aurait préféré mourir, parfois on meurt mais on aurait aimé s’échapper. Le conte offre une vision en noir et blanc, la réalité, cette du réalisateur de Martyrs, plonge dans une large palette de gris.

Le conte permet d’aborder des sujets graves de manière détournée, notamment par le symbole. Nul besoin de trop expliciter la symbolique d’un personnage aux dimensions monstrueuses qui séquestre de jeunes adolescentes et en fait ses poupées. C’est ce calvaire que va nous faire vivre Laugier, cinéaste de la souffrance mais surtout de la résilience, cette force qui permet aux victimes de survivre, d’affronter des forces bien plus fortes qu’elle. Si Ghostland se pare des atours classiques du cinéma horrifique italien, sa mise en scène ou ses tics de mise en scène empruntent plutôt à l’horreur américaine. Le film n’est pas exempt de jump scares et d’autres facilités du genre usées jusqu’à la corde, au contraire il en regorge mais elles sont ici utilisées de manière bien plus fine que dans le simple but de susciter la peur ou la terreur. Les jump scares et autres rêves éveillés servent de moteur à une intrigue bien plus riche que ce qu’elle ne pourrait le laisser croire au premier abord. Tant et si bien qu’il est parfois difficile de définir ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Une bonne manière de remettre en cause la morale du conte et, une fois encore, d’interroger les fondements de cette morale. Alors Laugier, cinéaste moralisateur ? Certainement pas, bien plus moraliste que moralisateur dans le sens où il ne cesse jamais de s’y confronter et d’y confronter ses spectateurs.

On a souvent reproché à l’auteur sa prétention lors de faux procès alors que ce que certains prennent pour de la prétention n’est autre que de l’ambition. L’ambition de proposer du vrai cinéma d’horreur qui n’est ni méta ni parasité par un humour absurde. Un cinéma d’horreur qui renoue avec une certaine idée de la transgression, de la peur, de la violence, du dépassement de certaines limites. Ghostland offre tout cela à des degrés divers mais sa qualité première est son intensité. Les scènes s’enchaînent, plongent la tête sous l’eau et le spectateur se retrouve en apnée, les articulations blanchies, les ongles rongés par la rudesse du spectacle proposé. Et pas l’ombre d’une touche d’humour ou l’once d’une plaisanterie, d’un bon mot pour souffler. On est au feu une heure trente durant dans cette maison avec ces filles, ces femmes et ces monstres.

On aurait pu croire que la présence de Mylène Farmer sur le projet allait le brider et lui offrir un véhicule promotionnel mais il n’en n’est rien. Ce serait mal connaître la chanteuse et le metteur en scène qui se retrouvent dans l’intransigeance et le respect de la forme artistique. En bon fan du genre qu’il est, Pascal Laugier sait ce qu’un public adulte veut voir. Il ne cesse de revenir aux fondamentaux de l’épouvante, de l’horreur, ne craint pas d’en faire trop, assume chacun de ses choix, ceux-ci sont vifs, tranchés, francs. Pas de place pour la demi-mesure ou la tiédeur chez le cinéaste, il est assurément là pour régler ses contes.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage