Critique de film

La Nuit a dévoré le monde

"La Nuit a dévoré le monde"
affiche du film
  • Genre : Drame, Horreur
  • Année de production : 2018
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 1h34
  • Musique : David Gubitsch
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts-vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de La Nuit a dévoré le monde - I am Sam
Par : Seb Lecocq

L’humanité disparaît mais, dans le même temps, l’humanité renaît. Voici une belle façon de résumer cette non moins belle proposition de zombie flick à la française à la fois respectueuse du genre, aventureuse et intimiste. Quoi de plus logique que de se renfermer à l’intérieur de soi-même lorsqu’on est physiquement enfermé dans un immeuble. Seul. Tout seul. Trop seul.

Seul, Sam l’est assurément. Il l’était lors de cette soirée qui ouvre le film, il le sera tout autant lors des premières heures du jour d’après, lorsqu’il se réveille dans une pièce vide située dans un appartement vide, dans un immeuble vide, dans une ville vide. Sam était seul parmi les vivants, Sam est désormais seul parmi les morts-vivants. C’est cette solitude qui est au centre du récit, au centre de son personnage. Que faire quand on est absolument seul et que le monde entier cherche à vous bouffer ? On cherche à survivre aux démons qui veulent nous manger la cervelle au sens propre mais aussi à ses propres démons, ceux qui veulent vous manger le cerveau au sens figuré. Le plus gros problème de Sam ne sera peut-être pas les zomblards bien confinés à l’extérieur de l’immeuble, mais ceux liés au fait de vivre dans une solitude extrême dans un monde en proie à la mort et à la violence. Un état de désespérance bien capté par Dominique Rocher qui ne filme pratiquement que son comédien et sa lente transformation physique et mentale.

La Nuit a dévoré le monde prend place non seulement dans le genre du film de zombies mais aussi du « one character movie », les films à un seul personnage comme Buried ou Locke. Cependant, si la plupart du temps, Sam est seul à l’écran, la menace extérieure est bien matérialisée et toujours présente, sous-jacente même si peu montrée. On la ressent plus qu’on ne la voit, dans les gestes de Sam, sa routine, les précautions qu’il prend lors du moindre geste. A ce titre, on est bel et bien dans le pur film de zombie mais un peu différent tout de même car contrairement à beaucoup d’autres œuvres du genre, notre héros n’en n’est justement pas un, il se pose comme un type normal. Ni flic, ni scientifique, ni sportif, ni expert en arts martiaux, il ne travaille pour aucune organisation gouvernementale et n’a jamais touché une arme de sa vie. Il se doit donc d’apprendre, apprendre à se protéger dans un premier temps, à rationaliser ses vivres, puis petit à petit à vivre avec la menace symbolisée par un zombie qu’il a « apprivoisé » et qui sera son seul contact humain, s’ils le sont tous deux encore... C’est l’une des pistes développées par le metteur en scène : Comment rester humain quand l’humanité ne signifie plus rien ?

Dominique Rocher agrémente son film par petites touches, bien aidé par son pinceau Anders Danielsen Lie qui est de toutes les scènes, de tous les plans et prête son physique passe-partout à Sam, cet homme seul entre tous. La mise en scène est à la fois ample et intimiste, traversée par quelques somptueux mouvements d’appareil qui viennent écarter les murs de cet immeuble, seul décor du film qui offre tout de même quelques respirations extérieures. Bien entendu, il est compliqué de tenir une heure trente avec un acteur, un décor et une situation posée dès les cinq premières minutes donc inexorablement, le métrage patine un peu en début de deuxième heure, quand la routine du personnage commence à imprégner celle du spectateur. On commence à voir les ficelles d’un scénario qui emprunte aux grandes figures tutélaires du genre comme La Nuit des morts-vivants, 28 Jours plus tard et Je suis une Légende mais malgré ça La Nuit a dévoré le monde garde sa sensibilité propre, son esprit français mais pas trop, ce qui lui permet d’éviter l’écueil de la panouille auteurisante .

Une bonne surprise qui vogue dans les mêmes eaux que Les Revenants et prouve qu’avec son style et son esprit, la France peut, elle aussi, produire du cinéma de genre de qualité aussi concerné par le fond que par la forme. Car le film est beau, techniquement très propre et brasse plusieurs thématiques très intéressantes. On pourra lui reprocher quelques facilités inhérentes à son propos et l’abandon de quelques pistes narratives mais jamais cela ne lui nuit pleinement. Sam, le personnage est seul mais on s’identifie rapidement à ce type lambda qui nous guide dans cette histoire, dans cet immeuble, dans cette ville, Non, Sam, t’es pas tout seul.


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