Critique de film

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Les Frissons de l'angoisse

"Profondo rosso"
affiche du film

Une conférencière télépathe est sauvagement assassinée. Peu avant sa mort, elle avait ressentie une présence meurtrière très proche. C'est le début d'une série de crimes inexplicables.

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Trailer - Les Frissons de l’angoisse (1975)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les frissons de l’angoisse - Un tournant ultime...
Par : Damien Taymans

Les frissons de l’angoisse tient une place particulière dans la filmographie de Dario Argento et constitue la pièce centrale autour de laquelle s’articulent toutes les autres œuvres du maître italien. Succédant directement à la trilogie animale de l’auteur (les giallos L’Oiseau au plumage de cristal, Le chat à neuf queues et Quatre mouches de velours gris), le métrage annonce la tendance fantastique à laquelle aboutira l’auteur avec Suspiria et Inferno. Décidé à en finir avec les giallos, genre dont il est devenu un maître incontestable, Argento entame la réalisation des Frissons de l’angoisse avec la nette intention de reconstruire en le déconstruisant le genre en accolant un esthétisme nouveau aux thématiques essentielles du genre.

Le film regorge de toutes les pièces maîtresses du giallo argentien : un personnage étranger à l’action (d’autant plus étranger qu’il n’est même pas un autochtone) se trouve impliqué dans une enquête, chargé par lui-même de dépister un tueur invisible affecté par un trauma profond. Un trauma né du crime, du sang et de sa couleur violente.

A côté de ce squelette inébranlable existent une série de révolutions qui vont profondément marquer la carrière du génie transalpin. D’abord, Les frissons de l’angoisse débouche sur une double rencontre capitale : celle de Daria Nicolodi en tant qu’actrice qui deviendra par la suite la compagne d’Argento et la mère d’Asia mais également une des actrices essentielles de l’auteur ainsi que sa co-scénariste attitrée dans des œuvres comme Suspiria ou Inferno et celle des Goblin qui succèdent musicalement à Ennio Morricone et vont être les principaux acteurs de l’osmose qui persistera dans les œuvres argentiennes entre la musique et les images.

Ensuite, le film devient le chantier esthétique du réalisateur qui n’hésite pas à utiliser son œuvre pour s’adonner à des choix nouveaux et novateurs dont l’œuvre regorge. Plus qu’un simple giallo, le métrage devient le territoire favorable à l’éclatement du génie de son auteur qui s’échine à multiplier leurres en tout genre pour duper le spectateur. Sans cesse, l’image s’avère trompeuse, menant personnages et public sur des fausses pistes. Suggérant le danger où il n’y en a pas et précipitant l’action alors que le cadre inspirait calme et sérénité, Argento parvient à déstabiliser quiconque se borne à suivre les codes et les règles de ce genre de film. Mais Argento surprend là où on ne l’attend pas, explosant le cadre imposé par la codification stricte d’un genre qu’il a lui-même enfanté. Usant et abusant de la caméra subjective, le réalisateur balade l’œil du badaud en ne présentant que des pièces éparses d’un puzzle extrêmement complexe. En même temps, ce traitement personnel amène l’angoisse à son paroxysme et noie le spectateur sous un torrent d’images soi-disant révélatrices qui ne sont en réalité que des miroirs aux alouettes destinés à asseoir plus profondément le spectateur dans une transe et une angoisse viscérales.

Enfin, le film regorge des thèmes abordés par l’auteur dans l’ensemble de sa filmographie, se faisant le lieu privilégié de l’investiture de chacun de ces éléments. L’importance des données spirituelles point à l’horizon avec cette séance de divination à laquelle se prête une voyante dès le début de l’œuvre (thème qu’on retrouvera notamment dans Trauma avec la mère d’Aura en pleine séance de spiritisme et dans les œuvres ésotériques de l’auteur). L’importance du langage fait également une apparition cruciale dans le parcours argentien. Un langage d’autant plus important qu’il s’avère être la seule possibilité de démasquer le criminel. La victime brûlée écrira un mot sur les carreaux embués de sa salle de bains avant que cette buée ne disparaisse, le pianiste Marcus prend des notes suite à ses investigations avant d’être tué, autant de possibilités qui s’envolent (pourtant les écrits restent paraît-il) et qui éloignent l’enquête de son aboutissement. Ce qui est vu ne compte pas (à l’instar de la voyante qui discerne le visage de l’assassin ou du héros qui ne se souvient pas du tableau aperçu chez la première victime), seul le langage prime et peut mener à la vérité, une vérité enfouie profondément dans le sang rougeoyant (d’où le titre original Profondo rosso) et dans les méandres des souvenirs des personnages.

Cependant, si l’œuvre marque un tournant décisif dans le parcours de l’auteur, elle n’en demeure pas moins décevante de par certaines approximations indigestes que commet l’auteur. Ainsi, si la seconde partie du métrage parvient à créer un réel effet et englue sans peine nos esprits, la première partie est d’inégale facture et accuse quelques longueurs et scènes humoristiques assez chancelantes par rapport au ton particulier du métrage). On pointera également le choix délicat (qui ne porte heureusement pas à conséquence vu le temps restreint de sa prestation) que constitue l’interprétation de Macha Méril incarnant bien piètrement la voyante au début du métrage. Cette dernière livre une prestation caricaturale et à la limite du ridicule avant que le film ne se rattrape de lui-même. Enfin, pour leur première apparition dans le casting argentien, il faut reconnaître que les Goblin signent une musique mal dégrossie qui, en variant incessamment entre musiques enfantines et jazz strident, ne permettent pas à l’œuvre d’atteindre la qualité esthétique qui sera présente dans Suspiria

En conclusion, Les frissons de l’angoisse demeure un excellent giallo, signant un tournant intéressant dans la carrière d’Argento malgré quelques erreurs grossières qui ne suffisent pas à entacher une œuvre promise à de beaux jours…


Critique de Les frissons de l’angoisse - Faire peur ne s’improvise pas
Par : Chroniqueurs

Les frissons de l’angoisse n’est certainement pas le meilleur film de Dario Argento et ce n’est certainement pas non plus novateur dans le genre horrifique, et pourtant…

Pourtant Les frissons de l’angoisse est une œuvre à ne surtout pas rater dans le filmographique du génie italien et ce pour une très simple raison. Il permet de savoir, de voir ce qui distingue un maître d’un amateur ou d’un simple copieur dans le domaine de l’horreur. Car l’horreur oui est un genre où les influences sont multiples, où peu inventent et beaucoup copient. Les codes, les règles sont très solidement établies, chacun y va donc de son originalité pour se démarquer. Et force est de constater que même s’il est bien beau d’être original et d’avoir des multiples références, il n’est pas aisé d’avoir la « maîtrise » de son film, la maîtrise de l’horreur.

Lorsque l’on regarde Les frissons de l’angoisse, ce qui saute aux yeux, ce n’est pas son histoire, typique du cinéaste et que l’on pourrait un tantinet raccrocher à l’univers de David Cronenberg. Encore que l’histoire présente des éléments intéressants dont on parlera plus tard. Non vraiment ce qui frappe en visionnant l’œuvre de Dario Argento, c’est sa mise en scène, ses plans, leurs compositions et le mouvement de sa caméra. Autant de choses qu’on ne pourrait presque expliquer, et c’est certainement cela qui pousse à s’agenouiller devant le cinéaste.
Plus le film avance, plus les plans, les scènes et les séquences s’enchaînent, plus on ne peut s’empêcher de penser que rien, absolument rien n’a été laissé au hasard. Chaque plan, chaque mouvement de caméra a non seulement une beauté esthétique mais il a en plus une puissance, une signification. Dans la construction de son film, aucun aspect ne semble être passé à la trappe.


Il suffit par exemple de prendre l’ouverture du film, belle, intense et pleine signification. Non seulement il livre une scène stylée et terrifiante, mais en plus elle est la base « psychologique » presque de tout le film. Enigmatique et décalée, il s’agit d’un meurtre vu sur le mur d’une pièce en ombres sur fond d’une musique enfantine. Le ton est donné, bienvenue chez Mr. Argento.
Son film est donc construit comme un puzzle où il nous offre à voir ce qu’il veut que l’on voie à tel moment et pas à tel autre. Il distille les informations, les images et les points de vue. Et puis, il y a ses mouvements de caméra amples qui épousent à merveille les lieux de l’action.

Très souvent dans ces films d’horreur à petit budget, ou à un budget conséquent, on a le sentiment que les décors ont été imposés au réalisateur et qu’il doit composer avec. Ici, c’est tout l’inverse, Dario Argento s’est baladé dans Rome et a choisi des lieux absolument parfaits pour son film. Des appartements modernes, des maisons à l’esprit baroque, des demeures abandonnées, etc.
Et c’est ce qui fait qu’Argento est un maître. Lorsqu’une nouvelle séquence commence, lorsque l’on entre dans un nouveau lieu, on sait que d’avance tout a été pensé, l’emplacement de la caméra, l’angle de prise de vue, etc. Alors, forcément, on s’incline.

Et puis dans Les frissons de l’angoisse, et grâce à David Hemmings, on partage ce vieux concept qui est peut-être un peu issu du cinéma de Hitchcock. A savoir qu’un innocent est impliqué dans une affaire de meurtre et se met à mener l’enquête. Ici, David Hemmings ne mène pas l’enquête pour se disculper mais pour satisfaire une certaine curiosité que l’on sait malsaine, une certaine attirance pour le meurtre, pour le danger et le Mal. Un certain désir de franchir cette frontière. Une idée qui plaît sans aucun doute à l’esprit malicieusement torturé du cinéaste italien.

Les frissons de l’angoisse
est un film à voir car il est d’une rare qualité dans un genre où les navets sont trop nombreux. Une leçon donc.

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