Critique de film

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Funny games U.S.

"Funny games U.S."
affiche du film

Dans ce thriller fort et provocant, une famille part en vacances et reçoit dans sa résidence la visite de deux garçons profondément dérangés, Paul et Peter. Ces vacances idylliques tournent en un effroyable cauchemar. Terrorisés, Anna, Georges et Georgie luttent toute une nuit pour leur vie.

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Trailer - Funny games US (2007)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Funny Games US - Game over
Par : Gore Sliclez

Un couple et leur enfant se rendent dans leur maison de campagne. Alors qu’ils posent leurs bagages et s’affèrent à mettre à flot leur bateau pour des balades sur le lac un jeune homme se présente à la porte et demande des œufs pour la voisine. Commence alors crescendo un jeu dérangeant entre l’inconnu, rejoint par un comparse, et Ann (l’épouse interprétée par Naomi Watts) qui vire à l’agacement d’abord et à l’agression ensuite. Le mari voulant interférer dans le conflit (anodin à l’origine) reçoit un coup de club de golf dans la jambe le laissant HS. L’enfer peut commencer…

Remake plan par plan de son précédent succès de 1997, Michael Haneke transpose donc son récit aux Etats-Unis, terre de conflits sociaux et intergénérationnels, terreau propice à la violence sous toutes ses formes. Pour Funny Games US, Michael Hanneke ne délivre aucun indice quant à l’identité des inconnus, ni sur leur motif non plus d’ailleurs. Au spectateur d’interpréter comme bon lui semble ce drame et d’en tirer la morale qu’il souhaite.

Devenus prisonniers de leur propre maison de vacance, Ann, George et leur fils Georgie (ça ne s’invente pas) sont victimes de torture morale plus encore que physique et sont humiliés jusqu’au plus profond de leur intimité. Une humiliation qui met à mal ce couple pétri de certitudes inhérentes à leur condition sociale élevée, privilégiée et insouciante. Une bourgeoisie américaine forte de son statut socialement intouchable qui se « ghettorise » dans un phénomène Nimby, s’offrant ainsi une impression de sécurité absolue, une image fictive de la vraie réalité sociale.

Avec l’apparition de ces deux tortionnaires aux visages d’ange c’est toute cette image qui se fissure et s’anéantit au fil des heures. Chaque membre de la famille souffre dans sa chair comme dans sa tête de cet évènement aussi soudain que dramatique. L’épouse est humiliée dans son intimité, le mari dans sa fierté patriarcale et le fils affronte une vision cauchemardesque autre que celle idyllique connue sans doute depuis son enfance.

Dérangeant au possible, Funny Games US vous donne la nausée. Hanneke, dans une mise en scène et un montage qui n’appartiennent décidément qu’à lui, parvient à instaurer lentement et cyniquement une atmosphère étouffante. C’est que ces deux jeunes adolescents qui présentent si bien montrent au fil du temps des signes évidents de maladie mentale et une détermination sanguinaire indéfectible. Une expédition mortelle qui ressemble à ces films nihilistes que sont Orange Mécanique ou encore Les Valseuses (plus léger mais tout aussi interpellant). On sait que le réalisateur allemand ne souhaitait pas que son film soit labellisé horreur mais très franchement certaines scènes auraient paradoxalement leur place dans l’anthologie du genre.

Des interprétations renversantes achèvent de donner à ce film la perfection du travail. Naomi Watts et Tim Roth, on le savait déjà, sont tout simplement fabuleux d’émotion et les tortionnaires Michael Pitt et Brady Corbet incroyablement inquiétants et convaincants.

