Interviews

Interview de Fabrice Blin (réalisateur de Monsieur Méchant)

26 octobre 2008 | Par : Damien Taymans

Noir c’est noir

Depuis son précédent Lobotoman, court qui mettait en lumière et en animation un croisement entre Superman et un crétin primaire, on attendait impatiemment le retour du réal sur un projet de fiction davantage réaliste. Torsion effectuée par Fabrice qui signe avec Monsieur Méchant un court vachement court mais hautement maîtrisé capable de rivaliser avec les historiettes du regretté Perrault...
Un conte d’une noirceur imbattable à la moralisation ni flagorneuse ni démagogique. Assez rare pour être souligné...

Comment est née l’idée de « Monsieur Méchant » ?

En fait, quand j’étais petit et que je ne voulais pas aller me coucher, ma mère me menaçait en me disant qu’un certain Monsieur Méchant allait venir me chercher. Elle ne se doutait pas que j’en ferais un film des années plus tard !.. Et puis surtout, je cherchais un sujet simple et pas cher (peu de comédiens, un seul lieu de tournage, etc.) pour mon premier court métrage en prises de vues réelles, puisque je viens de l’animation. Pour moi, MONSIEUR MECHANT était une sorte de test, un exercice de style pour me prouver que j’étais capable de passer au « live » dans mon domaine de prédilection : le fantastique.

Ce n’est pas ta première incursion dans le domaine fantastique. Amoureux du cinéma de genre ?

Fou amoureux, oui ! D’autant que, pour l’anecdote, je suis né un vendredi 13 (c’est vrai, en plus !). Dans ces conditions, comment faire autrement que d’être attiré par le fantastique, le merveilleux ou l’horreur ? J’ai aussi été élevé à la S.F., au western, au thriller et au polar. Donc, fan de « genre » au sens large du terme, c’est clair. Mes « maîtres » dans le domaine sont nombreux : Steven Spielberg, Stanley Kubrick, John Carpenter, Ridley Scott, David Cronenberg, David Lynch, Brian de Palma, Sergio Leone, William Friedkin, etc. Et puis le travail de gens comme Tim Burton, Terry Gilliam, Joe Dante ou encore Caro et Jeunet, qui ont tous marqué à la fois le cinéma d’animation et le cinéma « live », a forcément beaucoup compté pour moi.

Quel était le budget du court ? Comment t’es-tu arrangé pour rassembler la somme ?

Difficile de répondre à cette question dans la mesure où le film a pu se monter essentiellement grâce à de l’apport en industrie (c’est-à-dire du prêt de matériel, de locaux, etc.) et à du bénévolat. J’ai eu la chance que la société CWL Production sorte une somme d’argent au départ pour la location du matériel de tournage, mais les comédiens et les techniciens ont travaillé gratos et je les remercie encore de tout cœur de m’avoir fait confiance ! Par la suite, la société Saya Film nous a aussi donné un gros coup de pouce pour la post-production image et son. Sans parler du compositeur de la musique qui a fait un travail incroyable. C’est le bon côté de ce métier qui, pour les courts métrages, fonctionne heureusement beaucoup aux paris sur les jeunes auteurs…

« Lobotoman » comme « Monsieur Méchant » détournent les codes établis de chacun des genres qu’ils touchent. Ne serais-tu pas un peu anar’ en matière de cinoche ?

Ça doit être mon côté Joe Dante… J’adore ce « Spielberg trash » qui a, depuis bien longtemps, assimilé tous les codes du genre pour les pervertir de l’intérieur dans la bonne humeur. Ses deux GREMLINS en sont de parfaits exemples… Par contre, je déteste les films qui jouent sur un soi-disant second degré et distribuent les vannes pourries aux moments clés, dans le seul et unique but d’attirer dans les salles un certain public « jeune », car ils causent du tort au genre en le méprisant ! Quitte à détourner un genre, je préfère la franche parodie, qui nécessite une véritable connaissance du sujet abordé et de ses codes. Car pour parodier un film, il faut l’aimer… D’ailleurs, si LOBOTOMAN détourne les films de super-héros, MONSIEUR MECHANT, lui, se veut plutôt « premier degré », même s’il se termine par un gag visuel (le genre de truc qui, à mon avis, n’est de toute façon acceptable que dans un court métrage).

