Interviews

Exclusif : interview de Paul Solet !

6 février 2009 | Par : Quentin Meignant

Attention film évènement !

Huis-clos viscéral, œuvre anthologique, film ébouriffant, les critiques dithyrambiques pleuvent pour l’instant sur Grace, film américain sorti de nulle part et dont la période de production était presque passée inaperçue. Et pourtant, Paul Solet, l’heureux réalisateur de ce petit bijou, était sûr de son fait depuis longtemps : Grace était un film « qui n’est pas seulement viscéral mais aussi émouvant, intellectuel et, je l’espère, spirituel. »

Le premier choc concernant ce film, dont nous suivons l’évolution depuis déjà quelques temps, remonte au week-end du 24 janvier où deux personnes furent victime d’un malaise lors de la première mondiale du métrage au Festival de Sundance. Si Paul Solet se dit « franchement surpris » par ces évanouissement, il affirme aussi avoir toujours su que « nous avions un film qui donnerait une sensation inconfortable, mais quand tu entends que des gens s’évanouissent pendant un film d’horreur, tu penses que c’est quelque chose de délibéré, de voulu par le réal. Comme je l’ai dit, je pense que Grace travaille sur l’affectivité tant au niveau du cœur que de l’esprit, et cela prend donc aux tripes. Je me suis senti un peu concerné quand j’ai entendu qu’il y avait eu des évanouissements. Ils pensaient qu’ils allaient voir un film de torture ou quelque chose du genre, alors qu’en fait Grace joue bien plus sur les pensées et l’ambiance. Néanmoins, c’est un beau compliment que les gens aient été assez chamboulés par le film que pour perdre conscience ! Il n’y a rien de plus flatteur pour un film de genre que des gens qui s’évanouissent lors de la première ! Je pense que c’est vraiment important d’ajouter que les deux personnes évanouies étaient des hommes, pas des femmes. »

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que le réalisateur insiste, lui qui a voulu faire un film de genre « se transcende par l’exploitation d’éléments se situant au-delà de toute notion de sexe, de race ou de génération. » Tout le monde est donc concerné par Grace, œuvre qui « explore un phénomène d’une puissance incroyable d’engagement entre une mère et son enfant. Grace cueille le thème de l’union mère-fille et l’attire dans le genre pour exploser et explorer le sujet de manière exceptionnelle. Le thème présent au plus profond de Grace est l’amour obsessionnel. » En fait, le métrage s’adresse à toute personne « qui a eu une expérience de maternité – être une mère, avoir une mère, ou aussi ne pas en avoir eu. »

C’est ce caractère universel qui fait de Grace l’événement de ce début d’année, lui qui a participé aux festivals de Sundance et Gerardmer et a « été tout simplement merveilleusement reçu. » Il faut dire que le film peut compter sur l’apport non négligeable d’une Jordan Ladd toujours aussi magnifique qui s’est impliquée plus que jamais dans son rôle de Madeline, « qui requiérait un énorme courage et une grande adresse ; ce n’était pas simplement émotionnellement complexe, c’était surtout très difficile physiquement. » L’actrice a d’ailleurs dû « travailler inlassablement avec des sages-femmes afin d’apprendre le plus de choses possibles au sujet de la grossesse, de la naissance et de la maternité. Comment bouger, comment les femmes enceintes touchent leur ventre, comment elles respirent et gémissent durant l’accouchement »

Rien n’a donc laissé au hasard pour ce premier long-métrage de Paul Solet qui a pourtant failli ne jamais avoir lieu. En effet, les financiers n’étaient pas rassurer à l’idée de vonfier un métrage aussi complexe dans les mains d’un novice, chose que Solet n’a pas tardé à démentir par le biais d’un court-métrage « sous la forme d’un premier acte de long-métrage ». Ce court-métrage, déjà intitulé Grace, fit un véritable tabac et a participé « à deux douzaines de festivals où j’ai gagné de nombreuses récompenses. » Il n’en fallut pas plus pour qu’Adam Green, le réalisateur de Hatchet, flaire le bon coup. Après lecture du scénario, « il a confirmé son intérêt pour le long en me confirmant comme réalisateur de celui-ci. Je dois beaucoup à Adam ! »

La suite, on la connaît : Grace est en train de frapper de plein fouet le petite monde de l’horreur et s’annonce comme l’une des grosses révélations de l’année. Tant mieux pour le cinéma de genre et, surtout, pour le très sympathique Paul Solet, qui ne pouvait rêver meilleure entrée dans la cour des grands !

INTERVIEW DE PAUL SOLET

Bonjour Paul. On vous connaît encore assez peu en Europe. Pourriez-vous nous conter votre parcours jusque là ?

J’ai écrit des récits et regardé des films depuis que je suis tout petit. Ces deux passions ont progressé au fil du temps et se sont naturellement liées, et j’ai commencé à tourner des dilms dès que j’ai eu la caméra familiale en mains. J’ai travaillé dur et j’ai essayé d’étudier le plus possible l’art de faire des films avant de finalement entrer dans une école du cinéma. Je suis ensuite retourné au collège pour étudier l’écriture de scénario de manière intensive et pour réellement me cultiver au mieux sur le métier. J’ai résisté à maintes reprises à un déménagement à Hollywood pendant quelques années où j’écrivais script sur script. Jusqu’au moment où j’ai commencé à empiler les longs-métrages raffinés et les courts, là j’ai décidé de bouger vers l’Ouest. J’ai passé beaucoup de temps à travailler sur des productions en dehors de Los Angeles, j’ai cherché à me mettre dans des situations qui me poussaient hors de mon élément pour comprendre de manière holistique le processus de réalisation, tout en continuant à faire mes propres films et à écrire constamment. J’en suis d’ailleurs encore là. Je suis un gars bizarre, mais si je n’écris pas, je suis encore plus bizarre…

Grace est tiré de votre court homonyme de 2006 qui a remporté un vif succès lors de divers festivals. Avez-vous directement décidé de monter votre long après ce succès ?

Grace est tiré d’un script de long-métrage. J’ai écrit le premier jet quand je voyageais à travers le pays, de ma maison de Boston à Los Angeles, durant environ 4 ans. J’ai commencé à financer la production et deux personnes se sont intéressées au film et ont fait des investissements pour poursuivre le projet. Mais personne ne voulait me laisser le réaliser parce que je n’avais jamais fait de long, et c’est très vite devenu clair pour moi que le gars choisi pour tenir la barre du film desservirait sans aucun doute l’histoire. Donc, j’ai continué ma route et, même si j’avais besoin d’argent, j’ai d’abord cru en la puissance de mon personnage, donc j’ai dit non aux producteurs. J’ai décidé, pour être en accord avec moi-même, de diriger Grace moi-même.J’avais besoin de démontrer mon talent aux financiers par un format réduit. Je me suis donc distillé un exemple frappant sous la forme d’un premier acte de long-métrage, un court de 5 minutes. Je me suis procuré de l’argent pour bien tourner l’ensemble et j’ai dressé un bon pitch, shooté en 35 mm, dans un excellent studio avec un super casting et un staff génial. J’ai participé à deux douzaines de festivals où j’ai gagné de nombreuses récompenses. Ca a finalement attiré l’attention du producteur Adam Green (réal de Hatchet – NDLR), qui a alors lu le scénario complet et qui l’a aimé. Il a confirmé son intérêt pour le long en me confirmant comme réalisateur de celui-ci. Je dois beaucoup à Adam !

Le métrage est produit par Anchor Bay et ArieScope. Quel était votre budget ? Les financiers étaient-ils rassurés par la bonne tenue de votre court ?

Oui, bien sûr, les financiers ont été confortés par le succès du court. Grace est en substance très différent de ce que l’on voit aujourd’hui dans les autres films, donc il y a toujours une appréhension des producteurs quand vous explorez quelque chose de nouveau, mais le court a montré que j’avais une vision et que cela avait la capacité d’effrayer. Notre budget est une sorte de mystère pour moi, mais je peux vous dire que nous avons tourné 192 scènes en 17 jours de 9h30 avec un chat, un bébé et un crash de voiture à Regina, Saskatchewan, donc vous pouvez calculer… En gros, ce n’est pas si imposant que cela…

Quelles ont été vos influences de départ pour construire Grace ?

