Le loup derrière la bergerie

LE LOUP DERRIERE LA BERGERIE - Lady Libertine

29 novembre 2013 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Pourvu qu’elle soit douce…

C’est rare, mais en ce mois de novembre finissant, le Loup a décidé de s’attarder sur une œuvre non explicite.

Produit par l’hyperactif Harry Alan Towers et Wilfrid Dodd sous l’égide de Playboy, Lady Libertine (1984) compte parmi les films soft réalisés par Gérard Kikoïne, un des plus fiers représentants du hard français de la grande époque (Parties fines, Chaudes adolescentes, Dans la chaleur de Saint-Tropez, …), auquel il conféra un certain supplément d’âme et une exigeance peu commune (virtuosité formelle, scénarios travaillés, …). Pour l’anecdote, Kikoïne se souvient du producteur Harry Alan Towers comme d’un éternel amoureux des femmes (c’est par exemple lui qui avait amené Ginger Lynn sur Buried Alive) et d’un homme très occupé, toujours partagé entre plusieurs coproductions et noyé par le boulot (il tapait constamment sur sa machine écrire, ébauchant ou retouchant des tas de projets).

Par ailleurs, Kiko avait débuté sa carrière avec l’érotique L’amour à la bouche (1974), après s’être fait la main sur le montage son (post-synchro et/ou sound design) du sublime Mais ne nous délivrez pas du mal (1971) de Joël Séria et de quelques Jess Franco (Les ébranlées, Plaisir à trois, La comtesse perverse, …).

Patience, Gérard vous en parlera - entre autres choses - dans le Cinémag N°6.

A l’époque du tournage de Lady Libertine , le cinéaste sortait tout juste de deux « films d’amour » à succès avec la délicieuse Marilyn Jess - Les délices du tossing et Bon chic, bon genre, mais… salopes ! (sortis en 1983) -, toujours accompagné du fidèle chef opérateur Gérard Loubeau : un des piliers de l’édifice kikoïnien, en poste sur Chaudes adolescentes, Adorable Lola, Fantasmes très spéciaux, Buried Alive et bien d’autres.

Né de la rencontre cannoise entre Towers et Kikoïne, Lady Libertine est un parfait écrin pour la candeur juvénile de la craquante Jennifer Inch (la sœur de Ryan O’Neal, aperçue dans la comédie pour ados Screwballs), idéalement contrebalancée par la prestance de Christopher Pearson (dont c’est la seule apparition à l’écran) et la gouaille d’Alain Dumaurier (Rêves de cuir 2), affublé au doublage d’un accent à couper au couteau.

A l’origine, Christopher Pearson était mannequin et fut remarqué par Gérard Kikoïne car il avait tourné une pub (pour le déodorant Axe !) avec la femme du cinéaste. Et que dire de Sophie Favier, qui prête ses courbes voluptueuses à Maud Collins, une dame de la haute n’aimant rien tant qu’à s’encanailler… L’ex-starlette de la télé (atout charme de l’émission Ciel mon mardi !) avait jadis tenté - en vain ! - d’interdire l’exploitation vidéo du film, face à des distributeurs qui, en toute logique, capitalisaient sur son nom.

Si vous « Favier »…

Lady Libertine est un film d’époque prenant place en milieu bourgeois : des décors partagés entre le luxueux château Saint-Hilaire de Louviers (théâtre de l’essentiel du film), le Grand Hôtel de Cabourg (scène du restaurant) ou encore la rue du Docteur Lancereaux à Paris (où sera installée la maison close de Leslie). L’histoire débute sur les pas de Frances (Jennifer Inch), qui se fait passer pour un orphelin (Franck) et est recueillie par un notable (Christopher Pearson). Il la prend sous son aile et décide de faire son éducation. Comme de coutume, l’ensemble se mue en récit d’initiation plus osé, lorsque le tuteur découvre que son pupille est de sexe féminin. Des détails lui avaient déjà mis la puce à l’oreille, comme ce refus obstiné de l’accompagner à la chasse, mais le subterfuge sera éventé à l’occasion d’une punition corporelle.

L’esthétique de l’œuvre se fait raffinée, oscillant entre lumière aux tons chauds, clairs-obscurs, jeu sur la profondeur de champ, surimpressions, mouvements de caméra langoureux, plans cassés et cadres dans le cadre : un panel technique excessivement riche. La forme de Lady Libertine est au diapason de l’élégance du scénario - que d’aucuns qualifieront de « classique » - et des personnages. Plus que jamais, l’osmose entre Kiko et son homme de confiance Gérard Loubeau est à souligner.

Au gré des minutes, le spectateur en apprend de plus en plus sur Frances, confiée à la gironde Maud (Sophie Favier) pour parfaire ses manières. Frances s’était échappée d’un bordel, où Charles (Christopher Pearson) se rend par hasard sur les conseils du Comte Ricky von Harmstorf (truculent Alain Dumaurier). Cet établissement est géré avec poigne par Miss Leslie (April Hyde, une anglaise alors spécialisée dans le doublage, vue dans la comédie franchouillarde Et qu’ça saute !). En dire plus serait criminel. J’ajouterai juste, pour finir de vous convaincre, que ce film est d’un romantisme contagieux, teinté de mélancolie.

Lady Libertine est un modèle d’érotisme sophistiqué, doublé d’un superbe portrait de femme(s). La sensualité - de la mise en scène et des interprètes - prévaut, évitant à ce film d’époque coquin d’adopter une nature ampoulée et statique par bien trop littéraire, un écueil assez fréquent dans le genre. L’œuvre est une éclatante réussite, tout comme sa direction artistique à laquelle Gérard Kikoïne reste encore très attaché.

Photos : collection privée Gérard Kikoïne (+ captures d’écran de l’édition DVD Private Screening Collection).

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