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LE RAT DU CLICK - Layers of Fear, Synapsis, Escape from 26

Dans les abîmes de la psyché.

SOMMAIRE

Le The Game : Layers of Fear, Layers of Fear : Inheritance (Bloober Team)
Le The Flashgame : Synapsis 1 et 2 (Robot Jam)
Le Flash de Harder : Escape from 26 (Bigloop Studios)

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INTRODUCTION

Fondée en 2008, Bloober Team comptait parmi les innombrables studios de développement indépendants qui pointent au catalogue des illustres inconnus, malgré la réalisation en 2010, en étroite collaboration avec le Ministère de la Culture de la Pologne, de Music Master Chopin (Classic-Rock-Pop) (distribué en France sur iPad et iPhone par Bulkypix). Si ce jeu de commande, destiné à célébrer le bicentenaire de la mort du pianiste de génie, n’est qu’un produit dérivé de Guitar Hero et de Rock Band, il indique que Bloober Team était déjà suffisamment compétent pour être pris au sérieux par un ministère public, et lui fera probablement office de CV six ans plus tard auprès de l’éditeur Aspyr.

Le studio polonais aura d’abord fait preuve d’une certaine modestie en matière de développement avec des jeux peu mémorables (dont le très confidentiel Double Bloob pour Nintendo DS), avant d’opérer une entrée non moins discrète en 2014 sur Steam, avec les jeux de plateforme old school A Men et A Men 2. Ce n’est qu’avec la sortie au premier semestre de l’année 2016 du difficilement classable Layers of Fear (édité par Aspyr), que Bloober Team commence véritablement à susciter la curiosité des joueurs, l’attention des critiques, et à acquérir une renommée internationale sur le plan du jeu horrifique.

Bloober Team aura fait preuve d’inclinations pour le genre dès 2015 avec BRAWL (critiqué ici sur Jeuxvideo.com), relecture désenchantée de Bomberman et fruit de la maturation de son Basement Crawl de 2014. Des prédispositions évidement très remarquées avec Layers of Fear, et confirmées en 2017 avec >Observer (disponible sur Steam), un thriller scifi cyberpunk aux résonnances pour le moins dickiennes (à l’instar de Stasis, >Observer s’est payé le luxe d’obtenir une meilleure note sur GameKult que sur Jeux Vidéo.com). Bloober Team, qui planche sur les projets Medium et Scopophobia est sans aucun doute un studio à suivre dans le domaine du jeu de genre indépendant.

Mise à jour 2019 : avec l’obsolescence d’Adobe Flash annoncée pour 2020, il est impossible de dire si les flashgames vers lesquels vous renvoie cette chronique seront disponibles en version HTML5.

LE THE GAME : Layers of Fear, Layers of Fear : Inheritance

LAYERS OF FEAR

Attention : critique partiale.

"Une carrière artistique brillante. Une femme et un enfant magnifiques. La vie ne pourrait pas être plus parfaite - jusqu’à ce que le feu... Suivez les traces - et les pensées - d’un artiste anonyme, errant dans les couloirs d’un immense manoir en constant changement. Inspiré par les chefs-d’œuvre de la peinture, de l’architecture et de la décoration du XIXe siècle, Layers of Fear est un voyage psychédélique dans une psyché défaillante, abîmée par les tragiques événements du passé. Explorez les ruines d’une vie autrefois enviable, cherchez des indices et découvrez le destin tragique d’un artiste dérangé en quête de perfection". C’est en ces termes que Bloober Team présentait son OVNI sur Playstation.com peu avant sa sortie.

Depuis, le jeu a suscité de nombreuses reviews et généralement divisé les critiques, qui sont pour la plupart passés à côté de son architecture fondamentale : l’Escape Room. Le parti pris audacieux de Bloober Team consiste utiliser les mécaniques de l’escape game en ayant recours à une narration interactive où le narratif prime sur l’interactif, afin d’embarquer le joueur dans la folie créatrice d’un peintre . Le prix à payer est évidemment une réduction foncière de votre marge de manoeuvre, limitée à des déplacements en 3D et à du point’n’click en fonction d’un flot narratif directif dont vous n’aurez jamais le contrôle. Mais vouloir prendre Layers of Fear en défaut au nom du manque d’interactivité qu’offre son gameplay revient à se tromper de cible, Bloober Team faisant preuve d’une rigoureuse logique, presque insolente : que faire en effet face à une folie avérée, sinon en subir le flot, ou s’en écarter ?

Les trois problèmes de la narration interactive soulevés par Ernest Adams, et dont on vous avait parlé dans ces colonnes avec un mini dossier sur le jeu d’aventure, la narration et le temps, apparaissent ici, bien que de façon arbitraire, comme n’en n’étant pas. L’amnésie, corrélative des troubles chaotiques de la folie, devient un moteur narratif homogène, au sein d’une histoire qui n’a de cesse de construire sa cohérence interne sur un flot narratif délirant et elliptique, ouvertement psychédélique, tantôt anxiogène, tantôt enivrant, tantôt horrifique, et parfois même sadiquement frustrant. La contre-partie de ce gameplay volontairement limitatif est un voyage expérimental résolument tourné du côté de l’Art : une véritable ode du jeu vidéo faîte à la peinture, voire une étude fictive principalement axée sur le caractère irrationnel et passionnel de la création artistique, avec, tapis en toile de fond, des fantômes de tableaux maudits qui accaparèrent bien des récits des maîtres du genre, le plus célèbre étant probablement le fameux portrait de Dorian Gray.

