Les baisers de l’horreur

8 septembre 2019 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch) | Des livreslittérature

Excité comme une puce (sic)...

Titre Les baisers de l’horreur

Auteur Maxence Valmont (Philippe Dumont)

Éditeur Academia

Collection Livres libres

Année 2018

Genre Polar fantastique

Note 7/10

Résumé

Bruxelles, 15 janvier 1936. En différents lieux de la capitale, plusieurs personnes sont retrouvées mortes, le corps entièrement déformé par l’agression de centaines de milliers de puces. Le commissaire Desmaret, chef de la section criminelle de la police judiciaire, va rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un problème d’hygiène publique. Conduite avec ses collaborateurs, l’enquête le mettra en présence d’une abomination telle, qu’elle bouleversera sa vie.

Les amateurs du ballon rond savent que la fenêtre de transfert estivale vient de se refermer, mais le mercato n’est pas seulement en vigueur dans le milieu footballistique et chez les athlètes de tous poils. Il est également de mise chez nos amis les écrivains. Bien avant que Mauro Icardi ne rejoigne le PSG (encore un gros ego à gérer dans le vestiaire… sans compter qu’il faut se farcir les méthodes et les humeurs de sa femme, qui défend durement ses intérêts), Philippe Dumont avait quitté Séma Éditions pour flirter avec Academia (sous-division de L’Harmattan) et leur confier la publication des Baisers de l’horreur .

Connu des habitués du BIFFF (il a déjà officié dans un jury et est ami avec les fondateurs historiques du festival), Dumont en a profité pour adopter le pseudo de Maxence Valmont et nous livrer un nouveau récit à tendance horrifique. Ou plutôt un polar d’époque, qui cède çà et là au fantastique ou à l’horreur, tout autant qu’une déclaration d’amour à la ville de Bruxelles ; des éléments qui figuraient déjà parmi les points forts du très réussi Pour quelques grammes d’éternité. On retrouve dans les deux ouvrages un haut représentant des forces de l’ordre, à la bonhomie certaine et à l’allure un peu pittoresque, confronté à un mystère insondable, aux résonances qui le dépassent. Il s’agit ici, dans Les baisers de l’horreur , du commissaire Desmaret, qui se voit plongé (noyé ?) dans une ténébreuse affaire, suite à la découverte d’un macchabée à la peau d’une extrême blancheur et dont la dépouille présente des traces de morsure d’un nombre invraisemblable de puces…

Dès le départ, on reconnaît le sens du détail (historique, scientifique…) de Valmont/Dumont - qui s’épanouit dans l’énumération d’éléments macabres - et son art de dialoguiste. Il est évident qu’il prend plaisir à placer des bons mots dans la bouche de ses personnages, pour la plupart très attachants, et à les propulser dans des situations insolites, où leur santé mentale est parfois mise à rude épreuve.

Comme dans Pour quelques grammes d’éternité, une histoire d’amour naissante (entre Desmaret et une belle entomologiste) est un des pivots du récit, permettant de « l’aérer » et de l’articuler vers autre chose que la progression linéaire d’une enquête policière. Les personnages des Baisers de l’horreur sont presque tous cabossés par la vie et leurs solitudes se rencontrent, alors que bruissent les rumeurs de la Deuxième Guerre mondiale. Certains s’inquiètent de l’éventualité d’un nouveau conflit armé (Desmaret n’en a cure), d’autres cèdent à l’antisémitisme, telle cette patronne d’un misérable troquet, qui interdit l’entrée de son établissement aux « youpins ».

Tous ces aspects, parallèles à l’intrigue principale, enrichissent le récit dans sa globalité et lui confèrent un ton bien particulier, entre patine vintage (l’atmosphère est délicieusement surannée), attrait pour le sordide - à l’image de la description du cadavre d’un délinquant sexuel, retrouvé dans les égouts et au sein duquel les rats ont élu domicile -, ou encore fascination pour les « petits métiers », tels cet égoutier qui connaît le réseau des eaux sales comme sa poche ou ce dresseur de puces savantes rencontré à la foire du Midi (un des meilleurs passages du livre). Truculent, le médecin légiste Goldstein (un des plus proches collaborateurs de la police) occupe une place de choix parmi la faune bigarrée du roman.

Vous l’aurez compris : loin de se cantonner aux facettes fantastico-horrifiques de son intrigue et même s’il réserve son lot de frissons, Les baisers de l’horreur pose un regard tendre sur ses protagonistes et place les sentiments à l’avant-plan, en dépit de trente dernières pages d’une noirceur absolue.

Les baisers de l’horreur sur le site des Éditions Academia.

Philippe Dumont en mode Hitchcock.

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