La genèse de l’histoire se situe à un niveau personnel. Quand j’avais 19 ans, ma mère m’a raconté que j’avais eu un frère jumeau mort avant la naissance. Elle m’a dit qu’à ce moment-là, son être tout entier s’est fixé à ramener à la vie le bébé perdu. Depuis cela, le sujet m’a vraiment obnubilé à un niveau personnel. Les bases de l’histoire en elle-même viennent d’une discussion au sujet d’un phénomène médical où des femmes qui avaient perdu leur enfant en pleine grossesse parvenaient malgré tout à mener celle-ci à terme, avec un bébé à la clé. En tant que fan de genre, j’ai toujours été impatient de crier et donc j’aime les moments qui foutent la frousse. C’était une des idées de base et l’histoire de frousse s’est donc greffée sans problème, elle s’est développée naturellement.

Bénéficier de l’apport de la superbe Jordan Ladd pour ce film est quelque chose de très important. Elle a un fameux bagage depuis ses participations à Hostel II, Cabin Fever, Madhouse, Death Proof,… Comment s’est passée cette collaboration ?

Le rôle de Madeline requiérait un énorme courage et une grande adresse ; ce n’était pas simplement émotionnellement complexe, c’était surtout très difficile physiquement. Jordan avait besoin d’aimer et d’être en deuil aussi authentiquement que possible, et il fallait donc favoriser la rencontre de ces deux émotions très tranchées dans l’âme de son personnage. Notre espoir était de créer un rôle qui prenne vie à travers les dialogues, dans les nuances et les silences, pendant que nous expérimentions la force de l’amour d’une mère pour son fils, une puissance tellement forte qu’elle surpasse la mort. Jordan avait besoin de nous offrir un personnage que nous ne rejetions pas simplement, auquel nous continuerions à nous identifier. Nous l’avons donc suivie tant qu’elle forçait des choix auxquels nous n’avions pas pensé, comme si elle était conduite par l’amour véritable de l’enfant. L’engagement total de Jordan dans ce rôle fut incroyable. Elle aimait tellement le script qu’elle s’est investie à tel point qu’un mère dans la réalité n’aurait pu être plus authentique. Elle a travaillé inlassablement avec des sages-femmes afin d’apprendre le plus de choses possibles au sujet de la grossesse, de la naissance et de la maternité. Comment bouger, comment les femmes enceintes touchent leur ventre, comment elles respirent et gémissent durant l’accouchement – donc, rien n’a été laissé au hasard. Elle a aussi eu besoin de vivre dans un endroit très sombre pendant de longs moments pour s’imprégner de la vie de son personnage et je sais que ça lui a demandé beaucoup de courage pour réaliser ce challenge.

Le pitch de Grace est original et promet beaucoup. A quoi doit-on s’attendre exactement avant d’entamer la vision du film ?

Merci ! Le film explore un phénomène d’une puissance incroyable d’engagement entre une mère et son enfant. Le thème est archétypal. L’union mère-enfant est quelque chose de compréhensible pour tous à un niveau inné, fondamental. Grace cueille le thème de l’union mère-fille et l’attire dans le genre pour exploser et explorer le sujet de manière exceptionnelle. Le thème présent au plus profond de Grace est l’amour obsessionnel. Chacun dans le film aime quelqu’un ou quelque chose d’inatteignable. Comme dans un drame normal, je pense que nous avons installé une réponse personnelle au sujet en question, mais Grace attire ces idées dans l’arène du genre où votre seule limite est votre propre imagination. Si j’ai bien fait mon job, je pense que quelqu’un qui a eu une expérience de maternité – être une mère, avoir une mère, ou aussi ne pas en avoir eu – vivra des moments difficiles avec ce film qui n’est pas seulement viscéral mais aussi émouvant, intellectuel et, je l’espère, spirituel. Je me suis concentré à donner à l’assistance un gros coup au ventre, mais plus encore à attirer son esprit avant de le malmener.

La première projection à Sundance a provoqué deux évanouissements paraît-il, preuve que le film a touché les gens. Est-ce quelque part une consécration pour vous ?

