Festival NIFFF de Neufchatel (Suisse)

Journal du NIFFF 2009

Jour 5

Par Colqhoun et Manuel

Après une semaine caniculaire, partagée entre sueur et frisson, c’est sous un fin rideau de pluie que débute cette avant dernière journée de festival. La fatigue commence à se lire sur les visages des spectateurs les plus matinaux, votre serviteur en tête. Pour se mettre en bouche et éviter de sombrer dans un profond sommeil au cours d’une projection, nous optons pour un petit slasher britannique Encensé par la critique outre-Atlantique et présenté comme le renouveau du slasher, Tormented est une grosse baudruche sans âme et irrespectueuse des fans du genre. Tentative opportuniste de surfer sur le succès de la vague horrifique anglaise de ces dernières années, le film du tâcheron John Wright cumule toutes les tares d’un genre sur le fil du rasoir. Nanti d’un casting tête à claque et d’un body count somme toute assez limité, Tormented fait partie de ces productions à même de vous faire détester le genre.

Signataire en son temps du manifeste Dogme 95, Kristian Levring revient cette année, à l’instar de son compatriote Lars Von Trier avec un film s’inscrivant dans le registre du thriller horrifique. Présenté dans le cadre du programme Cold Swear, Fear Me Not partage avec Antechrist la plume du scénariste Anders Thomas Jensen. Portrait d’une société occidentale en perte de valeurs masculines, le film de Kristian Levring constitue le pendant masculin du film de Lars Von Trier.
Sans le brio formel qui caractérise son aîné, Fear Me Not est porté à bout de bras par l’interprétation tragi-comique d’Ulrich Thomsen (The international), parfait en père de famille cherchant à regagner sa place de leader au sein de sa famille. Versant dans une violence plus psychologique que graphique le film n’épargne nullement son spectateur, à l’image d’une embardée en forêt à déconseiller aux âmes les plus sensibles. Souffrant de quelques problèmes de rythme et d’un scénario un brin trop roublard, Fear Me Not se hisse sans conteste au niveau des franches réussites de ce festival.

18h. En lieu et place d’une séance de cinéma, nous nous rendons au théâtre du Passage pour une table ronde en présence du président du jury Bong Joon-Ho, le réalisateur des définitifs Memories of Murder et The Host. Introduit par Yves Montmayeur, Bong Joon-Ho ne tarde pas à s’épancher en détails et avec un vrai plaisir communicatif sur ses projets en cours (une adaptation du Transpercenneige d’après la bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette) comme sur l’ensemble de sa carrière. Articulant avec autant de brio que dans ses films, considérations sociétales et engagement artistique, Bong Joon-Ho va pendant une heure revenir ses relations avec l’industrie américaine ou sur la place de la femme dans ses films et au sein de la société coréenne. Cet entretien se conclura par une séance de dédicace improvisée avec l’auteur.

Dernier film de la carte blanche concocté par le président du jury, The Housemaid constitue le chaînon manquant entre le cinéma coréen contemporain et un age d’or d’une industrie dont nous ne possédons qu’une connaissance parcellaire. Réalisé en 1960 par Kim Ki-young, The Housemaid est un mélodrame flamboyant sur la désagrégation de la cellule familiale coréenne. Le film de Kim Ki-young, étonne tant par la virtuosité de sa mise en scène que par la violence de son propos. Source d’inspiration du Tale of Two sisters de Kim Ji-woon., House of Maid trouve un écho troublant dans la première réalisation de Clint Eastwood, Play misty for me, par la description d’une figure masculine prisonnière de son image de mâle dominant.
Nous reviendrons plus en détail après le festival sur le parallèle troublant entre les deux films.

Quatrième film anglais en compétition, The Children se réclame d’un fantastique prestigieux, héritier des Innocents de Jack Clayton ou de La Malédiction de Richard Donner, modèles classiques en matière d’enfance perturbée. Avec l’arrivée de deux couples d’amis accompagnés de leurs charmantes progénitures, venus passer un noël à l’écart de la civilisation, The Children étonne par sa capacité à instaurer en l’espace de quelques instants une tension sourde et vénéneuse. Jouant sur le charme éthéré de son casting en culottes courtes, Tom Holland confère à ses images une puissance d’évocation étonnante. Passé cette brillante introduction, The Children se mue en shocker des plus basique, prompt à délivrer son quota de morts graphique à intervalles réguliers. Usant d’artifices éculés et grossiers, The Children sombre dans le tout venant de la production fantastique. Seules les mises à mort successives de la quasi-totalité du casting enfantin raviveront les papilles des bissophiles les plus endurcis. C’est au son d’une foule en délire applaudissant à tout rompre à chaque gamin mis à mort que se termine cette cinquième journée de festival.

LES NOTES DES CHRONIQUEURS

Tormented - 0/5

Slasher crétin et opportuniste. Des envies de meurtres dans la salle

Fear Me Not - 3.5/5

Un thriller vénéneux avec un Ulrich Thomsen impérial.

Housemaid - 5/5

Un chaînon manquant dans l’histoire du cinéma coréen. A découvrir de toute urgence

The Children - 2.5/5

Passé une introdiction prometteuse, un simple schoker au pays des culottes courtes

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