Funny Games US est une claque sociale renversante, magnifiquement mise en scène par un réalisateur qui décidément aime mettre à mal une certaine idée de la bourgeoise et qui nous rappelle efficacement que la violence n’a pas toujours les traits ni les raisons que l’on s’imagine. L’une des plus grosses sensations du BIFFF 2008…


Critique de Funny Games US - Jouer en torturant
Par : Samuel Tubez

On se souvient tous du cas Psycho réalisé par Gus Van Sant en 1999. Remake au plan près du chef d’œuvre d’Hitchcock, le réalisateur d’Elephant dû alors en découdre avec les critiques et les fans acharnés. Aujourd’hui, Haneke fait le même type de démarche. Sauf que lui s’attaque à son propre film. Y a-t-il un intérêt quelconque à refaire le même film qu’en 1997 ? Cette « nouvelle » version a beau être à destination du public américain, elle sort tout de même sur nos écrans européens. Y a-t-il des changements majeurs qui valent la peine que les spectateurs francophones se déplacent en salle pour revoir la même chose ? Toutes ces questions resteront malheureusement en suspens dans cet article car je n’ai pas vu le film original (j’ai bien niqué le poussin dans l’œuf, là !).

C’est un euphémisme de dire de Funny Games U.S. qu’il est dérangeant à plus d’un titre. Rien que le pitch de départ où la très propre petite famille américaine va en morfler psychologiquement et physiquement sans raison aucune, ça fait mal. Haneke désirait montrer la violence telle qu’elle est vraiment et on peut dire c’est réussi. Dès que le petit jeu commence, les victimes subissent des tortures surtout morales et ensuite physiques qui vont les plonger dans une humiliation sans nulle autre pareille. Pourtant, là où le réalisateur fait fort, c’est qu’il parvient à choquer sans jamais montrer de façon frontale les scènes de meurtres. Dans ces « jeux amusants », la vraie violence est montrée hors champ mais s’avère tout aussi éprouvante. Haneke fait très bien monter la tension, passe à l’acte en détournant volontairement sa caméra et s’éternise ensuite à nous montrer les réactions post-traumatiques de ses victimes. Dans sa démarche, son montage et ses plans parfois interminables, le metteur en scène perdra plus d’un spectateur en cours de route. Car il faut bien le dire, il n’est pas rare de s’emmerder à la vision de Funny Games U.S. Adeptes de montage syncopé, de mouvements de caméra expéditifs et de scènes d’action pétaradantes, s’abstenir. Le réalisateur autrichien aime faire durer le plan fixe et n’a pas peur de s’éterniser sur un plan de coupe. Cela participe évidemment de façon cohérente à la sensation de malaise transmise au spectateur mais cela est aussi parfois rudement ennuyant. A un moment ou un autre, on en vient à demander que tout cela cesse. Partagé entre un malaise bien réel et un ennui profond, on ne sait pas très bien ou se situer. Et lorsqu’à un moment, l’histoire semble nous libérer enfin, Haneke nous joue un tour de passe-passe qui en frustrera plus d’un. On se sent alors révolté, trompé, manipulé par ce film qui n’a finalement aucune pitié ni pour ses protagonistes ni pour ses spectateurs. Dans le genre nihiliste, ça tape fort.

Funny Games U.S. est donc une drôle d’expérience. Eprouvante, frustrante, ennuyante et puissante à la fois. Un tel panel de sentiments contradictoires n’émerge pas de tous les films présents sur nos grands écrans, alors si, comme moi, vous n’avez pas vu l’original et que vous aimez être secoué au ciné, tentez Funny Games U.S. Ou alors procurez-vous l’original. Encore une dernière chose : les acteurs sont formidables et les prestations de Michael Pitt (Bully, Last Days) ainsi que Brady Corbet (Thirteen, Mysterious Skin) font vraiment froid dans le dos.


Critique de Funny Games US - Amusement, quand tu nous tiens...
Par : Quentin Meignant

C’est sans doute l’événement de ce mois d’avril 2008 : la sortie du remake de Funny Games intitulé... Funny Games US a fait couler beaucoup d’encre... Bien sûr, les éternels nostalgiques n’ont fait que montrer leur désapprobation face à cette énième reprise des ricains, mais l’enthousiasme était tout de même au rendez-vous.

