Critique de film

Maniac

"Maniac"
affiche du film
  • Genre : Remake, Thriller horrifique
  • Année de production : 2013
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Franck Khalfoun
  • Pays d'origine : USA
  • Scénariste : Alexandre Aja, Gregory Levasseur, C.A. Rosenberg, Joe Spinell
  • Musique : Rob
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Elijah Wood, Hank Azaria, Nora Arnezeder, Sal Landi, Délé Ogundiran
  • Récompenses : --

Dans les rues qu'on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d'une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l'aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée - celle qui le pousse à traquer pour tuer.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Maniac - Régression totale
Par : Maureen Lepers

Après deux films d’exploitation pas franchement inoubliables, Engrenage Fatal et Deuxième Sous-Sol, Franck Khalfoun s’attaque, sous la houlette d’Alexandre Aja et de Gregory Levasseur, au remake du cultissime Maniac de William Lustig, dont on n’a pas besoin de rappeler l’histoire tant il est certain que les lecteurs de ce site la connaissent, et par cœur.

Le tournant que prend, à l’aune des années 70, le film d’horreur et d’épouvante permet pour le genre moult avancées formelles et critiques grâce auxquelles s’ouvre ce qui ressemble d’assez près à un âge d’or. C’est, pour le dire vite, la fin des monstres gothiques de la Hammer, la fin d’un ennemi autre et surtout chassé hors champs, c’est l’arrivée au creux de l’image, et sans possibilité de reflux, des angoisses et des peurs intimes de l’Americana et de ses héros. Cette brèche, ouverte par Hitchcock dans Psycho, également par Don Siegel avec Invasion Of The Body Snatchers, sert de gouffre à chacun des réalisateurs cultes de la période, de Tobe Hopper à Wes Craven, en passant par John Carpenter, et plus tard, William Lustig. Ce dernier, que l’on pourrait qualifier de Brian de Palma du bis du fait de sa passion pour cette autre industrie de la marge hollywoodienne qu’est la pornographie, mais également du fait de son amour (avoué ou non) pour Psycho, en propose d’ailleurs ici, toujours à la manière d’un de Palma, un contre-champ assez saisissant, puisqu’il fait de Maniac une réécriture inversée du chef d’œuvre d’Hitchcocken ce sens qu’elle impose au spectateur un unique point de vue, celui de Norman Bates, ou plutôt de Frank Zito - celui-ci, psychopathe en sommeil que le film vient réveiller, partage en effet avec son frère de pellicule, un passé castrateur à base de mère folle dingue et de travestissements. Dans ce prolongement tient toute la force des grands films de la période (70/80), qui tour à tour, viennent puiser dans la chair des hommes et des images qui les ont inspirés, la matière première et unique du monstre. C’est l’apparition brutale, pour le genre, d’un cinéma de l’intime.

Si la résurgence cinématographique prochaine de Carrie est plus ambigüe (plus qu’un remake, elle serait surtout une nouvelle adaptation du roman de Stephen King), il est facile de noter que l’essentiel des films susmentionnés a fait l’objet de remakes. Qu’ils soient légitimes ou non, avoués ou non (voir les ressemblances nombreuses qui existent entre The Texas Chainsaw Massacre et Frontières de Xavier Gens), réussis ou non (au générique desquels figure plus d’une fois le nom d’Alexandre Aja), là n’est pas tellement la question. Le fait est surtout que tous ces films sont réécrits, refaits, revus, sous couvert de modernisation, de réactualisation, de renaissance – comme s’il fallait, à l’heure actuelle, pour redonner corps et âme au genre, réécrire tout ce qui a été fait, ne pas chercher, surtout, après nos propres démons, mais se moquer de ceux des autres, nos ancêtres, les affubler de masques grotesques, les noyer sous des litres de faux sang, les enfermer dans un cadre contextuel qui n’est pas le leur, et dans lequel, de fait, ils ne peuvent qu’étouffer. Car ce qu’oublient bien trop souvent les auteurs de ces remakes, c’est qu’actualiser, c’est n’est pas se contenter d’un déplacement historique et/ou géographique ; c’est également, a priori, faire muter les enjeux, tous les enjeux du film que l’on réécrit pour lui redonner forme, ailleurs, autrement, différemment. Abel Ferrara par exemple, qui signe en 93, Body Snatchers, deuxième remake du film de Don Siegel, l’avait bien compris, puisqu’il place au cœur de son long métrage la question contemporaine du déchet et de sa monstration, quand Don Siegel précisément l’évacuait. Réécrire n’est pas simplement refaire. Réécrire, c’est d’abord, surtout, repenser.

Et repenser, si possible, à l’endroit. C’est là, bien sûr, on y arrive, qu’échouent Franck Khalfoun et ses scénaristes. Il ne s’agit pas là de compter les points, car ce nouveau Maniac, avant d’être un mauvais remake, est surtout un mauvais film. Si Elijah Wood est un Frank Zito bien moins saisissant que ne l’était en son temps cette bête virile de Joe Spinell, sa composition n’est pas franchement ici mise en question, et pour cause, l’acteur est avant tout la victime des choix formels des auteurs : étouffés par une caméra subjective permanente, il ne peut apparaitre à l’écran que fugacement, par le biais de détournements aberrants et caricaturaux – reflets dans le miroir, dans le rétro, d’un miroir dans un miroir, dans des lunettes, une portière de voiture, un miroir encore, trois miroirs dans un miroir, une main dans le champs, une vitrine, un rétroviseur, oh encore un miroir mais un miroir brisé (nuance !), attention une fenêtre, un miroir, un miroir, un miroir – qui n’ont plus rien de fulgurances visuelles, et ce depuis longtemps. Outre cependant ce clinquant formel, c’est surtout à ce qu’il suppose pour le genre qu’il faut réfléchir. Car Maniac, avec sa caméra subjective, relègue son tueur hors champs. Pire, elle l’emprisonne, à grand coup de respiration saccadée et autres dialogues face caméra, dans un entre deux, entre l’image et le vide de la non-image, et condamne ainsi toute possibilité de contamination du cadre par le monstre, quand de cette contamination, de ces incessants surgissements, naissait précisément toute l’horreur des films originaux.

Franck Khalfoun en somme, pense son image à l’envers, et c’est là la grande différence avec la scène d’ouverture d’Halloween, auquel cette reprise fait forcément référence. Carpenter en effet substituait dès le meurtre, un contre champs à la focalisation interne, et signifiait par là que le monstre avait envahi l’image, mieux qu’il pouvait être n’importe qui, y compris cet enfant en costume d’arlequin. Mais ici, la logique d’enfermement auquel est soumis Zito, qu’aucun débordement réel, aucune explosion ne vient jamais menacer, tire le genre du côté de l’aseptisation – un comble pour l’original, poisseux et puant - et d’une gratuité gore qui n’est ni jouissive, ni récréative. Et ça, messieurs dames, ressemble à quelque chose comme de la régression.


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