Interviews

Interview de Simon Rumley (The Living and the Dead)

4 novembre 2008 | Par : Damien Taymans

Aux confins de la folie

Tristement sous-estimé, The Living and the Dead est le véritable coup de cœur de la rédaction CinemaFantastique. Émouvant, angoissant et psychotique, le film mérite le détour. Grâce au distributeur Emylia, il est désormais possible de le voir chez nous. Pour mieux vous inciter à le faire et aborder cette œuvre dans les meilleures conditions voici l’interview de Simon Rumley, jeune réalisateur talentueux malheureusement peu prolifique.

Votre film est une immersion émouvante dans la schizophrénie et un témoignage vibrant. Avez-vous déjà été confronté à cette maladie ?

En réalité, le film ne traite pas de la schizophrénie même si les dossiers de presse et les annotations des pochettes de DVD le soulignaient. J’ai justement fait très attention de ne jamais mentionner ce dont James Souffrait dans le scénario et ce même lorsque je parlais du rôle de James avec Leo Bill. J’ai récemment vécu une expérience de la schizophrénie, c’est pourquoi je ne souhaite pas que les gens amalgament mon film à cette maladie puisque la manière d’agir de James ne ressemble à aucun type de schizophrénie que j’ai pu rencontrer.

Le personnage était davantage basé sur le frère de l’ami d’une petite amie qui partageait quelques Noël avec ma famille lorsque j’étais jeune. Encore aujourd’hui, je ne sais pas ce qui clochait chez lui mais il avait l’âge mental d’un garçon de 9 ans alors qu’il en avait 19. Vous pouvez donc avoir une conversation et interagir avec lui mais il revenait finalement toujours dans son propre monde, dans lequel personne n’était jamais invité. Pour le rôle de James, Leo et moi-même nous sommes rencontrés durant quelques jours dans un pub de Soho (Londres – ndlr) et avons parlé du personnage et, pour être vraiment honnête, j’ai ensuite laissé Leo façonner le personnage lui-même.

Leo Bill, justement, livre une prestation époustouflante dans le film. Comment l’avez-vous rencontré ?

Merci ! Je l’ai rencontré quelques jours et je l’ai laissé seul dans sa phase de construction du personnage, comme je vous l’ai dit. Nous avons également fait des répétitions avec Roger Lloys Pack mais c’est seulement quand on a rassemblé tout le monde sur le plateau que j’ai vu à quel point Leo était formidable. Il était la seule personne que j’aie jamais envisagée pour le rôle de James et il a récemment été diplômé de la RADA, l’une des meilleures écoles dramatiques d’Angleterre. Je suppose que j’ai fait un gros pari sur Leo et il a transcendé son interprétation au-delà de mes attentes.

Les scènes en accéléré montrant James dans sa folie ressemblent beaucoup à certains passages de Requiem for a Dream. Qu’en penses-vous ?

Oui en effet, c’est non seulement correct mais surtout bien vu ! (rires) Je suis un énorme fan de Darren Aronofsky et de tous ses films. Il y avait aussi de scènes en accéléré similaires dans le tetsuo The Iron Man de Tsukamoto qui est sorti quelques temps avant Requiem for a dream. Quand j’ai écrit le scénario, je savais que ces scènes feraient leur effet pour montrer la dégénérescence cérébrale de James et le chaos mental dans lequel il s’enfonce. L’un des choses les plus importantes était de demander au compositeur Richard Chester de faire littéralement réfléchir cet état à l’aide d’une musique appropriée, quelque chose qui commence sous forme de hardcore heureux mais se transforme rapidement en un bruit assourdissant de mauvais goût. Ce style de musique était totalement différent de celui de Richard mais, finalement, je pense qu’il a fait du très bon travail.

Récemment, j’ai rencontré Darren Aronofsky au festival d’Austin et je me suis empressé de me présenter. J’étais enthousiaste à l’idée qu’il voit mon film mais je ne pense pas qu’il l’ait fait. Il est monté et m’a tapé dans la main quand j’ai remporté le prix du meilleur film !

Kate Fahy interprète un personnage physiquement dépendant des autres. Des scènes très crues où on la voit nue ou salie par ses excréments. Comment a-t-elle abordé ce rôle très difficile ?

Kate était une personne formidable avec laquelle vous pouvez travailler et a en effet écopé d’un rôle très compliqué. Je sais qu’elle a lu le script trois fois avant de se remettre de l’aspect solide du sujet. Finalement, elle a juste baissé la tête et s’est concentrée sur son travail. Tout le monde sur le plateau était extrêmement respectueux avec elle étant donné ce qu’elle devait faire et, encore une fois, en dépit du sujet délicat, l’ambiance sur le plateau était véritablement harmonieuse et l’équipe était composée d’une vraie bande de personnes sympathiques qui ont tout fait pour aider les acteurs. Une autre chose qui a aidé Kate, je pense, est le fait qu’elle connaissait Roger depuis au moins 16 ans, du coup elle était à l’aise pour incarner son opposé.

Transformer le gentleman Roger Lloyd-Pack en loque humaine à la fin du film, vous n’avez pas honte ?

Pas du tout ! (rires) A nouveau, son rôle était une entreprise très hardie et, comme pour Kate, je pense qu’il a été intéressé par le rôle du fait qu’il pouvait aller très en profondeur dans l’exploration de l’âme mais aussi de la vie en général. Le film est, finalement, une tragédie au sens littéral mais également au sens britannique, étant donné les émotions qui sont responsables même du chaos qui s’ensuit. C’est une honte en revanche que le personnage de Roger puisse seulement admettre son amour pour son fils une fois qu’il s’est suicidé. De même, au début du film, lorsqu’il quitte sa famille au lieu de veiller sur sa femme malade, il commet une grossière erreur. Au final, il paie pour ses erreurs en perdant sa santé mentale et en devenant hanté par ses propres actions.

Votre cinéma regorge de personnages désaxés, envahis de démons intérieurs. Pourquoi cette attirance ?

Oui… Je suppose que j’ai toujours pensé que la chose la plus effrayante était en rapport avec l’intériorité humaine et j’ai toujours préféré les drames psychologiques aux films de monstres ou les slashers même si je regarde les deux. Je pense que le conflit personnel est beaucoup plus intéressant que toute autre source de conflit et, dans The Living and the Dead, cette dimension psychologique, cette résonance émotionnelle, sans rendre le film plus effrayant, le rend tout de même plus inquiétant. L’inquiétude est, je pense, une émotion plus intéressante que la peur (c’est plus facile de faire peur : quelqu’un qui poursuit un ado avec un couteau et quoi ? Tous les autres films d’horreur que j’ai vus comprennent cette scène). L’inquiétude est beaucoup plus difficile à mettre en place et plus rarement exploitée…

Malgré des prix dans des festivals réputés, le film est plutôt passé inaperçu dans nos pays. Comment expliquez-vous cette situation et comment la ressentez-vous ?

Oui, en effet. Malheureusement, la France est l’un des plus grands pays dans lequel The Living and the Dead n’a pas fait d’apparition en festival. Gerardmer était intéressé pour l’insérer dans sa programmation mais, malheureusement, sans que ce soit notre faute, le film est arrivé quelques semaines après que leur programmation a été clôturée. Et je ne connaissais pas d’autre festival de genre dans l’Hexagone…

Exactement trois ans après avoir terminé le tournage de The Living and the dead, je suis juste content que le film soit sorti en DVD car, du coup, beaucoup de gens le verront. Je crois que c’est un film difficile à regarder et à commercialiser et, bien que j’estime qu’il aurait pu être encore plus réussi, il aurait aussi très pu être ignoré des distributeurs dans le monde. Finalement, je suis heureux de cette sortie et j’attends avec impatience que les Français puissent enfin le voir !

Quel est ce château dans lequel vous avez tourné le film ?

Il se nomme Savernake et c’est juste en dehors d’Hungerford qui est un énorme village anglais entre Londres et Oxford. Ce château appartient à Lord Cardigan.

Si vous deviez citer une anecdote sur le tournage de The Living and the Dead, ce serait laquelle ?

Pour être honnête, il n’y a rien eu d’étrange ou d’amusant ou d’inhabituel qui s’est produit durant le tournage. J’avais une équipe géniale comprenant des acteurs fabuleux et c’était agréable, fun, excitant de pouvoir tourner ce film !

Votre dernier métrage date de 2006 (The Handyman). Avez-vous des projets en attente ?

Oui, j’espère tourner un film intitulé Little Deaths à la fin de cette année mais il est plus probable que cela commence au début 2009. C’est une anthologie d’horreur psychosexuelle que je crée avec deux autres réals anglais, sean Hogan et Andrew Parkinson.

A moins que je n’obtienne les droits de Exquisite corpse, le roman de Poppy Z Brite que j’essaie tant bien que mal de mettre sur pied mais qui se montre très réfractaire, ne serait-ce que pour son sujet (deux serial killers gays qui tombent amoureux l’un de l’autre).

J’ai aussi deux thrillers psychologiques sombres, l’un basé en Chine appelé Stranger qui traite de deux Américains capitalistes qui voient un meurtre au milieu de nulle part et le film explique ce qui se passe dès que les meurtriers commencent à pourchasser les Américains. L’autre s’intitule To Love And Be Loved et narre l’histoire d’une femme qui découvre lentement qu’elle est mariée à un serial killer.

Vous êtes scénariste, producteur et réalisateur. Vous préférez avoir le contrôle total sur votre film ou bien est-ce par manque de budget ?

Sur Stranger, je suis juste réalisateur et scénariste et je serais très heureux de travailler seulement en tant que réal et/ou que réal et scénariste sur mes autres projets mais, pour être honnête, j’ai travaillé avec quelques producteurs avant et, si je ne m’étais fié qu’à eux, les films n’auraient jamais été faits ! Ce cumul des fonctions vient plus d’une nécessité que d’une volonté. Je vis dans l’espoir de trouver un producteur véritablement créatif et financièrement viable qui peut créer mes films comme il faut…

(Interview réalisée par Gore Sliclez)

Le teaser du film :

Commentaires

Un film incroyable ; J’ai été très impressionnée .

23 décembre 2012 | Par

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