Interviews

Interview Arnaud Malherbe

10 novembre 2008 | Par : Gore Sliclez

Interview avec le Grand Prix du Festival de Gérardmer 2008

Classique, peux-tu nous raconter ton parcours jusqu’ici ?

Je vous fais grâce de l’enfance à la campagne (normande), de l’adolescence à la campagne et des premiers pas dans l’âge adulte à Paris (comme journaliste à l’Express) pour répondre ceci : j’ai toujours lu, vu et entendu des histoires. C’était pour moi un besoin vital de me nourrir de fiction, dans tous ses états, de tous les genres. C’est naturellement devenu un besoin vital d’en raconter moi-même. Sans vouloir faire de grandes phrases, je crois que les histoires organisent un peu le chaos du monde, qu’elle donne du sens, qu’elles concentrent en un seul lieu (le récit), toutes les passions, les folies, les rêves et les fantasmes. En un sens, les histoires sont plus grandes que la vie. Comment ne pas alors y consacrer la sienne, de vie ? Et cela sans distinction de médium. Cinéma, télévision, bande dessinée. En attendant autre chose : la danse de Saint Gui, pourquoi pas ?!

Comment passe-t-on de journaliste de la presse écrite à scénariste et réalisateur pour le cinéma et la télévision ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas de pont direct. Ca n’est pas facile. Il faut le vouloir et se battre. J’étais – je le pense maintenant – arrivé au journalisme sur un léger malentendu. Je croyais qu’on pouvait y raconter des histoires singulières et fortes. Je me suis rendu compte – dans mon cas, et à mon poste, je ne généralise pas – que la majorité de mon temps était consacré à pondre des pseudo-tendances, des dossiers plus ou moins « dans l’air du temps », « sociologiques ». C’était con et ça me gonflait. Je suis donc parti pour cesser d’écrire des pseudo-vérités et, être, enfin habilité à mentir officiellement, et joyeusement avec la fiction. Je suis convaincu que je suis maintenant, avec la fiction, beaucoup plus proche du Réel.

Ton court métrage « Dans leur peau » a connu un beau succès et reçu le Grand Prix du Festival de Gérardmer en 2008. Est-ce cela qui t’a encouragé à te lancer dans le long métrage ou pas ?

Il a fait bien plus que m’encourager. Ce court métrage était une fin en soi mais aussi un moyen. Un moyen d’apprendre, le scénario, la mise en scène, et en faire ma « carte de visite ». Il m’a notamment ouvert les portes d’une grande maison de production pour laquelle je commence à écrire un long-métrage.

Comment était ta collaboration avec Fred Testot (« Omar et Fred ») ?

Au poil. Je suis désolé de vous livrer une banalité qui risque de passer pour de la flagornerie. Fred est un mec super, et, attention, ça va devenir un très grand acteur. Il a beaucoup apporté au film. Il EST le film d’une certaine manière. Comme on ne change pas une équipe… qui s’aime, Fred fait partie de l’aventure du projet de long métrage, cité ci-dessus. On pourra peut être en dire plus dans les mois à venir…

Pourquoi es-tu passé à la réalisation ?

C’était une évidence absolue, au même titre que d’écrire moi-même les scénarios. Pour moi un film est un tout. Une aventure globale qui commence avec une idée dans son bain et finit devant une foule de cinéma en délire à Cannes… ou juste, le plus souvent, devant trois copain dans un canapé-télé. Peu importe. On fait un film. A part, peut-être faire un enfant, je sais pas si y’a un truc plus beau.

Où en est ton polar Belleville story ?

Je suis en train d’écrire une deuxième version ces jours ci, et si tout va bien, je vais le tourner fin janvier/début février pour Arte. On attend encore quelques feux verts, mais tout le monde - la prod et la chaine - est confiant. Je fais le mec calme, tranquille, mais en vrai je suis hyper excité. Ca sera mon premier long télé comme réal (je suis aussi scénariste dessus). C’est un polar nocturne qui, donc, se déroule sur une nuit, à Belleville, dans le milieu des sans papiers. C’est fiévreux et sanglant. J’ai hâte d’y être. Diffusion possible vers la fin 2009.

Tu t’es lancé dans la réalisation d’un thriller intitulé « Le livre des sorcières ». Tu peux nous en parler un peu plus et nous dire où il en est ?

C’est un projet pour la case « Teen movie » de Sombrero production (Mutants, Ferrata, etc), mais il est un peu en stand by en ce moment. J’ai trop de projets et pas assez de temps ! C’est frustrant, j’aimerais beaucoup retravailler dessus, mais c’est ainsi. Non, on ne peut pas tout faire en même temps !

Quelles sont tes influences cinématographiques ?

J’en ai mille. Pour faire vite, j’aime le cinéma direct, qui décape, qui frappe plus volontiers au ventre ou au cœur qu’au cortex. Où plutôt : qui dit les choses, sans en avoir l’air, en passant par le « genre » par exemple. Je hais, notamment, le tout petit cinéma Français bavard de la Rive Gauche, tous ces enfants bâtards de la Nouvelle vague. Ce que j’aime, donc ? Un certain cinéma d’Amérique du nord, je dirais. Je pourrais parler des réals du Nouvel Hollywood des années 70 (tous ou presque), ou des génies des années 90 (Anderson, Spike Jones, Gondry, les scénarios de Charlie Kauffman, etc), mais, tiens, je ne citerais qu’un film. Mon dernier grand choc. Un film total, imparable, existentiel, politique au sens noble du terme. Un immense « film de genre » : « Les Fils de l’homme », de Alfonso Cuaron. Que dire après ça ?

Un projet ambitieux dans le futur ?

Disons que je mets beaucoup d’espoir dans mon projet cité plus haut (avec Fred) ; il s’agit d’une sorte de comédie dramatique et d’anticipation un peu bizarre. Je ne veux pas en dire plus pour le moment. J’ai, sinon, un grand projet fantasme. Le scénario est déjà écrit. Ca s’appelle « Le buveur de vent ». Il s’agit d’un film d’aventure dans les Pyrénées ; l’épopée d’un Hussard de Napoléon qui déserte pendant la campagne d’Espagne (1812), pour sauver la vie d’un cheval… C’est compliqué. Ça n’est pas un premier film. Mais un jour, je le sais, je ferai ce film…

Commentaires

chapeau monsieur malherbe, je suis tombé par hasard sur ce site et lu votre interview ! Je me sens proche de vos influences, suis moi meme un grand fan de "les fils de l homme" et, connaissant un peu les sublimes forets normandes, je suis sur que ce doit etre une inépuisable source d inspiration d’y retourner parfois...Meme si ca bouchonne a Pont Chartrain....

16 novembre 2008 | Par Albertin Martino

Bravo M. Malherbe, vous nous gratifiez d’une belle leçon de cinéma, sincère et intelligente. Bon vent pour vos projets.

11 novembre 2008 | Par Félix

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