As-tu, toi aussi, subi les manipulations croque-mitainesques de parents omnipotents ?

Oui, en quelque sorte. Déjà parce que, comme je te l’ai dit, le nom de Monsieur Méchant provient d’une anecdote réelle. Mais j’ai aussi été manipulé dans le bon sens du terme, puisque lorsque j’avais 5 ou 6 ans, mes parents m’ont emmené au cinéma voir le KING KONG de 1933 qui ressortait en copie neuve. À cet âge-là, on est hyper-réceptif et ce chef-d’œuvre absolu a été une véritable baffe pour le petit spectateur que j’étais à l’époque ! J’ai été à la fois effrayé et fasciné. C’est de là certainement qu’est née ma passion pour le fantastique et pour l’animation… En sortant de la salle, j’ai tout de suite voulu savoir « comment c’était fait » et quelques années plus tard, je commençais à bricoler des petits films en super-8 avec le cadeau d’anniversaire de mes 10 ans !

Monsieur Méchant venge les enfants des moralisations outrancières de certains adultes « modèles ». Un rêve de gosse ?

Oui, ou plutôt un rêve d’adulte qui est affligé par la façon dont on prend parfois les gosses pour des crétins ! Je suis un jeune papa et je sais donc parfaitement qu’on ne peut pas tout dire et tout montrer à un enfant. Par contre, je crois que les enfants savent très vite faire la part des choses, séparer le bien du mal, ce qui fait que le mensonge d’un adulte est très déstabilisant pour eux. Dans le film, Monsieur Méchant est, en quelque sorte, la matérialisation par la petite fille du mensonge du père. Et sans en dévoiler davantage, ce sont finalement les adultes qui sont punis… Finalement, MONSIEUR MECHANT reste une histoire morale, ce que j’assume parfaitement puisqu’il s’agit d’un conte et que tous les contes classiques possèdent une morale. Bon, c’est vrai qu’ici, le conte est plutôt noir et la punition radicale... Cela dit, quand on relit les contes moyenâgeux, on hallucine devant la violence dont ils font souvent preuve : les enfants sont tour à tour abandonnés dans les bois ou bien dévorés par des ogres ou des loups !

« Monsieur Méchant » comme « Lobotoman » a fait le tour de quelques festivals. Amusant de courir les festivals pour rencontrer son public ?

Oui, très amusant car après tout, si c’est vrai qu’on fait des films d’abord pour soi, le but est quand même qu’ils soient vus et partagés avec le public. Sinon, à quoi bon ? C’est aussi très enrichissant car il est intéressant de voir à quel point la perception d’un même film, d’une même histoire, peut varier d’une personne à l’autre. Pour MONSIEUR MECHANT, plusieurs spectateurs m’ont dit qu’il s’agissait d’une « bonne comédie noire » et d’autres m’ont avoué l’avoir trouvé très angoissant. Ça me plait... Mais je pense que l’essentiel, c’est de parvenir à créer un univers cohérent, surtout sur une durée aussi courte que 7 minutes…

« Monsieur Méchant » est ton troisième court, si je ne m’abuse. Pas envie de passer au long format ?

Méchamment envie, si ! J’ai, bien entendu, plusieurs projets de longs métrages sur le gril, dont j’espère bien pouvoir te parler dans un avenir très proche. À suivre, donc…

Trailer de Monsieur méchant :

MONSIEUR MECHANT / MISTER EVIL de Fabrice BLIN (teaser 1)

(Interview réalisée par Damien)

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