Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2018 - The Cured

Trou de la sécurité sociale

Les invasions de zombies, on connaît. On sait tout ce qui se passe pendant, on sait énormément de choses sur l’avant mais très peu sur l’après. Que se passe-t-il une fois que l’invasion est maîtrisée et que les zomblards sont guéris ? C’est ce que va s’atteler à démontrer David Freyne avec son premier film, bien aidé par Ellen Paige productrice et actrice principale de la chose. Bien entendu, tout ceci ne vaut que pour les zombies de type infectés, les morts-vivants ne peuvent être soignés vu qu’ils sont, comme leur nom l’indique : morts.

Un postulat de base intéressant et finalement peu traité au cinéma. Comment une société détruite et réduite en cendres peut se relever et réintégrer les responsables de cette mise à sac ? Une question qui turlupine beaucoup d’amateurs du genre à laquelle The Cured ("Le Guéri" en français) va tenter de répondre avec plus ou moins de réussite. La trame sociale qui est forcément au premier plan s’avère, pour sa part, plutôt réussie. Les divers questionnements posés par ces guéris sont bien abordés, les solutions mises en places crédibles, on imagine très bien un gouvernement prendre ce type de décisions. Les anciens infectés sont réintégrés mais étroitement surveillés par les autorités, hébergés, soignés et nourris dans des centres qui leur sont réservés. La réaction de la population est mitigée, certains sont pour, d’autres farouchement hostiles. Une situation qui résonne puissamment avec une certaine actualité contemporaine. La métaphore des guéris est claire, nette et précise. On renoue avec la frange la plus sociale du zombie flick. Sur ce point-là, le grand George n’est jamais très loin.

Les personnages sont également romeriens, leurs interactions, toujours portées par une vraie réalité politico-sociale semblent sorties des derniers « ... of the Dead ». Bien que classique et pas forcément novatrice, l’intrigue, dans ses deux premiers actes, est solide même si son dernier tiers manque de finesse. Le vrai souci du film tient dans son esthétique globale très typée dtv et la platitude de sa mise en scène. Freyne s’inspire clairement de 28 Jours plus tard de Danny Boyle sans jamais s’approcher de la maîtrise de celui-ci. Boyle expérimentait avec sa mini dv, Freyne compose des séquences molles, illustratives, sans aucune prise de risque visuelle. Dès lors, les quelques bonnes idées du script ne sont guère mises en valeur. On ne ressent pas le chaos dans lequel est plongé le monde, la guérison a certes empêché les humains de s’entre-tuer mais les plaies sont encore très profondes. Criminalisés, placardisés, ostracisés, ces nouveaux humains sont considérés comme inférieurs par leurs pairs.

La vraie bonne idée de The Cured se situe ailleurs que dans le genre, elle repose dans l’analyse (rapide malheureusement) d’une société en crise, délivrée des démons qui la menaçaient et en proie à ses propres démons. L’équilibre est fragile et le chaos ne va pas tarder à frapper d’un côté comme de l’autre. Une situation explosive traitée de façon beaucoup trop timorée par une mise en scène par trop neutre. Intrigue balisée, mise en scène plate, il reste un casting qui tient la route et permet au film de rester sur les bons rails. Ellen Page excelle dans un rôle neuf mais qui lui sied finalement pas mal de jeune mère de famille. Elle apporte une bonne dose d’humanité à son personnage qui, malgré de bonnes intentions, sera amené à se remettre en question. Elle symbolise à elle seule les tourments tout entiers d’un monde encore malade.

The Cured est un film d’horreur dans l’air du temps qui joue sur les très actuelles peurs de l’autre, du terrorisme et de l’invasion mais qui échoue par sa platitude globale et son absence absolue de de prise de risque tant narratives que visuelle. Les composantes dramatiques et politiques peuvent séduire grâce au pillage en règle de l’héritage de George Romero mais le film manque clairement de cinéma ? Ce qui, pour un film de cinéma, est tout de même fort dommageable. The Cured apporte au moins la preuve que l’immense George Romero, même s’il nous a quitté, continue de vivre et se porte bien.

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