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LE RAT DU CLICK - Californium : Philip K. DICK en Point and Click

Addickt game : Californium, Dick selon un jeu vidéo ou le jeu vidéo selon Dick ?

SOMMAIRE

Intestin Farceur : There is no Game (Kamizoto)

Le The Game : Californium (Darjeeling, Nova Production)

Le Flash de Harder : I, Philip (court métrage)

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INTRODUCTION

ARTE livrait un bel hommage à Philip K. Dick en 2016 en lui consacrant une programmation transmédia avec un documentaire, un court métrage, et Californium, un jeu vidéo point’n’click. La section Arte Creative consacrée à ces trois volets a été dépubliée. Californium est présenté par la chaîne franco-allemande comme une lettre d’amour à Philip K. Dick, laquelle prend le contre-pied graphique psychédélique d’adaptations cinématographiques sombres telles que Blade Runner ou Minority Report, et où il est question de jouer avec la réalité en explorant les principales notions traitées par l’écrivain.

INTESTIN FARCEUR : There is no Game

There is no Teaser

There is no Game est un petit point’n’click de Kamizoto au savoureux second degré où le joueur est en prise avec une voix off (en anglais), qui à l’instar du génial The Stanley Parable, rompt le quatrième mur pour l’invectiver. Véritable OVNI en terme de gameplay, ce jeu, qui laisse une place prépondérante à l’humour et la relecture, s’était rapidement fait une réputation sur les plateformes dédiées aux flashgames. Fort de ce succès, Kamizoto avait choisi de reprendre au pied de la lettre son ton décalé pour entamer une campagne There is no Kickstarter en vue de développer une version plus conséquente, laquelle s’est malheureusement soldée par un cuisant échec. En l’état, There is no game demeure une remarquable llustration flash que la qualité première d’un bon jeu réside avant tout dans l’imagination du développeur.

Ne jouer pas à There is no Game

Mise à jour 2019 : on ignore si There is no Game sera converti vers le HTML5. Il est encore disponible en téléchargement gratuit sur Clubic.com

LE THE GAME : Californium

A propos du jeu

Explorez les mondes de Californium, un jeu d’exploration à la première personne où vous incarnez un écrivain piégé dans des réalités multiples. Trouverez-vous ce qui se cache derrière les simulacres ?

Berkeley, 1967. Vous êtes Elvin Green, un écrivain dont la carrière – comme la vie sentimentale - est au point mort. D’ailleurs, la journée commence mal : Théa, votre femme, vient de vous quitter, ne laissant derrière elle qu’une lettre de rupture. Don, votre éditeur, vous convoque pour vous informer qu’il met fin à votre collaboration, « vous êtes un écrivain qui n’écrit pas ». Trop d’acide, d’alcool bon marché, de nuits blanches à lutter contre la page blanche ? Votre précaire santé mentale bascule. Heureusement, cette cauchemardesque réalité est instable, vous pouvez y échapper et ainsi faire le pari d’un autre monde, d’une autre réalité. Qu’avez-vous à perdre ?

Caractéristiques du jeu

Monde 1 - Berkeley 1967, ses hippies et la consommation généralisée de substances diverses. Vous faites face à une page désespérément blanche.
Monde 2 - Berkeley est maintenant la capitale ultra patriotique d’une société sous surveillance globale. Malgré la reconnaissance, êtes-vous sujet à une instabilité existentielle ?
Monde 3 - Une catastrophe nucléaire a laissé la Terre en ruines. Sur la planète Mars, les seuls humains survivants travaillent pour le Consortium. Votre ascension est fulgurante mais ne satisfait toujours pas votre ambition.
Monde 4 - Plus aucun repère, tout ce qui faisait jusqu’ici votre réalité, qui structurait votre existence, n’est plus qu’un gigantesque chaos. Comment retrouver vos repères dans cet univers qui vous échappe ?

Présentation du jeu

Développé par les studios Darjeeling et Nova Production, et édité par Nova Production en partenariat avec Arte, Californium aura d’abord été distribué en format épisodique, chacun des quatre épisodes pouvant être joué gratuitement via le site d’Arte. Vendue une dizaine d’euros lors de sa sortie, la version complète est désormais disponible sur Steam pour 5,99 euros. Vous pouvez compter sur une durée de vie de 3 ou 4 heures de jeu selon votre chance à mettre la main sur les bons pixels, un peu plus si vous préférez prendre le temps de "triper" plutôt que de vous hâter dans la performance... le Rat aura ainsi découvert qu’il pouvait créer un embouteillage sur l’avenue du Monde 2 en se mettant face aux voitures, sans se faire écraser ni être interpellé par des agents de l’ordre. Un soupçon de gameplay émergent amusant quand on considère que ce monde est un monde fasciste.

Si la mécanique de Californium relève clairement de l’escape room, du puzzle game et du jeu d’exploration avec recherche des bons pixels où cliquer, cet hommage à Dick demeure difficile à classer et évaluer. Californium est avant tout un trip narratif et graphique, un délire psychédélique au level design rétro-futuriste 60’s qui entraîne le joueur dans les méandres de l’univers imaginaire de l’auteur d’Ubik. Les lecteurs dickiens le savent, les deux thèmes récurrents de l’oeuvre sont : "qu’est-ce que la réalité ?" et "qu’est-ce que l’être humain ?". Si Philip K. Dick a tôt recentré la définition de l’humanité autour de la notion d’empathie, la question de la réalité sera quant à elle indéfiniment repoussée, comme si la perception et la compréhension du réel n’étaient jamais qu’une quête existentielle perpétuelle.

On pourrait dire qu’ouvrir Dick, c’est entrer dans un jeu littéraire qui cherche à jouer avec la réalité parce qu’il croit à cette vieille idée platonicienne que "la réalité se joue de nous". De ce point de vue, un OVNI tel que Californium apparaît sinon parfait (il présente des bugs qui pourront venir à bout des nerfs des moins opiniâtres), du moins en adéquation relative avec le propos dickien. Dans le champ d’interrogation philosophique, exister signifie fondamentalement être jeté au monde, et devoir se débrouiller avec ça. Exister, c’est donc inexorablement être confronté à la nécessité de faire des choix, à commencer par tous les choix qui constituent notre manière d’appréhender le réel. Le problème de la nature de la réalité est inséparable chez Dick de l’exploration du champ de liberté d’action et de pensée humaines au centre du questionnement sur la réalité existentielle.

Si les distinctions entre réalité et illusion, réel et fiction ne coulent pas de source, il est évident que dans le jeu vidéo, le rapport existentiel se renverse : on quitte le monde conçu comme réel pour se plonger dans un substitut virtuel ludique. Ainsi, si chaque joueur, de par la dimension interactive des jeux, fait sa propre expérience psychologique singulière, tous les joueurs sont soumis à la même loi vidéoludique : celle d’une illusion de liberté qui peut s’avérer addictive. Dans cette perspective, l’univers du jeu vidéo apparaît comme un vaste parc d’attraction virtuel à portée de manette ou de clavier, où chaque joueur expérimente l’illusion jouissive d’être un acteur qui interagit et opère des choix. Mais nous le savons, à l’intérieur d’un jeu vidéo, la liberté est totalement factice et fictive. Se plonger dans un jeu vidéo, c’est se livrer à l’expérience interactive de la réalité d’une illusion. C’est ici que la dimension narrative de Californium, avec son gameplay limitatif (le joueur, tout comme les personnages dans les romans de Dick, est limité dans son éventail de possibilités d’action et de compréhension de ce qui a lieu), trouve une pertinence singulière.

Hasard, coïncidence, ou contre champ d’un gameplay émergent résiduel, on pourrait ici pousser la distorsion interprétative jusqu’à demander si les bugs du jeu doivent être pris comme tels ? Faut-il se contenter de les mettre sur le compte d’un certain laxisme ou d’un manque d’expérience et de moyens de développement, ou en prendre au contraire son parti, et considérer qu’ils participent en définitive d’une mise en abîme de la programmation du gameplay dans le gameplay, contribuant ainsi au doute permanent quant à la réalité de ce qui a lieu dans le jeu ? C’est probablement ce second POV que nous convierait à adopter Dick. Comme quoi, le hasard, auquel Dick ne voulait pas croire, fait parfois bien les choses.

En l’état, le concept de Californium laisse rêveur sur un développement plus avancé et conséquent. Mais il a au moins le mérite d’offrir une vulgarisation de la puissance subversive, ainsi que de la profondeur de champ réflexif de l’oeuvre de Philip K. Dick. Ce jeu présente donc le double intérêt de pouvoir faire, sinon la joie, du moins le plaisir des lecteurs de Dick, et d’introduire les néophytes auprès de l’univers d’un des plus grands auteurs de SF.

Pour des critiques plus proprement vidéoludiques, le Rat vous renverra aux tests de Le Monde, et de Gameblog.

Retrouver Californium sur Arte.tv

Retrouver Californium sur Steam

LE FLASH DE HARDER

Ecrit par Pierre Zandrowicz et Rémi Giordano et réalisé par Pierre Zandrowicz, I, Philip est un court métrage qui immerge dans les souvenirs de ce qui pourrait être la dernière histoire d’amour de l’écrivain. De qui sont ces souvenirs ? Qu’est-ce qui distingue mémoire humaine de stockage de données ?

Visionner I,Philip et son making of sur Arte.fr

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