Bien sûr, le fait que Michael Haneke, déjà réalisateur de l’oeuvre originale, soit aux commandes du remake a eu tôt fait de rassurer les sceptique et c’est donc avec impatience que les fans du genre attendaient le film.

Le réalisateur a dès pris fort à coeur d’offrir au public ce qu’il attendait : un métrage assez profond sur la violence et les sensations qu’elle procure. C’est fortement ancré dans ce thème d’amusement par le mal que le film débute et l’on sent dès le départ que les choses vont bien vite dégénérer.

L’aspect psychologique des personnages est développé par Haneke de manière très fine : une politesse sans bornes et une bonne présentation font ménage avec une barbarie sans nom, une violence froide et amusée à la fois.

C’est par ce paradoxe que Haneke essaie de faire ressortir le thème récurrent de son film : révéler la représentation de la violence dans les médias de la manière la plus indifférente qui soit.

De ce point de vue-là, ce métrage est une pure réussite l’objectif du réalisateur germain est atteint sans aucun problème. On se prend à être dégoûté de ces petits jeux d’ados ultra-violents.

C’est donc un peu à la Orange mécanique (toutes proportions gardées bien entendu !) que l’allemand nous propose sa version d’une violence encore bien plus présente qu’à l’époque où il avait présenté l’oeuvre originale.

Pour la réussite de cet objectif, il peut compter sur deux comédiens d’un grand talent au faciès (un peu trop) d’anges ! Ainsi, Michael Pitt (Le livre de Jérémie) est exceptionnel dans un rôle pas évident à manier : il incarne Paul, sans doute le plus diabolique des deux tortionnaires mais aussi, quelque part, le plus humain.

Par son amusement constant par rapport aux choses de la vie et surtout celles de la mort, il rend chaque phrase, chaque coup d’oeil réellement troublant et se tire avec succès d’une tâche difficile au possible.

Mais voilà, malgré toutes ces qualités, tant interprétatives que scénaristiques, le film donne un peu l’impression de se trainer. "Il est fou, me direz-vous, il dit tout et son contraire". Non, je ne suis pas fou mais simplement réaliste : pas une vraie goutte de sang, pas une seule scène de violence insoutenable, avouez que cela fait bien peu à se mettre sous la dent pour un film qui se targue de la dénoncer !

Certes, le film est bon. Certes, aucun reproche ne peut être fait à Haneke tant au niveau du fond que de la forme, mais voilà, clairement, on s’ennuie ferme !

Un manque d’action réelle récurrent fait de ce film, qui aurait pu être une bombe, un simple pétard mouillé. Les jusqu’au-boutistes A l’intérieur (bien trash et gore comme on aime !) et Frontières ébouriffent décidément bien plus que Funny Games US et le sentiment de dégoût en sortant du film de Bustillo et Maury est bien plus grand qu’en sortant de celui d’Haneke...

Bref, même s’il n’est pas mauvais, ce remake demeure tout de même une déception ! Sans doute le cinéma actuel nous a-t-il sûrement habitué à tout autre chose, mais l’ennui n’a jamais fait partie des priorités des spectateurs. Un film à voir pour les sensations qu’il procure, mais nullement pour son action, quasi inexistante !


Critique de Funny Games US - So funny !
Par : Damien Taymans

Dix ans après le film original quasi éponyme (puisque amputé de la marque de fabrique américaine), Michael Haneke accepte la proposition de la Warner de remaker le métrage aux States, histoire de toucher un public américain qui reste froid et insensible aux productions germanophones. Pourtant, le film de 1997 contenait en lui les germes (à Nophone) d’un potentiel succès sur les terres de l’oncle Sam : titre anglicisé, lieux très américanisés et intrigue réduite à son plus simple appareil.

