Critique de film

Survival Family

"Sabaibaru famirî"
affiche du film
  • Genre : Comédie
  • Année de production : 2016
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h57
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Une panne de courant généralisée provoque la panique dans la ville de Tokyo. Pour échapper au chaos ambiant, une famille décide de prendre la route pour retrouver des proches vivants à Kagoshima…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Survival Family - Total Blackout
Par : Seb Lecocq




Sorti du cercle des irréductibles asiatophiles, Shinobu Yaguchi est pratiquement inconnu en Europe. Pourtant, il est un excellent réalisateur de comédie à qui nous devons de petites pépites comme Waterboys, Swing Girls et Robo-G. Yaguchi ou l’art de mettre en scène des feel good movies fins, pleins d’humanité et bourrés d’humour. Il prouve une nouvelle fois tout son savoir-faire avec Survival Famly qui fait le tour d’Europe des festivals avec des haltes à Paris et Bruxelles notamment. Pour résumer, Yaguchi possède l’art de magnifier des choses banales. Ici, un concept simplissime, un monde privé d’électricité.

Un pitch d’apparence famélique autour duquel il va broder pour livrer un récit qui pose un regard juste, parfois dur mais toujours bienveillant sur l’humanité symbolisée ici par une famille tokyoïte tout ce qu’il a de plus classique : un mari salaryman, une mère au foyer et deux ados gentiment abrutis. Cette petite famille-type va apprendre à survivre dans le chaos engendré par une simple panne. Essayez de survivre à un black out pendant juste une journée. Vingt-quatre petites heures simplement et vous constaterez vite l’ampleur de la tâche qui attend cette équipée familiale. Mais ce qui s’annonçait comme un clavaire va se transformer en bénédiction sous la camera du Japonais. Sous un aspect simple et classique, sa mise en scène fourmille d’idées visuelles, de petites trouvailles qui étayent un peu davantage son concept de base. Telle sera la position du cinéaste : il n’use d’aucun artifice pour en mettre plein la vue mais se plie unilatéralement au service de son scénario. Comme ses héros vont devoir apprendre à faire, il se place au service du collectif, de la communauté.

On retrouve ce regard tendre et décalé qui fait la saveur du cinéma de Yaguchi , auteur qui privilégie l’observation compatissante au jugement brut. La caméra est toujours placée au bon endroit, avec le bon angle pour capter la bonne situation, le bon dialogue, la bonne expression. Il y a de la poésie, du surréalisme dans l’atmosphère étrange du métrage. Un monde contemporain mais totalement anachronique qui nous fait comprendre que si le futile est devenu indispensable, l’indispensable (ou de moins ce que l’on pensait indispensable) devient in fine également futile. Si le téléphone portable n’est qu’accessoire, la parole est irremplaçable pour asseoir la communication. C’est ce que met en avant cette famille qui, privée du superflu va se retrouver sur l’essentiel : les humains, la parole, la débrouille, l’altruisme. Dans un monde privé de tout, il faut partager le peu que l’on a. Un retour à l’essentiel qui évite heureusement la démonstration, la thèse et la moralisation à outrance. Les coups de pinceaux sont ici brefs, légers, précis.

Dès que l’électricité est coupée, le courant se remet à passer entre les hommes. La famille redevient le centre des préoccupations sans pour autant occuper toutes les pensées. Survival Family est une comédie qui sait habilement jouer des multiples situations proposées par la perspective d’un black-out total mais c’est un aussi une forme de post-apo novatrice qui ne pose pas un constat désespéré sur l’humanité mais laisse entrevoir de l’espoir. Yaguchi aime ses personnages malgré leurs défauts. Il alterne les atmosphères et n’hésite jamais à oser l’une ou l’autre rupture de ton au sein même d’une scène ou d’une séquence.

Le feel good movie nippon se porte bien, Yaguchi en est son meilleur ambassadeur. Il nous balade avec plaisir aux confins de la comédie, du drame, du post-apo avec une chronique familiale drôle, attachante et très fine. L’écriture est brillante, bien mise en valeur par une mise en scène qui, si elle ne brille pas par sa démesure, se révèle implacablement juste et précise. La définition du feel good movie intelligent qui prouve que Yaguchi est vraiment un metteur en scène à part qu’il est urgent de (re)découvrir.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage