Critique de film

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Les Griffes de la nuit

"A Nightmare on Elm street"
affiche du film

Le retour de Freddy Krueger, le célèbre croque-mitaine capable de tuer les gens en hantant leurs cauchemars

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Trailer - Les griffes de la nuit (2010)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les Griffes de la nuit - Les griffes de l’ennui
Par : Geoffrey Marmonier

Vu que ses petits camarades Michael et Jason étaient déjà passés par la moulinette du remake, il était évident que le plus charismatique des psychokillers ne tarderait pas à faire les frais de la politique de la terre brûlée d’Hollywood. Seul obstacle, de taille, le personnage de Freddy Krueger était considéré comme indissociable de son interprète, le génial Robert Englund. Mais impossible n’est pas Hollywood, et il a suffit que Michael Bay décide de s’en mêler, via sa société de production Platinum Dunes, pour que le projet se voit lancé… Ni une ni deux, la production « propose » le film à un jeune réalisateur (comme pour la plupart des remakes), le clippeur Samuel Bayer, plutôt récalcitrant à première vue, mais rapidement convaincu. Le rôle de Freddy est confié au très bon Jackie Earle Haley, choix plutôt pertinent et approuvé par les fans (on rappellera que Haley arrive quasiment à lui seul à sauver le Watchmen de Snyder de l’ennui intégral), et à la vue des premières images et bandes annonces, le film semble sur de bons rails (mis à part un nouveau maquillage de Freddy faisant un peu polémique). C’est donc relativement confiant (après tout Platinum Dunes est derrière le très correct remake de Massacre à la Tronçonneuse) que le spectateur vient s’installer confortablement dans la salle de ciné. Manque de bol, cette nouvelle mouture des Griffes de la Nuit est peut-être l’un des pires remakes récents, à ranger aux côtés de ratages tels que Fog ou Hitcher.

Pourtant, le film reprend fidèlement l’histoire et la plupart des événements du classique de Wes Craven, Jackie Earle Haley donne de sa personne pour effrayer l’audience, mais non, rien n’y fait, le film ne fonctionne jamais, et ce pour de multiples raisons. Premier problème, le réalisateur Samuel Bayer ne fait preuve d’absolument aucune implication et se contente de mettre en image platement un scenario replaçant régulièrement les scènes mythiques de l’original (la scène de la baignoire, la mort de Tina, etc). On ne pourra pas reprocher à l’équipe un manque de fidélité à l’œuvre d’origine, mais malheureusement, ces scènes souffrent de la comparaison et n’ont que peu d’impact à l’écran, vu la platitude de la réalisation. Autre problème, les quelques entorses faites à l’histoire du film de 1984 sont plutôt malheureuses et cassent la cohérence du récit. Par exemple, on a beaucoup de mal à croire que quelques parents aient pu brûler vif et faire disparaitre un homme sans que personne ne s’en aperçoive ou ne se pose de questions (alors que dans le film original, cet aspect était justifié par le fait que le père de Nancy, shérif de son état, avait étouffé l’affaire). De même, difficile de rendre crédible l’idée que le jardinier de l’école maternelle vive dans une cave crasseuse au sein même de ladite école… L’idée de faire de Freddy une possible victime innocente de la psychose moderne du pédophile était plutôt judicieuse, mais cette piste est lâchement abandonnée en fin de film lorsqu’il est révélé de façon balourde que oui, c’était bien un vilain pédophile et que donc il méritait de mourir ainsi.

Autre gros défaut, Bayer n’arrive jamais à rendre ses personnages intéressants. Les jeunes ados ont tous l’air de vaguement se connaitre, mais semblent se contrefoutre du sort de leurs camarades, et on ne ressent jamais aucune cohésion dans le groupe. La faute aussi à des acteurs plutôt mauvais, notamment Rooney Mara, dans le rôle de Nancy, qui passe le film avec l’air d’avoir fumé un pétard (mais on nous dit que c’est pour avoir l’air insomniaque). On est très loin de la présence de la jolie Heather Langenkamp, ou du charisme d’un jeune Johnny Depp. Seule Katie Cassidy donne un peu d’intensité à son jeu, mais son personnage est sacrifié au bout d’une demi-heure de film. Quant à Jackie Earle Haley, il a beau se démener avec son accent trainant pour rendre Freddy effrayant, il ne parvient jamais à faire oublier Robert Englund. Il n’est il est vrai pas aidé par un maquillage certes plus réaliste que l’original, mais pas franchement effrayant (il ressemble à un crapaud) et beaucoup trop exposé à l’écran (on rappellera que la plupart du temps, Wes Craven gardait le visage de son boogeyman dans l’ombre). Le Freddy 2010 est juste un gros bouseux sans charisme, balançant de plates répliques sans aucune conviction.

Conséquence, on s’ennuie ferme devant ce film d’une platitude hallucinante, d’autant que Bayer ne parvient jamais ni à rendre son boogeyman effrayant, ni à faire pénétrer le spectateur dans le monde du rêve. Parce que c’est bien beau de reprendre les célèbres décors de la chaufferie ou de l’école, mais encore faut-il réussir à mettre le spectateur mal à l’aise avec une « inquiétante étrangeté ». Là on a juste l’impression que les personnages sont téléportés dans un autre lieu, pas qu’ils sont en train de rêver… Et l’idée pourtant assez ingénieuse des micros sommeils est très mal exploitée à l’écran. Les deux seules scènes à peu près réussies de ce point de vue sont la scène d’ouverture dans le resto crasseux, avec les morceaux de porc dépecés dans la cuisine, et celle où le couloir dans lequel fuit Nancy se transforme soudainement en mare de sang. C’est bien peu et on en vient presque à regretter les débordements fantaisistes des opus 4 et 5 de la saga d’origine.

En clair, cette nouvelle mouture de Freddy est un ratage quasi intégral, une œuvre sans âme et sans intelligence produite par une équipe sous motivée. Une honte ne faisant pas honneur à l’original, mais qui malheureusement a déjà engrangé suffisamment d’argent pour qu’une suite soit produite. Au moins ils ne pourront (a priori) pas faire pire…


Critique de Freddy, les griffes de la nuit - Va te faire foutre Freddy !
Par : Samuel Tubez

Après Leatherface, Michael Myers et Jason Voorhees, c’est donc au tour d’une autre grande figure du cinéma d’épouvante d’avoir droit aujourd’hui à son remake, à savoir notre ami aux griffes d’aciers : Freddy Krueger. Produit par Michael Bay via sa boîte à remake Platinum Dunes (responsable du pas mal Massacre à la tronçonneuse et du tout pourri Vendredi 13), Freddy, les griffes de la nuit nous annonce par le bais de son affiche que le cauchemar recommence…ils n’ont pas tout à fait tort !

Comme dans le film original de Wes Craven (qui n’est aucunement impliqué dans ce remake), les ados d’Elm Street font chaque nuit le même cauchemar où un homme vêtu d’un pull rouge et vert les agresse à l’aide de son gant pourvu de griffes acérées. Plusieurs années auparavant, Freddy Krueger fut brûlé vif par des parents qui voulaient venger et protéger leurs enfants des actes pédophiles auxquels ce dernier s’adonnait. Aujourd’hui, le croquemitaine veut se venger et il tue désormais les kids dans leurs rêves, où il est désormais immortel.

Voilà le contenu ultra léger de cette relecture qui ne prend absolument aucun risque et copie avec une platitude rarement atteinte les principales scènes du film original. Filmés n’importe comment (la scène du corps traîné au plafond de la chambre, pourtant tétanisante dans le premier, est ici tout sauf impressionnante) et dans le désordre, on assiste à une suite de cauchemars tous plus mous les uns que les autres (seul le plan final sort du lot,…mais c’est un peu tard !) ainsi qu’à un alignement de jump scares foireux. Pire, Freddy Krueger ne suscite aucun effroi et provoquera même l’indignation des fans puisque le tueur d’Elm Street est en fait ici le jardinier de l’école ! Cela ne vous évoque rien ? La parodie des Simpson (épisode spécial Halloween) où Willy le jardinier joue des griffes ? Vous y êtes : en lieu et place d’un abominable meurtrier pédophile, ils ont osé nous refourguer un guignol qui fait des oreilles de lapin sur les photos (véridique, observez bien !). C’est franchement la honte, et on se demande vraiment ce qu’un comédien aussi talentueux que Jackie Earle Haley (Little children, Watchmen) est allé faire dans cette galère ! Une chose est sûre : Robert Englund ne sera pas détrôné et restera à tout jamais le seul vrai Freddy Krueger à nos yeux et l’on en vient même à regretter ses innombrables pitreries dans les suites vues dans les années 80-90, pourtant fort décriées à l’époque.

Avec ses comédiens aussi expressifs que des endives (normal pour un navet de cette envergure), ses dialogues nullissimes et ses scènes de cauchemars recopiées sans originalité ni ampleur, Freddy, les griffes de la nuit ne provoque qu’indignation et ennui auprès des amateurs de frissons, connaisseurs ou non de la franchise. Un seul conseil : se (re)plonger dans le film original datant de 1984, qui a certes un peu vieilli mais qui demeure pourtant une œuvre aussi terrifiante que surprenante, elle.


Critique de Freddy, les griffes de la nuit - « Boo ! T’as eu peur ? Comment ça non ??? »
Par : Fred Pizzoferrato

La vague hollywoodienne des remakes souffle depuis les années 2003-2004 et la plupart des titres phares des seventies (Massacre à la tronçonneuse, Zombie, La colline a des yeux, Amityville,…) ou des eighties (Vendredi 13) ont déjà eu droit à leur relecture contemporaine. Etonnamment, Freddy Krueger, sans doute l’icône la plus emblématique du cinéma horrifique des années ’80, avait jusqu’ici échappé à cette folie alors que des titres plus mineurs (Sorority house, Prom night, My bloody valentine) se voyaient ré-imaginés avec plus ou moins de bonheur.

L’annonce de cette nouvelle version suscita donc un sentiment mitigé chez les fans de la première heure, frustré de cauchemars sanguinolents depuis la dernière apparition du monstre griffu dans l’amusant cross-over Freddy vs Jason.
Le retour aux fondamentaux du personnage (à l’origine tueur d’enfant impitoyable puis clown macabre plus occupé à placer un bon mot qu’à trucider du teenager) laissait espérer un remake intéressant. Hélas, ce n’est guère le cas. Œuvre novatrice et sans doute plus belle réussite de Wes Craven, Les griffes de la nuit généra en son temps une foultitude de séquelles d’intérêt variables qui finirent peu à peu par vider Freddy de sa dangerosité. Un retour à un tueur sérieux et menaçant semblait une excellente idée mais, malheureusement, cette version 2010 se contente de reprendre servilement la trame narrative de l’original.

Confié à Samuel Bayer, jusque là connu uniquement pour des clips de Nirvana, Green Day et quelques autres, Freddy - Les griffes de la nuit est donc une déception mais le résultat se révèle toutefois moins catastrophiques que les premiers échos le laissaient présager.

L’intrigue de Freddy - Les griffes de la nuit reprend grosso modo celle du classique de Wes Craven en transformant simplement, sans doute par souci de modernisme, le tueur d’enfants Freddy Krueger en un pédophile. Cette variation aurait pu amener l’une ou l’autre audace mais le sujet ne sera qu’évoqué par Simon Bayer et sa clique. Le scénario suggère également l’innocence de Krueger, lequel serait victime d’enfants menteurs…une piste intéressante mais rapidement abandonnée lorsque la culpabilité du croquemitaine est établie, juste avant sa mise à mort expiatoire.

Krueger est donc en apparence un gentil bonhomme un peu simplet qui aime les enfants de la rue Elm. Malheureusement il les aime un peu trop et ceux-ci commencent à se plaindre d’attouchements. Les parents prennent alors la situation en main et, pour éviter à leur progéniture le traumatisme d’une déposition au tribunal, coincent le pédophile et le brulent vivant. Quinze ans plus tard, Kruger revient hanter les rêves de ses anciennes victimes, lesquelles ont tout oublié de leur passé.

Jackie Earle Haley, nominé à l’Oscar pour son rôle dans Little children et remarqué des amateurs par ses prestations dans Watchmen et Shutter island, a la lourde tâche de succéder à Robert Englund sous le masque, d’ailleurs remodelé et adouci, de Freddy. Sans démériter, l’acteur se contente souvent d’apparitions menaçantes et de sentences prononcées d’une voix très grave. Jackie Earle Haley se montre cependant plus convaincants que ses victimes, interprétées par de jeunes acteurs comme Kyle Gallner (Red, Jennifer’s body), Katie Cassidy (Terreur sur la ligne, le remake évidemment !) ou Rooeny Mara (prochainement dans le – hum – remake de Millenium). Un casting faiblard mais difficile de blâmer les acteurs, sans doute peu concernés par leurs personnages très pauvrement écrits et développés. Notons cependant une actualisation du comportement de nos teenagers, lesquels deviennent des paumés égoïstes, jeunes, beaux et riches mais pas vraiment heureux. Ils se droguent aux médicaments, tiennent leur blog vidéo sur Internet et roulent dans de grosses bagnoles. Freddy, incarnation de leur traumatisme refoulé, revient finalement les rappeler à la réalité de l’existence et à la nécessité de se serrer les coudes même si veiller sur autrui ne semble pas vraiment dans leurs habitudes. Interchangeables, les adolescents de Freddy - Les griffes de la nuit, sont simplement de la chair à pâté, dénués de toute caractérisation et de la moindre épaisseur. Les rares idées novatrices non reprises de l’original (les micro sommeils, la survivance du cerveau 7 minutes après la mort, les témoignages sur Internet d’autres victimes de Krueger) seront, elles, à peine exploitées. Frustrant.

Au niveau frisson Samuel Bayer se contente d’aligner les scènes « boo ! » destinées à faire sursauter les adolescents. Sa technique, basique et immuable, consiste à jouer sur un brusque choc sonore, une variation de l’éclairage et une apparition surprenante de notre croquemitaine préféré. Sauf que ce procédé éculé trouve vite ses limites et perd rapidement tout intérêt.
La confusion entre la réalité et le rêve, une des grandes forces de l’original et même de la plupart des séquelles, disparaît ici complètement tant il est toujours aisé, en dépit des déclarations des protagonistes (« je ne peux plus distinguer le rêve de la réalité ») de déterminer si nous sommes dans le réel ou l’univers onirique de Freddy. Peu soucieux de créer le moindre suspense ou de bâtir une atmosphère, Samuel Bayer se repose donc sur une mise en scène tape à l’œil ponctuée d’effets sonores assourdissants.
Excepté les séquences de flashbacks décrivant l’origine de Freddy, plutôt réussies et bien pensées, le métrage s’avère très plat et manque cruellement de mordant. Les séquences de cauchemars, très réussies dans l’original et parfois superbes même dans les séquelles les plus faibles (les épisodes 4 et 5 en comptaient de très efficaces en dépit de la faiblesse des films), sont ici dépourvue d’imagination et sans grand intérêt. Répétitives, ces scènes traduisent en outre la faiblesse la plus dommageable à ce Freddy - Les griffes de la nuit : le film n’est jamais effrayant et, voulu sérieux, il n’est jamais amusant non plus. Se reposant complètement sur des « jump scare » éculés plutôt que sur une atmosphère d’angoisse, Simon Bayer rate le coche, en particulier lors des passages directement décalqués de l’original mais cette fois recréés avec des effets numériques modernes paradoxalement bien moins menaçants que les trucages amoureusement bricolés voici 25 ans.

Regardable d’un œil distrait par les plus indulgents (et surtout par un grand public peu familier de l’horreur ne connaissant pas le chef d’œuvre de Wes Craven), ce Freddy - Les griffes de la nuit s’inscrit malheureusement parmi les trop nombreux remakes ratés de ces dernières années. Revoyons plutôt Les griffes de la nuit (le vrai !), Freddy 3 Les griffes du cauchemar ou Freddy sort de la nuit plutôt que cette relecture qui apparaît comme une des plus faibles, sinon la plus faible, de toute la saga !


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