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INSTANT CRITIQUE - Await Further Instructions

31 janvier 2019 | Par : Damien Taymans

Vidéodrome

Les Milgram s’apprêtent à fêter Noël. Avec son lot de cérémonials et de tensions d’autant que le gamin de la famille vient de se pointer après une longue absence et qu’il revient entiché de sa petite amie dont le teint ne revient pas à l’ensemble de la maisonnée. Mais l’immixtion de cette étrangère n’est que le cadet des soucis des Milgram. Comme dans la pire des télé-réalités, ils se rendent compte qu’ils sont contraints de cohabiter un certain temps dans la maison étant donné que toutes les issues en ont été hermétiquement condamnées. Pire, le poste de télévision les prie de rester cloîtrés et d’attendre les instructions...

Dix ans après The Disappeared, le Britannique Johnny Kevorkian s’offre, pour son deuxième long-métrage, une plongée dans l’horreur pure à partir d’un concept en béton armé. En confinant ses personnages aux quatre murs de ce pavillon de banlieue, le récit alimente dans un premier temps un excitant trombinoscope : comment pourraient coexister un militaire vétéran des plus obtus (campé par David Bradley, le Argus Filch de la saga Harry Potter et habitué des créations d’Edgar Wright), un paternel coincé du derche et à la limite du complexe d’infériorité, une mère soumise, un beauf qui vient de se faire greffer des testicules, une sœur hystérique et ultra-limitée, un fils prodigue et sa nana basanée ? Très tôt, les coups bas fusent et l’on assiste à ces assassinats sans couteaux jusqu’à ce que se manifestent les instructions inscrites sur le poste de télévision.

Dès lors, Await Further Instructions tisse sa toile, prenant du même coup dans son piège les spectateurs et les persos hagards et égarés qui essaient tant bien que mal de se rassembler en une seule et même équipe, une même communauté pour lutter contre cette menace constante. Pourtant, cette tentative relationnelle éclate au premier contre-ordre seriné par le sacro-saint téléviseur, lequel va dicter sa loi tout au long du métrage. Étonnamment, le film qui semble s’enliser de plus en plus au fil des minutes dans une incessante répétition narrative trouve un second souffle dans son dernier tiers, flirtant tour à tour avec les univers de Cronenberg et de Spielberg pour caresser in fine le concept des Black Mirror.

La conclusion cynique de l’œuvre atteste du prodigieux tour joué par le scénariste Gavin Williams : restreindre le récit jusqu’à l’étouffement et asséner un dernier coup en bout de course pour délivrer une sorte de parabole dictée par une nouvelle divinité.

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