Les malaises m’ont franchement surpris. J’ai toujours su que nous avions un film qui donnerait une sensation inconfortable, mais quand tu entends que des gens s’évanouissent pendant un film d’horreur, tu penses que c’est quelque chose de délibéré, de voulu par le réal. Comme je l’ai dit, je pense que Grace travaille sur l’affectivité tant au niveau du cœur que de l’esprit, et cela prend donc aux tripes. Je me suis senti un peu concerné quand j’ai entendu qu’il y avait eu des évanouissements. Ils pensaient qu’ils allaient voir un film de torture ou quelque chose du genre, alors qu’en fait Grace joue bien plus sur les pensées et l’ambiance. Néanmoins, c’est un beau compliment que les gens aient été assez chamboulés par le film que pour perdre conscience ! Il n’y a rien de plus flatteur pour un film de genre que des gens qui s’évanouissent lors de la première ! Je pense que c’est vraiment important d’ajouter que les deux personnes évanouies étaient des hommes, pas des femmes.

Quelles ont été les autres réactions lors de cette première projection ?

Le film a été tout simplement merveilleusement reçu. Nous avons débuté au Festival de Sundance le week-end du 24/01 et les gens étaient emballés. C’était génial de regarder le film avec pareil public. C’est un exercice de tension qui monte graduellement et vous pouvez voir les gens qui, au fur et à mesure, se tortillent sur leur siège. Je pense que l’ensemble prend place entre les attentes du public et ce qui leur est finalement donné. Je suis aussi soulagé de la réception positive du film par le public féminin car, souvent, les films d’horreur négligent les femmes et je suis vraiment ravi d’avoir pu trancher avec ces habitudes. C’est un film d’horreur universel, qui ne vise aucune cible en particulier, c’est d’ailleurs un des points communs à tous mes films d’horreur préférés. Ils se transcendent par l’exploitation d’éléments se situant au-delà de toute notion de sexe, de race ou de génération. Obtenir un résultat tel que celui-là a toujours fait partie de mes espoirs pour Grace.

Vous avez aussi participé au Festival de Gerardmer en France. L’objectif de vous exporter partout dans le monde était-il l’un des vôtres pendant le tournage de Grace ? Etiez-vous présent en France ?

Cela fait des années que j’entends beaucoup parler de Gerardmer. Je suis donc immensément honoré d’y avoir été présenté et je n’aurais manqué ça pour rien au monde. J’ai toujours eu l’intention de faire de cette histoire une sorte de conte universel. Cela ne s’adresse donc pas juste aux Américains, c’est quelque chose de largement accessible parce que c’est un mélange entre horreur et vie émotionnelle courante.

Quels autres festivals ambitionnez-vous de fréquenter en 2009 ?

Nous avons été sollicités par beaucoup de festivals depuis l’annonce de notre participation à Sundance, mais nous nous en tenons aux meilleurs, comme Gerardmer, qui a été la première européenne du film. C’est important pour moi que l’assistance qui appréciera mon film soit une assistance qui ait du goût pour le genre, bien que j’aie l’intention de tourner avec le film autant que les financiers me le permettent. Après Gerardmer, le film participe à la Fright Fest en Ecosse, événement par rapport auquel Adam Green s’est montré très enthousiaste dès notre première rencontre.

Avez-vous déjà trouvé un distributeur cinéma ou DVD en francophonie ? Si non, quels arguments feriez-vous valoir pour convaincre les acheteurs potentiels ?

Nous venons justement de réaliser un deal pour la France ! Je suis très excité ! Le public français, particulièrement les fans de genre, sont géniaux et je pense que nous avons un film qui sera vraiment apprécié là-bas. Une majeure partie des meilleurs films de genre contemporains sortent en France et je suis ravi et honoré de faire partie de ceux-là !

Avez-vous déjà d’autres projets en tête pour l’après-Grace ?

Toujours ! J’ai un bon nombre de projets au sujet desquels je suis particulièrement enthousiastes. Il y en a deux de moi-même et quelques uns écrits par d’autres scénaristes. Je ne privilégierai pas forcément les miens, ce que je veux, c’est avant tout raconter des histoires étonnantes. Tel un fan, je suis fatigué de voir toujours les mêmes choses et je serais damné si je faisais quelque chose de commun et d’oubliable, comme des films qui ont déjà été faits à maintes reprises. Je promets que je vous apporterai des histoires dont vous vous souviendrez très longtemps. Je me sens totalement béni de pouvoir appeler tout ceci mon travail ! Merci à Cinemafantastique pour son intérêt pour Grace. A très bientôt !

(Interview réalisée par Mae-Nak)

TRAILER (CLIP)

Commentaires

j’attend la sortie en france (si elle a lieu) avec impatience !

9 février 2009 | Par hugo

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