Critique de film

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Docteur Jekyll et Mister Hyde

"Dr. Jekyll and Mr. Hyde"
affiche du film

Estimé de la bonne société victorienne, le docteur Jekyll, médecin londonien est convaincu qu'il est possible de dissocier chimiquement le bien du mal au sein du psychisme humain. Un soir, Jekyll expérimente sur lui-même la substance qu'il a mise au point : il se dédouble en un Mr Hyde sadique.

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Extrait - Dr Jekyll et Mr Hyde (1931)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Docteur Jekyll et Mister Hyde - Le monstre de Londres
Par : Damien Taymans

Jekyll, éminent médecin, toise quelque peu la société de ses contemporains, affirmant à qui veut l’entendre que sommeillent dans chaque être deux individus totalement différents que seule la science est capable de séparer. Pour confirmer ses dires, Jekyll s’adonne à des expériences dans son labo, fabriquant une potion afin de séparer les deux faces de sa personnalité. C’est ainsi que naît Mister Hyde, cousin lubrique et désaxé du docteur Jekyll…

Début des années 30, période faste pour le genre horrifique que les studios Universal exploitent en masse via les talents de James Whale (Frankenstein), Tod Browning (Freaks et Dracula) ou encore Robert Florey (Double assassinat dans la rue Morgue). Moment choisi par la Paramount pour se lancer également dans l’aventure avec une nouvelle transposition du roman bifacial de Robert Louis Stevenson, Docteur Jekyll et Mister Hyde. Reprenant les ajouts qui se sont accolés à l’intrigue originelle (à savoir la trame amoureuse duelle, le charme populaire de la fille de joie, …), Robert Mamoulian signe une œuvre qui diffère fondamentalement avec celle, émise onze années plus tôt par John S. Robertson. Alors que le métrage de 1920 recourait à une imagerie quasi christique du bon et philanthrope docteur Jekyll, Mamoulian et son scénariste Hoffenstein, nominé pour l’occasion aux Oscars, lui préfèrent un médecin plus humain, déjà entaché de l’une ou l’autre zone d’ombre qui n’entrave en rien son altruisme total et son dévouement pour la cause des malheureux. Ainsi, Jekyll formule-t-il à l’occasion l’une ou l’autre plaisanterie équivoque et doit-il réprimer quelque accès d’humeur. De même paraît-il fier et hautain lorsqu’il s’adresse à ses confrères, les toisant du haut de ses théories prétendument irrévocables. Rétrécissant dès l’entame le fossé qui le sépare de Hyde, Mamoulian l’élargit pourtant assez rapidement en mettant en exergue un pendant négatif davantage caricatural que celui de Robertson, sanctifié par les inquiétantes contorsions corporelles qu’adoptait John Barrymore. Prognathe à la pilosité fourragère, Hyde est un retour aux sources néanderthaliennes de notre espèce, renvoi définitif à un darwinisme de plus en plus prégnant.

L’incarnation de l’excellent Fredric March ne serait alors qu’une bafouille humoristique de la terrifiante interprétation de Barrymore ? Oui et non. Car, si physiquement le côté obscur de Jekyll semble grotesque (March surjoue en faisant grincer ses mâchoires saillantes à l’envi), les actions perpétrées par ce monstre s’avèrent bien plus convaincantes, Mamoulian les intégrant au sein d’une intrigue amoureuse adultère, ce qui ajoute encore au décalage de la relation qu’il entretient avec la catin Ivy Pearson. Une figure féminine devenue centrale afin de stigmatiser le mal absolu dans lequel a plongé Hyde (chacune de ses exactions est dépeinte) ainsi que la nature des pulsions primaires qui le régissent. Incapables de choisir entre la beauté mystérieuse de sa Muriel et les charmes offerts par la prostituée Ivy, Jekyll/Hyde se retrouvent tiraillés entre honneur et passion, entre éducation et impulsions, entre le Bien et le Mal en somme. Foutrement contemporain, Docteur Jekyll et mister Hyde se plaît à tirer à boulets rouges sur la société dans laquelle évoluent les deux personnages, ce microcosme étouffé par une morale chrétienne absconse qui voile la vision des individus. Jekyll, éreinté par ce moralisme d’apparat, refoule ses pulsions intérieures (il répond à son majordome lui suggérant une sortie dans un cabaret que cela n’est pas digne d’un « monsieur ») au point de sentir poindre la liberté lorsqu’il se transforme en Hyde. La première transformation suscite d’ailleurs dans sa bouche un « Je suis libre » qui corrobore, à l’instar de la pluie libératrice qui se déverse sur son visage, cette soif de s’affranchir du moralisme harassant qui l’assaille continuellement.

Fondamentale, cette relecture de Mamoulian, qui fait montre de bout en bout d’une maîtrise indubitable de la grammaire cinématographique (recours à la caméra subjective nous plongeant dans la peau du monstre potentiel et de la créature accomplie, au split screen pour mettre en regard deux séquences, aux emprunts expressionnistes à l’image des quartiers mal famés de Londres), contraste considérablement avec la vision plus primaire de Robertson. Ténébreux et terrifiant, le métrage se pose en sus comme un pamphlet virulent à l’égard des mœurs contemporaines, critiquant ouvertement la moralisation outrancière de son aristocratie et lui préférant manifestement l’acceptation des tendances lubriques qui régissent l’homme.

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