Pas question pour Haneke de changer une formule qui fonctionne et a largement fait ses preuves en Europe. Le remake consiste donc en un « refaisage » plan pour plan du film original. Pour attirer son quota de badauds dans les alles obscures, le réal fait appel à des acteurs chevronnés et autochtones (Naomi Watts et Tim Roth) ainsi qu’à de jeunes recrues très prometteuses (Michael Pitt et Brady Corbet).

Cependant, une mise en garde s’impose à propos de ce film pour ceux qui ne se seraient pas laissé tenter par le premier film de Haneke. La Warner fait une publicité tapageuse présentant le métrage comme une ode à la torture à la manière des Saw ou Hostel. A nouveau, les intérêts mercantiles priment avant tout et on peut s’attendre à ce que les foules soient déçues, flouées par une présentation qui n’est en rien représentatif du film.

Car, disons-le, Funny Games US ne s’inscrit pas du tout dans la lignée des œuvres récentes brandissant des scènes de tortures physiques trashs à l’envi. Le métrage de Haneke fait la part belle à ces étalages de viande en leur préférant une violence psychologique inséminée avec patience et rigueur. A la monstration zoomée, le réal privilégie la suggestion du hors champ ou le recul du plan-séquence. Surtout, Haneke donne une leçon de cinéma aux Eli Roth et autres Bousman en leur prouvant que ce n’est pas la valeur des effets spéciaux qui fait le réalisme mais plutôt les choix de mise en scène.

En outre, Funny Games épate par le message qu’il véhicule. A la manière d’Orange mécanique (mais avec, il est vrai, moins de brio), il dégoûte et secoue grâce à ses propos décomplexés et directs qui ne s’encombrent pas d’une quelconque morale superflue. Mieux, le réalisateur implique le spectateur dans ce jeu pervers par l’abattage du quatrième mur, l’acculant dans une position de témoin (ou de participant passif) des humiliations abjectes qu’il contemple.

En définitive, Funny games US est, à l’instar de sa copie conforme originelle, un film brillant aux innovations multiples. Violent, destructeur, le métrage fera à nouveau beaucoup de dégâts et aura au moins le mérite de relancer le débat sur le bien fondé de la nouvelle tendance d’étalage réaliste…


Oeuvres liées :

Funny games (1997)

Commentaires sur le film

Un avis contradictoire

0 etoiles

daube Daube !

Haneke, qui a fait de grandes choses, doit-il être systématiquement encensé pour toutes ses oeuvres ? Une action trop prévisible, des longueurs que n’excuse pas le parti pris du temps réel pour certaines séquences. Pris séparément, de nombreux éléments eussent pu faire une belle oeuvre : usage parcimonieux de l’univers musical, plans originaux..Evidemment, on pense à Orange mécanique mais Haneke a eu le tort de se prendre trop au sérieux, dans une démarche purement intellectuelle. L’époque étant cependant aux héros dans les rôles criminels, le film s’inscrit impeccablement dans l’actualité, encore maintenant, manquant par là-même de l’originalité qu’il aurait pu revendiquer.

5 février 2009 à 12:02 | Par Froggy
Jeux de mains, jeux de vilains

4 etoiles

Je rejoindrai foncièrement Damien (le rédac en chef, pas l’enfant possédé, quoi que allez savoir...) pour cette péloche. J’ajouterai seulement qu’il est évident qu’Haneke a réalisé avec ce remake un film éminemment frontal, qui consiste avant toute chose à jouer avec les nerfs et les attentes de ce "vampire tranquille" qu’est le spectateur. Et il ne lui épargne rien, pas même certaines longueurs irréalistes. Funny Game US un film éminemment viscéral (qui fonctionne si bien que la critique ne peut s’empêcher de l’intellectualiser). Bref, un véritable petit théâtre de la cruauté, qui tient à la fois du tord boyau et du grand cru.

3 février 2013 à 13:02 | Par Fred Bau

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