Layers of Fear est un jeu unique en son genre, principalement conçu comme une oeuvre artistique, dont le trip audiovisuel jusqu’au boutiste demeure difficilement classable. On passe un peu de l’autre côté du miroir. Le plaisir interactif n’a pas lieu au niveau d’un gameplay inexorablement délimité par l’architecture et la trame narrative du jeu, mais dans le ressenti viscéral et mental du joueur, qui se retrouve, par procuration vidéoludique certes, un peu dans la tête des artistes maudits que nous dépeint Lovecraft, ou dans celle de Van Gogh au moment critique où il se coupe une oreille. Pas d’autre alternative que de se laisser porter, ou de passer son chemin.

Retrouver Layers of Fear sur Steam

LAYERS OF FEAR : INHERITANCE - DLC

Layers of Fear : Inheritance propose de poursuivre l’expérience horrifique initiée par Layers of Fear en reprenant l’histoire cette fois-ci du point de vue de la fille du peintre fou. Un parti pris risqué (bien que très cohérent dans son traitement du POV) puisque conséquent sur le déroulement narratif et graphique. D’où un inévitable pour (cf Actugaming.net) et contre (cf Gameblog.fr) autour de ce DLC.

Retrouver Layers of Fear : Inheritance sur Steam

LE THE FLASHGAME : SYNAPSIS

Côté flashgame, Robot Jam a eu lui aussi l’idée, quoi qu’avec une structure plus classique et des moyens de développement sans commune mesure, d’utiliser les mécaniques de l’escape room comme architecture d’une plongée dans la psyché humaine. Synapsis est un excellent puzzle game avec recherche des bons pixels qui constitue un voyage mystérieux entre science-fiction, fantastique, et surréalisme.

SYNAPSIS

Qui est David Carter ? Pourquoi ce nom vous semble-t-il familier ? La seule chose dont vous vous souvenez, c’est que vous étiez assis près d’un bureau et que vous avez manipulé une étrange boite cubique. Vous avez à présent l’intime conviction d’être enfermé à l’intérieur de l’esprit de David Carter. Tout est confus, bien que vous soyez encore apte à faire preuve d’analyse logique. Il y a décidément quelque chose qui cloche..

Développé en collaboration avec Jason Jackson, Synapsis se voit doté d’un pitch qui n’est pas sans rappeler le film The Cell, et d’une étrange boite qui pourra faire penser à Hellraiser. Cette descente au coeur de l’inconscient bénéficie d’un level design surréaliste remarquable pour du flashgame. Le travail esthétique est soigné et détaillé, et l’architecture bien conçue. Piégé dans un corridor représentant le subconscient de David Carter, vous devrez visiter une série de pièces en passant par des portes qui sont au nombre de cinq. Chaque pièce peut correspondre à une fonction cérébrale ou à une "couche" de la pensée, et comporte un ensemble de puzzles plus ou moins complexes à résoudre, qui feront principalement appel à votre sens de la logique et de l’observation.

La résolution de certains puzzles étant indispensable pour s’attaquer à d’autres, ou accéder à de nouvelles pièces, la difficulté relative du jeu tient surtout à cette interdépendance des pièces qui représente la complexité des connections synaptiques. Un conseil : commencez par la porte de gauche, et allez jusqu’au bout.. le jeu "s’éclairera" alors peu à peu de lui-même.

Jouer à Synapsis

SYNAPSIS 2

On reprend les mêmes ou presque, Robot Jam s’étant cette fois associé à Rob Dockin, et on rattaque là où on avait quitté Synapsis. Sujet à des flashs d’une chambre d’hôpital , vous ignorez si vous êtes manipulé et maintenu dans cet état par une tierce personne, si vous êtes sujet à la démence, ou si vous êtes dans le coma.

Synapsis 2 respecte en tout point l’esprit et l’esthétique surréaliste du premier épisode, et reste en conséquence aussi plaisant à jouer. Mais cette séquelle n’apporte aucun éclaircissement sur l’histoire de David Carter. A contrario, si la contradiction délire-logique est encore au rendez-vous, ce second volet élude tout approfondissement narratif. Une petite faiblesse largement excusable, cet escape room trouvant surtout son intérêt dans ses qualités graphiques et l’ingéniosité de ses puzzles.

Jouer à Synapsis 2

LE FLASH DE HARDER : Escape from 26

Développé et édité par l’équipe Germano-Bulgare Bigloop Studios, Escape from 26 est un petit escape room à l’ambiance particulièrement immersive. Extrêmement soigné au niveau des graphismes, de la bande sonore, et du gameplay, le jeu offre un subtil équilibre d’émerveillement surréaliste et de mystère fantastique. Vous vous réveillez dans une cage portant le numéro 26, laquelle contient une petite maison et une cour qui semblent avoir tout ce dont vous avez besoin. Il vous faudra cependant, plus encore que de déterminer où vous êtes et pourquoi, trouver un moyen de sortir, l’approvisionnement n’étant pas assuré et le lieu semblant tomber en ruine.

Il suffit de cliquer pour se promener et interagir avec les choses, le curseur changeant afin de vous indiquer les interactions possibles avec les objets et les personnes. Vous n’êtes pas seul dans votre cage, mais votre nouveau "colocataire" ne semble pas intéressé ou capable de vous aider ; et vous découvrirez bientôt que vous n’êtes pas le premier occupant. Avec un level design excellent et des puzzles qui le placent plus sous le signe de "l’escape time" que de "l’escape space", Escape from 26 a tout pour convaincre, n’est une trame narrative insuffisamment développée alors que très porteuse, et une chute un peu abrupte. Mais l’expérience de jeu reste captivante, et le concept avait un tel potentiel, qu’on regrettera qu’il n’ait pas été vraiment repris par ses deux petits frères, Dreamcage Escape - Two Towers Creek, et Machine City Escape, disponible sur Google Play et App Store.

Jouer à Escape from 26

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