News

Gardiens de la Galaxie : Marvel or not ?

13 août 2014 | Par : Quentin Meignant

La surprise est de taille...

Aujourd’hui sort en salles la dernière production Marvel, Les Gardiens de la Galaxie. Comme toute production de la Maison des Idées, la chose est très attendue mais, pour la première fois sans doute, l’appréhension est de mise, même auprès des plus grands fanatiques de l’univers développé depuis des années par Kevin Feige et ses sbires. La raison de cette peur inavouée ? L’anonymat total de ses héros, pour ainsi dire complètement inconnus du grand public, à l’inverse des Captain America, Iron Man ou Thor qui ont fait les beaux jours des studios Marvel ces dernières années. Pourtant, sur papier, Peter Quill, Rocket, Groot, Drax et consort ont de la gueule et l’ont d’ailleurs prouvé au fil d’une promotion dont les ficelles appartiennent à la Marvel. Omniprésente depuis des mois sur la toile, l’oeuvre de James Gunn avait envoyé du lourd dès sa première bande-annonce, jugée comme l’une des plus alléchantes de... la galaxie. Reste alors une dernière interrogation pour les fidèles : le génial mais fantasque James Gunn était-il fait pour driver une production aux allures de blockbuster ? Voici quelques éléments de réponse ci-dessous...

1° UN RÉALISATEUR AU PROFIL DIFFÉRENT :

Depuis quelques mois, pour ne pas dire depuis des années maintenant, la Marvel est fortement critiquée par une partie des spectateurs lambda et de la critique pour ses choix en matière de metteurs en scène. S’il est vrai que les studios aiment frapper fort et convier à leur table des réalisateurs qui ont marqué leur domaine (Alan Taylor venant de la série Game of Thrones pour réaliser Thor 2, Joss Whedon, jugé comme le plus grand geek du monde, pour mettre en scène le film chorale Avengers, ou encore le vénéré Kenneth Branagh, connu pour ses partis pris shakespeariens, aux commandes du premier Thor), ils sont aussi les auteurs de quelques choix discutables. Ainsi, les frères Russo n’ont guère apporté leur patte sur Captain America : Le Soldat de l’Hiver, le départ d’Edgar Wright des commandes d’Ant-Man suffit largement à étayer un certain sentiment de malaise. Kevin Feige et les siens semblent de plus en plus à la recherche de "yes men" pas très regardants sur les très nombreuses demandes de la production et cela enrage plus d’un suiveur. Le nom de James Gunn, choisi pour développer un univers inconnu du grand public et mettre en scène l’un des projets les plus "casse-gueule" de l’histoire des studios, avait donc de quoi interpeller, d’autant que le cinéaste n’avait jamais pris part à une production de cette ampleur. Le verdict est pourtant sans appel : James Gunn a fait son entrée en fanfare dans l’univers des gros budgets et risque bien de ne plus en sortir. C’est du moins tout ce que l’on souhaite à un cinéaste qui a réussi à apposer sa griffe là où on attendait beaucoup de lui : humour décapant, caractérisation impeccable des personnages et folie créatrice au niveau de la mise en scène, le succès est pour ainsi dire total.

2° NOUVELLES STARS DE L’ÉCURIE :

Avec Tony Stark, aka Iron Man, comme seul personnage réellement attrayant au niveau de l’humour, la Marvel commençait à souffrir d’un petit déficit d’image entre le trop patriote et lisse Captain America et le très premier degré Thor. Si le Hulk de Joss Whedon dans The Avengers laissait entrevoir une sorte de renouveau, il aura fallu attendre James Gunn et ses Gardiens de la Galaxie pour réellement voir l’univers Marvel prendre une bouffée d’air frais.

Et, à ce titre, le travail de scénarisation de James Gunn et Nicole Perlman s’est avéré salvateur, le duo parvenant à mettre rapidement en place le vécu et la personnalité des différents personnages de la troupe. Outre un Peter Quill introduit d’emblée et qui n’est pas sans rappeler le Harrison Ford des années 70/80 avec de multiples clins d’œil à Indiana Jones et Han Solo, la première partie du métrage fait ainsi la part belle aux différents intervenants ainsi qu’à un esprit d’équipe naissant. Là où les Avengers avaient déjà eu une belle genèse sans pouvoir se supporter pour autant, la symbiose développée par James Gunn se met en place petit à petit, suintant l’humanité et l’amour. Et pourtant, d’humain, il n’est guère vraiment question dans cet assemblage de personnages étranges : la mystérieuse (et à la base méchante) Gamora en est la preuve incarnée tandis que l’hilarant Rocket assure le show à lui seul. Ajoutons à cela Groot, cet arbre au comportement limité mais développant une impressionnante empathie, et Drax le Destructeur, géant un brin béta pour qui haine et amour ne font qu’un et la troupe revêt des allures de grand cirque. C’est d’ailleurs là-dessus que table James Gunn pour la suite de son récit...

