Critique de film

Hellboy

"Hellboy"
affiche du film

Hellboy est de retour et il va devoir affronter en plein cœur de Londres un puissant démon revenu d’entre les morts pour assouvir sa vengeance.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Hellboy - A hero’s reborn...in a bloody mess
Par : Samuel Tubez




Guillermo del Toro et Ron Perlman ne termineront jamais leur triptyque dédié au garçon de l’enfer de Mike Mignola. C’est acté depuis un moment, ça fait bien mal au cul, mais il faut en faire le deuil et ne pas déverser sa frustration sur cette nouvelle adaptation qui fait montre, certes des gros défauts, mais aussi d’indéniables qualités et surtout d’un véritable amour pour le matériau d’origine.

Place donc à Neil Marshall, qui ne propose pas une suite ni un remake, mais une nouvelle version cinématographique (ou « reboot », si vous préférez les expressions branchées) de l’œuvre-phare de Mike Mignola. A l’heure des innombrables redites empruntant la plupart de leurs idées et plans entiers à leurs prédécesseurs (un exemple récent ? Simetierre !), il était important de le rappeler.
Prenant pour base l’affrontement amorçant la fin du monde avec la Reine de Sang Nimue (Milla Jovovich, pas la plus grande actrice, on le sait, mais son physique fait son petit effet), le récit retrouve bien sûr Hellboy (cette fois interprété par David « Jim Hopper » Harbour) et son paternel le Professeur Broom (Ian McShane, efficace) tout en introduisant deux nouveaux partenaires au sein du BPRD : Alice Monaghan (dotée de pouvoirs paranormaux) et Ben Daimio (un « jaguar-garou »). Un terreau qui permet à Marshall de revisiter la naissance de son héros, de faire un peu de place pour le personnage de Lobster Johnson, de mettre en scène un serviteur du mal à la dégaine de sanglier (l’impressionnant Gruagach), de plonger dans l’antre de Baba Yaga le temps d’une très belle séquence, d’offrir des tableaux apocalyptiques pas très éloignés de Jérôme Bosch et de montrer Anung Un Rama (soit Hellboy sous sa forme destructrice ultime, toutes cornes dehors) dans toute sa splendeur. Des éléments que les lecteurs de Mignola connaissent bien, qui nous sont montrés à un rythme échevelé, le réalisateur de Dog Soldiers s’amusant comme un petit fou en livrant un spectacle généreusement gore où l’action ne s’arrête quasiment jamais.

Certes, la narration est bordélique, oubliant trop souvent de se concentrer sur sa quête principale, et la mise en scène se laisse un peu trop aller dans les mouvements de caméras abrupts mais une telle débauche d’effets gore, de créatures infernales et d’action démesurée (le combat en pleine campagne contre les géants, notamment) fait franchement plaisir à voir au sein du cadre trop souvent sage du superhero movie. Malgré ses défauts (auxquels on pourrait ajouter des CGI inégaux, notamment en ce qui concerne les manifestations des esprits d’Alice), cet Hellboy 2019 apparaît comme un objet cinématographique effronté au sein de la production actuelle et, pour peu que l’on possède cet esprit de sale gosse, mais aussi de fanboy, revendiqué du début à la fin du métrage (voir les scènes-bonus du générique), il serait dommage de bouder son plaisir. En plus, par ne rien gâcher, David Harbour s’impose comme un excellent choix dans le rôle-titre (avec humour, attitude patibulaire et puissance), ce qui n’était pas une mince affaire après l’inoubliable Ron Perlman. Alors...vivement la suite ?

Avec une belle fidélité au matériau d’origine et une véritable sincérité, Neil Marshall nous invite à voir un petit blockbuster (50 millions de dollars, soit le tiers d’un Captain Marvel) généreux et inégal, riche en créatures, effets gore et scènes d’action d’ampleur. Pour apprécier ce spectacle somme toute très bis, il faut néanmoins faire l’effort d’oublier pour quelques instants les films de Del Toro et laisser son cerveau au vestiaire. Si, dans le marasme de notre société actuelle, vous êtes encore capable de vous laisser un petit peu aller dans une salle de cinéma, vous risquez de passer un bon moment.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage