Interviews

Interview de Talal Selhami (Mirages)

11 mai 2011 | Par : Quentin Meignant

Vers un essor du cinéma marocain ?

Après des passages remarqués au Festival de Marrakech et à Gerardmer, le Mirages de Talal Selhami débarquait au mois d’avril dernier à Bruxelles dans le cadre de la compétition 7ème Parallèle du 29ème BIFFF. L’occasion pour CinemaFantastique de rencontrer ce sympathique réalisateur marocain, assez jeune mais déjà cultivé comme pas deux en matière de cinéma de genre. Et, si personne ne l’attendait à ce niveau là, le métrage est parvenu à glaner une mention spéciale, preuve qu’il est bardé de qualité malgré des moyens plutôt limités.

Toujours sans distributeur officiel (chose qui devrait changer grâce à cette première récompense), Mirages suit cinq personnes aux profils très différents se retrouvent en compétition pour décrocher un emploi prestigieux à la Matsuika, une multinationale s’installant au Maroc. Après un entretien avec le PDG, les candidats se voient proposés une ultime épreuve pour déterminer le gagnant dans un lieu tenu secret. Ils acceptent et embarquent à bord d’un minibus dépourvu de vitres. Après des heures de route, le véhicule a un accident et les candidats se retrouvent prisonniers de la carcasse de métal. Ils réussissent à en sortir en unissant leurs forces mais découvrent qu’ils sont en plein milieu du désert et que le chauffeur a disparu. Ne sachant si l’accident est réel ou si l’épreuve commence, les candidats vont errer dans le désert à la recherche d’indices et seront confrontés à des mirages les renvoyant à leurs peurs les plus profondes…

Vous êtes un grand fan de films de genre depuis votre plus tendre jeunesse. Comment vous est venue cette passion et quelles sont vos références dans le domaine ?

Oui, en effet. En fait, quand j’étais petit, mes parents me laissaient souvent devant la télévision sans spécialement me surveiller. Donc, j’ai eu la chance de grandir avec des films qu’on ne regarde pas forcément quand on est petit. Je me suis pris une claque devant Elephant Man. Je ne comprenais pas tout et ça m’a intrigué. Et bien sûr, il y a tous les films des années 80 et 90, comme Retour vers le Futur qui reste un must pour moi. J’ai aussi commencé la saga Freddy par le 3 et j’en ai fait de nombreux cauchemars. Et il y a aussi mes films de chevet comme Shining, le meilleur film qui ait été fait selon moi.

En 2005, vous avez tourné votre court-métrage, Sinistra, réminiscence des excellents Contes de la Crypte. Cette excellente réalisation vous a-t-elle ouvert des portes pour voguer vers l’univers du long-métrage ?

En fait, avec 800 euros de budget, je ne voyais pas possible de pouvoir le présenter en festival, mais certaines personnes m’ont encouragé à le faire. Et voir son film, , fait avec quasi rien passer à Sitgès et à la Screamfest face à des films bien mieux budgétisés (je me souviens surtout d’un court qui comprenait une impressionnante scène d’hélicoptère), ça booste pas mal. A ce moment-là, tu te dis : « Je suis bel et bien fait pour ce métier ».

Vous développiez deux projets lorsque l’on vous a proposé Mirages : Le Cercle des Illusions et L’Oasis. Qu’est-ce qui vous a justement fait pencher vers Mirages ?

C’est avant tout une question de budget. On développait les deux projets quand mon producteur est venu me voir pour m’annoncer qu’il avait trouvé 100.000 euros pour faire un film. C’était trop modeste pour Le Cercle des Illusions et pour L’Oasis mais assez pour monter Mirages. Pour un premier long, quand on te propose ça, tu fonces.

L’introduction de Mirages se déroule à Casablanca. Etait-ce important, pour vous, de tourner dans la ville où vous avez grandi pour votre premier long-métrage ? Est-ce que ces repères vous ont aidés ?

Je n’ai pas réellement grandi là-bas mais j’y ai passé quelques temps, donc, évidemment, tu as des repères supplémentaires, ce qui n’est pas négligeable pour un premier film.

Aissam Bouali, l’interprète de Saïd, vous a aidé à échafauder le casting, notamment en vous présentant Karim Saidi. Son aide a-t-elle été prépondérante dans votre cheminement ? Cela a-t-il eu un rôle positif sur l’ambiance et l’esprit d’équipe durant le tournage ?

C’est clair qu’on a constitué une grande famille tout au long de l’aventure. Ces comédiens, qui manquent souvent de travail, ont été merveilleux. L’esprit d’équipe et les concessions faites par chacun nous ont aidé à tout boucler. Cette abnégation, ce courage, c’est assez rare et d’autant plus appréciable.

C’est en voyant des masses de films provenant de l’industrie cinématographique marocaine que vous vous êtes rendu compte que le talent existait aussi là-bas. Selon vous, que manque-t-il à cette génération montante pour réellement se signaler au monde entier ?

Il ne manque pas grand-chose mais disons qu’avec une petite quinzaine de productions par an, l’embauche est rare et donc les espoirs quittent vite le devant de la scène. Par exemple, Meryam Raoui, l’actrice qui incarne Assia, a ainsi dernièrement arrêté sa carrière. Le cinéma social marocain est pourtant très bon, mais c’est avant tout la télévision qui prédomine.

Pensez-vous que Mirages pourrait être le début d’une vague fantastique au Maroc ?

J’espère que l’effort ne sera pas vain mais il faudrait pour cela que le film soit distribué, ce qui n’est pas encore le cas. La pays a pourtant un gros potentiel dans le domaine, notamment grâce à toutes les croyances ancestrales qui baignent notre culture.

Tourner un film dans le désert est tout sauf une aventure évidente. Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

C’est certain. En une vingtaine de jours, on a connu pas mal de galères. Le pire, c’est quand on a tourné dans une vallée en cuvette en plein désert. Il faisait déjà irrespirable, mais là, la chaleur remontait carrément du sol. Et point de vue maquillage, je ne te raconte même pas, tout coulait et on devait sans cesse remaquiller tout le monde. On a aussi dû gravir quelques collines avec le matériel sur le dos, ce n’était pas facile. Heureusement que l’équipe était très motivée…

Le choix du désert (et donc de Ouarzazate) comme partie intégrante de l’intrigue mène Mirages vers le film d’aventures. Quelles étaient vos influences dans le domaine ?

Je n’avais au départ pas sciemment songé aux influences du film d’aventures mais il est clair que la série Lost, par exemple, est sans doute la mieux exécutée dans le domaine et m’a sans doute bien influencé.

La Colline a des yeux, ayant été tourné dans les mêmes contrées, a-t-elle, elle aussi, influé sur certaines de vos décisions scénaristiques ?

Cela n’a pas été une influence principale mais on a tourné quelques scènes sur une des collines utilisées à l’époque par Alexandre Aja.

Mirages se présente comme un huis-clos à ciel ouvert dont le caractère anxiogène est accentué par les visions de chacun des personnages. Contrairement à Sinistra, qui était clairement comico-fantastique, vous déboulez ici avec de l’horreur au premier degré. Est-il plus difficile de faire rire ou de faire peur ?

Sans aucun doute, il est plus difficile de faire rire. Tu ne sais jamais comment vont réagir les gens. Et il faut de solides références pour se lancer là-dedans.

L’excellente B.O. du film a été réalisée par Xavier Collet, compositeur qui vient du jeu vidéo. Comment s’est déroulée la collaboration avec ce jeune talent, pas encore vraiment rompu à l’art du long-métrage ?

Tu as aimé la BO ? On a beaucoup travaillé dessus donc ça fait plaisir. C’était bien le premier long de Xavier, qui est vraiment un gars génial avec un grand sens de l’autocritique. On a travaillé de concert, je lui ai notamment amené plein de CD de BO (car je suis un grand « BO-phile ») comme exemples. Et, après avoir trouvé le thème principal, je lui ai demandé de saturer les sons en fonction des scènes et je trouve, comme toi, que le rendu est très bon.

Vous avez bénéficié de 21 jours de tournage pour Mirages, ce qui est relativement peu. Le travail journalier devait être intense. Combien de plans tourniez-vous en moyenne par jour ?

Je ne saurais pas te dire exactement, mais certains jours, comme celui dans la cuvette, on travaillait énormément. Ce jour-là, on a tourné la scène avec la mère d’Assia en chaise roulante et il faisait tellement chaud qu’on devait sans cesse remaquiller les acteurs.

Quelles sont, selon vous, les améliorations que vous auriez pu apporter à Mirages si le budget avait été plus conséquent ?

Plein de choses, notamment au niveau du cadrage. En fait, on a tourné avec une caméra plutôt dépassée, ce qui fait notamment que mes intérieurs ne sont pas terribles. Du coup, je joue beaucoup sur les zooms et l’image fait parfois série télé. J’aurais préféré tourner avec une 5D ou une 7D.

A certains moments, le réel et le surnaturel semblent s’entremêler, un des mirages aidant notamment un des protagonistes en lui donnant des objets. L’influence de Shining a donc bel et bien été d’une grande influence étant votre film préféré ?

C’est marrant que tu parles de ça car, la veille du tournage, j’en parlais encore avec mes assistants. J’aime quand la frontière entre réel et surnaturel est floue, voire quand les deux univers s’entrecroisent. Ca trouble certains spectateurs qui ne savent pas trop quoi penser mais c’est voulu et totalement assumé.

Nous avons évoqué Le Cercle des Illusions tout à l’heure. Avec une intrigue proche de L’Orphelinat et du Labyrinthe de Pan, les références sont alléchantes. Est-ce que ce sera votre prochain projet à voir le jour ou lui préférerez-vous Oasis, sorte de Mirages plus ambitieux ?

Normalement, le prochain est bel et bien L’Oasis. On travaille dessus pour le moment. Pour Le Cercle des Illusions, le problème c’est que les subventions s’amenuisent en Espagne pour l’instant. On ne sait pas encore quand il sera possible de donner vie à ce projet très ambitieux.

Réaliser des films de genres est un grand bonheur pour vous, quel sous-genre rêveriez-vous de porter à l’écran ?

Je rêverais de faire un film de boogeyman, et aussi un avec des guerrières. Mais mon premier objectif reste une comédie fantastique dans l’esprit de celles des années 80, à la Dante, et il se pourrait que cela se réalise assez vite, mais je ne peux pas t’en dire plus pour l’instant.

Votre première rencontre avec Aissam Bouali s’est déroulée pendant le NIFFF. Comptez-vous débusquer des acteurs durant votre séjour à Bruxelles ?

(rires) J’ai vu qu’il y avait quelques acteurs lors de la projection de mon film et aussi beaucoup de membres de la communauté marocaine, donc, pourquoi pas…

Vous avez déjà participé aux festivals de Gerardmer et de Marrakech. Vous voici désormais à Bruxelles. Comment trouvez-vous l’ambiance de ce Festival ?

C’est une ambiance exceptionnelle. Même si, l’an prochain, je ne présente aucun film en compétition, je reviendrai quelques jours à Bruxelles en tant que spectateur.

(Interview réalisée par Mae-Nak)

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Commentaires

Elle est prête, t’inquiète pas... Bien que beaucoup plus courte vu les conditions d’enregistrement ! ^^

11 mai 2011 | Par Mae-Nak

Belle interview ! Mais on attend de pied ferme celle de JJR ;-)

11 mai 2011 | Par Vivadavidlynch

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