3° PREMIER ET SECOND DEGRÉS ENFIN RÉUNIS :

La force des Gardiens de la Galaxie réside en effet dans son caractère bancal : la Marvel désire bien entendu une oeuvre qui cadre bien avec son catalogue, mais le développement des divers personnages ne peut, lui, que faire virer le tout à la comédie loufoque. C’est donc dans ces eaux troubles que James Gunn prend le parti de naviguer et il le fait avec brio. Le cinéaste respecte ainsi le côté actioner et space opera nécessaire à l’élaboration d’un univers qui prendra de l’importance dans la Phase 3 du cinematic universe Marvel tout en assénant à volonté des traits d’humour propres à son cinéma. Mélangeant à l’envi premier et second degré, le scénario s’appuie sur la solidité de la caractérisation des personnage pour apporter énormément de légèreté à l’ensemble. Là où les aventures de Captain America peuvent carrément sembler ennuyeuses du fait d’un patriotisme exacerbé, là où Iron Man ne brille que par les bons mots de Tony Stark et où Thor vire à l’heroic fantasy très classique, Les Gardiens de la Galaxie parvient à allier humour et action débridée. Entre les répliques récurrentes de Groot, les bons mots de Rocket et Quill et le comique de situation bien souvent engendré par la loufoquerie des héros, l’harmonie paraît totale.

4° LE SPECTACLE À LA MARVEL :

James Gunn a donc influencé la réussite globale du film, mais le metteur en scène bluffe sans doute encore plus au moment de s’attaquer au côté hors norme de la chose : le spectacle à la Marvel. Véritable marque de fabrique des studios, les scènes d’action épique et grandiose font ici leur apparition dès l’entame avec quelques scènes de poursuite virevoltantes. James Gunn ne parvient certes jamais à égaler le génie de Joss Whedon et de son incroyable final de The Avengers, mais il tutoie néanmoins les sommets en rendant sa mise en scène particulièrement dynamique. Très peu de plans fixes, une envie de pousser sa caméra aux fesses des vaisseaux poursuivis et une volonté de passer par les plus petits trous de l’univers offrent aux spectateurs une expérience intense. La 3D, ajoutée en post-production, fait aussi son petit effet et s’avère être très efficace. James Gunn, qui n’avait jusque là jamais utilisé la plupart des techniques présentes dans Les Gardiens de la Galaxie, jongle avec une facilité impressionnante et entre alors pleinement dans le carcan Marvel. Humour et spectacle faisant bon ménage, sa mission est donc réussie.

5° UN CINÉMA DE RÉFÉRENCES :

Dire de James Gunn qu’il est un passionné de cinéma est un doux euphémisme. S’il l’avait déjà prouvé avec ses précédentes réussites (Horribilis et Super, deux oeuvres aux références multiples), sa passion prend ici tout son sens à très grande échelle. Enfant des années Amblin, Gunn offre aux spectateurs un véritable focus sur ce qui se faisait de mieux à l’époque. Forcément bercé par le cinéma de Steven Spielberg, le cinéaste rend hommage au Maître à de multiples reprises, jusque dans l’emploi d’un baladeur cassette, omniprésent tant à l’écran qu’au sein de l’intrigue elle-même. La bande originale remplit d’ailleurs son rôle à merveille et remet notamment au goût du jour le tube Hooked on a feeling, oublié de tous jusqu’à l’émergence de la fabuleuse première bande-annonce voici quelques mois. Ce morceau apporte de la nostalgie mais aussi une indéniable légèreté au propos. Les références à Star Wars (surtout la première trilogie) sont quant à elles légion et James Gunn se permet même d’évoquer le Star Crash de Luigi Cozzi, moins connu du grand public, lors d’une spectaculaire scène d’évasion. Gunn parachève son oeuvre en procédant à de multiples caméos : Stan Lee est bien sûr de la partie en charmante compagnie, Sean Gunn, le frère de James, cumule aussi quelques secondes à l’écran, tandis que Rob Zombie lui-même assure la voix du vaisseau spatial des Ravageurs. L’apparition la plus marquante pour les férus du genre demeure néanmoins celle de Lloyd Kaufman, patron de la Troma et premier producteur à avoir donné sa chance à James Gunn, qui, pour l’occasion, campe un prisonnier visiblement très énervé.

Reste à ajouter que, sur la demande de Marvel, James Gunn introduit l’un des personnages les plus barrés de la mythologie de la Maison des Idées lors d’une scène post-générique très courte mais prometteuse. Autant dire que le cinéaste est parvenu à remplir son contrat de très belle manière et vient de révolutionner l’univers Marvel. Les esprits chagrins qui pensaient que l’essor des studios s’essoufflerait d’ici quelques années peuvent remettre leur jugement en question : Les Gardiens de la Galaxie est la bouffée d’air frais qui faisait défaut au cinematic universe. James Gunn est le détonateur d’une galaxie qui sera de plus en plus folle dans les années à venir et s’installe comme l’un des probables commandeurs de la Marvel. Que demander de plus ?

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage