Critique de film

Interstellar

"Interstellar"
affiche du film
  • Genre : Science fiction, drame
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 2h49
  • Budget : 165 millions de dollars
  • Musique : Hans Zimmer
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Interstellar - Introspection spatiale
Par : Nicolas Hainaut

Lorsqu’il évoque Interstellar, Christopher Nolan avance qu’il s’agit d’un film consacré à l’être humain, aux relations unificatrices autant sociales qu’affectives. En s’entourant du théoricien-physiciste Kip Thorne afin de concevoir le film, Nolan et son frère, Jonathan (co-scénariste de tous ses films), semble faire prévaloir l’atout de la science en tant qu’instance narrative. Le scénario regorge de dialogues qui reposent sur des concepts physiques, venant s’incruster à un récit déjà bien encombré.

Tout commence dans un futur pas si lointain. Notre planète terre est dévorée par la sécheresse, laissant derrière elle une matière aride. La poussière envahit les champs, les habitations, annonçant hâtivement la transformation de l’environnement terrestre en un désert grandeur nature. Les financements pour les recherches spatiales sont bien entendus gelés au vu de l’investissement colossal requit pour l’alimentaire. C’est sans compter sur l’expérience, et la folie, de l’ancien pilote spatial Cooper, interprété par Matthew McConaughey, intriguant mais trop répétitivement larmoyant. A la suite d’un crash, ce dernier se recycle dans l’agriculture, dernier secteur de ressource alimentaire, toutefois également voué à disparaître. Dans cette première partie de film peu convaincante et assourdissante (les mélodies constantes et lourdes de Hans Zimmer), Nolan développe le lien affectif profond qui lie le fermier-cosmonaute à ses enfants, sa fille Murphy (interprété par Mackenzie Foy, Jessica Chastain et Ellen Burstyn, selon l’âge du personnage) et son fils Tom (Timothée Chalamet et Casey Affleck, idem).
Après avoir découvert un laboratoire de la NASA, financé secrètement par l’Etat (l’inévitable paranoïa américaine), Cooper est envoyé en mission par son ancien mentor, le docteur Brand (Michael Caine, dans une partition linéaire et froide). Accompagné de la fille de Brand, Anne Hathaway (dans la lignée du jeu de Caine), et de deux autres experts, dont le revenant Wes Bentley, Cooper doit parcourir l’univers afin d’emprunter un trou de verre menant à une autre galaxie composée de douze planètes potentiellement colonisables. Trois d’entre elles vont être visitées, chacune accueillant un chercheur-astronaute envoyé prématurément en repérage, une mission suicide commanditée par le courageux Docteur Mann (Matt Damon).

Sans prendre le temps d’exploiter son environnement visuel, d’expérimenter une quelconque forme de contemplation, Nolan brosse un portrait intéressant mais brouillon de la conquête spatiale. Le climat atmosphérique ne semble jamais en mesure d’être pleinement développé et se limite à quelques évasions aériennes. Frustrant. D’autant plus que, lorsque Nolan semble enfin décidé à s’évader de représentations trop terre à terre (chaque planète exploitée rassemblent des éléments terrestres - planète d’eau, de glace) en plongeant Cooper dans une intense descente interstellaire, il ne peut s’empêcher de tomber dans une forme de contrôle qui ne permet jamais au spectateur de s’évader. Perdu dans une autre dimension, c’est de manière surprenante le lien à l’amour, au lien familial qui prédomine. Abordé par un monologue du docteur Brand, la fille, qui loue les vertus du lien amoureux en tant que propriété transcendante, l’amour est élevé au rang d’instance suprême et prémonitoire. Il s’agirait d’un concept physique encore incompris, qui garantirait une forme de savoir pure et objectif.
Nolan brouille les pistes d’Interstellar et impose traitements de notions physiques, de concepts scientifiques, et représentations constantes du lien à l’être aimé (les messages-vidéos des enfants), via le lien familial, aux sentiments qui oppriment constamment l’homme, même perdu dans l’espace. Découlant du lien affectif, le rapport à la confiance se révèle être un des motifs majeurs abordés par Nolan et son frère. L’utilisation du personnage de Matt Damon, décrit comme le plus grand sauveur de l’humanité, qui se révèle en être le plus ignoble des salauds, illustre grossièrement l’idée de confiance manipulée et trompée. Tout comme le lien qui unit Cooper au docteur Brand, le père, dont les promesses se révèlent être démesurément trompeuses (celles d’un espoir vain). Et le départ de Cooper n’est-il pas conclu par une promesse de retour tenue à sa fille, qui ne cesse dès lors plus de douter, de remettre en question la confiance qu’elle lui accorde malgré elle ?

Bien que le parallèle semble inévitable, Gravity s’impose comme le contre-pied idéal au film de Christopher Nolan. Le récit spatio-initiatique de Alfonso Cuaron se révélait être un parfait mélange entre, d’une part, émotions, rapports à l’être humain via l’absence, le souvenir, et, d’autre part, contemplation, exploitation d’un univers visuel singulier, poétique, propre à l’immersion. Interstellar n’est pas dénué d’intérêt et repose sur des intentions louables, une odyssée spatiale consacrée à la volonté de survie perpétuelle de l’être humain trompé par sa nature propre et égoïste. La démarche de Nolan se révèle cependant être bien trop lourde et conjugue sérieux absolu et contrôle total de son audience. Le spectateur ne bénéficie jamais de marge de liberté, de temps morts, qui auraient permis à Interstellar de jouir d’une aura plus héroïque mais nettement moins confortable.


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